Cinquante-six ans et toujours en questionnement

Sexualité : et si rien n’était jamais définitif?

⚠️ Avertissement : article évoquant des sujets comme l’homosexualité, la bisexualité, la pansexualité, le questionnement sur l’évolution de la pensée sur les genres, identités et orientations sexuelles et des conséquences des réflexions personnelles. A lire avec un esprit ouvert.

Pour les hommes de ma génération, nés au début des années 1970, le monde de 2026 est fondamentalement différent de celui dans lequel nous avons grandi. Une enfance et une adolescence sans Internet, sans smartphone… un monde assez binaire aussi et qui avec le recul semblait plus simple que le nôtre… mais l’était-il seulement? Il y avait deux blocs : l’occident et le bloc de l’est avec l’URSS, la Chine était insignifiante.

Pour ce qui est des orientations sexuelles, c’était presqu’aussi binaire : on était hétéro ou gay/lesbienne, à la limite bisexuel mais on ne parlait pas de transsexuels, de genre, d’identité… On était homme ou femme, point!

Lorsque j’ai découvert ma nature, mon attirance pour les hommes, j’ai intégré ce qu’on appelait alors la communauté HoLeBi (En Flandre et aux Pays-Bas). Toujours des petites cases qu’il faut remplir… mais était-ce bien ça? Est-ce que tout est fixé une fois pour toutes? Si je pose la question, c’est forcément que je ne le pense pas!

Je l’ai écrit par ailleurs, j’ai eu mes premières expériences vers seize, dix-sept ans et c’était exclusivement avec des hommes. Néanmoins, dans la vingtaine, j’ai eu parfois des doutes et était, et je le suis toujours, persuadé que comme nous avons tous une part de féminité en nous, nous étions possiblement tous bisexuels avec un marqueur allant de très peu à beaucoup. Les premiers endroits que j’ai fréquenté en quête de plaisir, c’étaient les cinémas porno et à Liège, il n’y en avait que deux qui ne diffusaient à l’époque que des films hétéros. Même si le film n’était pas ce qui m’intéressait le plus, je me surprenais à être excité par certaines scènes… ce qui me troublait quelque peu… et me confirmait ce que je pensais par rapport à la bisexualité notamment.

Lors de mes visites au sauna, des hommes bisexuels, j’en ai croisés pas mal, certains qui l’assumaient totalement, d’autres pas. Souvent, ils vivaient l’instant avec beaucoup plus d’intensité que certains homos et pour mon plus grand plaisir. Certains saunas, dans les années nonante du siècle dernier, organisaient des soirées bi. J’y suis allé quelque fois par curiosité mais il y avait finalement peu de mixité et cela n’a pas duré… Je n’ai pas eu l’occasion de vérifier à quel point j’étais peut-être bisexuel… ou pas!

La vie, et ses circonstances font parfois en sorte qu’on choisi un camp ou l’autre, soit par facilité par rapport à l’acceptation dans la société, soit parce qu'on occulte une partie de soi et qu’on choisit la dominante. C’était peut-être mon cas, je ne peux le dire avec certitude mais j’ai peut-être fait un choix à un moment donné, sans doute parce que ça me semblait encore plus compliqué à gérer si je choisissais une autre voie… Déjà faire accepter à mes parents que j’étais homo ne s’annonçait pas une mince affaire, alors leur annoncer que j’étais éventuellement bisexuel me semblait totalement hors de portée de leur compréhension! De plus, certains à priori, ancrés dans la société et donc chez moi aussi, considéraient les bisexuels comme étant incapables de choisir… Bref, j’ai fermé la porte et suis aller voir plus loin sur le chemin de l’homosexualité… mais la question m’a quelque fois rattrapé…

Pendant mon service civil, j’ai collaboré à un colloque international de psychologie et du fait que j’étais dans le staff administratif, j’avais été invité à partager le souper. Pour la facilité, on avait logé le personnel administratif sur le site du campus de l’université. Le campus est au milieu des bois sur les hauteurs de la ville de Liège et ça peut être un peu flippant pour celui qui n’est pas habitué à camper dans la nature. Ainsi, la secrétaire d’un professeur de l’université de Maastricht, qui logeait dans la chambre à côté de la mienne dans les dortoirs du centre sportif. Au moment d’aller se coucher, elle me fait part d’avoir un peu peur seule dans cette chambre… une invitation voilée? Je ne sais mais l’idée m’a traversé l’esprit et là, pour la première fois, j’étais partagé entre deux sentiments… soit, elle avait vraiment peur et voulait juste un peu de compagnie pour se rassurer ou bien avait-elle envie d’autre chose? Une part de moi, me disait d'y aller et de l’accompagner dans sa chambre et on verrait bien, l’autre me disait, non, tu es homo, tu vas te rendre ridicule… Un dilemme d’autant que c’était plutôt une belle jeune femme… Vous devinez la suite, je n’ai pas osé et j’ai murmuré une excuse en disant que j’étais fatigué… Je n’ai pas bien dormi cette nuit-là, l’esprit traversé par diverses pensées. Le lendemain, elle ne semblait pas m’avoir tenu rigueur de mon refus poli ce qui m’a conforté dans l’idée que j’avais fait le bon choix.

J’ai poursuivi mes expériences et bientôt, j’avais ma première longue relation mais la bisexualité ne quittait pas mon environnement. Mon premier mec se disait homo mais il lui était arrivé d’aller voir de l’autre côté. Mes autres longues histoires, trois au total sur près de trente ans ont été exemptes de cet aspect mais entre les relations, je ne compte plus les hommes bisexuels que j’ai rencontrés! Et comme toujours, certains l’assumant, d’autres pas mais ce n’était pas le plus important finalement. Néanmoins, ça me questionnait par moments et il m’arrivait d’en discuter avec certains comme ce gentil italo-luxembourgeois qui venait me voir de temps à autre du temps où j’habitais Arlon, qui se disait hétéro ayant parfois des aventures avec des hommes. J’avais un peu de mal à comprendre mais après tout, c’était son problème et pas le mien.

Le temps a passé, et ces dernières années, les droits des personnes transsexuelles ont été plus à la une de l’actualité et leur visibilité s’est fortement accrue, et c’est très bien comme cela, sur l’Internet et dans la sphère publique. J’y ai été confronté moi-même lorsqu’un collègue et ami, annonçait qu’il allait changer de sexe. Ce fût un drôle de moment car j’étais loin de m’imaginer la situation, il n’avait jamais rien évoqué, c’était si soudain. Il a été évidemment l’objet de moqueries et de méchanceté non seulement de collègues mais aussi de la société en général… Il a fait une transition totale et semblait heureuse! Et j’étais heureux pour elle, vraiment même si personnellement, je me suis toujours senti bien dans mon corps masculin. Pour moi, ça a été une expérience nouvelle de vivre de près une telle transition. Je ne m’étais jamais intéressé à la question de la transsexualité tant ça me semblait loin de mes préoccupations et cela aura donc contribué à m’ouvrir encore un peu plus l’esprit! Pour l’anecdote, en Belgique, nous avons même eu une ministre transsexuelle ce qui montre parfaitement l’évolution de la société malgré tout!

Je ne suis pas un grand consommateur de contenus pornographiques mais comme tout le monde, j’en regarde parfois et il m’est arrivé de voir des contenus transsexuels ou bisexuels et je n’ai, ni été dégoûté par ce que je voyais (pourquoi le serais-je d’ailleurs?) ni choqué que cela puisse même me plaire. A vingt ans, je pensais qu’on était tous un peu bisexuel, à cinquante-six ans, je me pose la question : ne sommes-nous pas, peut-être, tous un peu pansexuels ou omnisexuels? Ces termes sont pour moi encore assez obscurs, nouveaux et peut-être que je me trompe complètement mais d’avoir vu des sexualités différentes aura au moins provoqué une remise en question, une déconstruction de certains schémas bien ancrés et ouvert l’esprit, à coup sûr!

Je ne dis pas que je passerai à l’acte demain ni même après-demain mais je suis encore plus convaincu que jamais que rien n’est fixé définitivement et qu’il reste de la marge de progression dans la compréhension de l’autre et de découverte de l’autre ainsi qu’un vaste terrain d’expérience à qui sait garder son esprit ouvert.

Certains penseront, et ils ont peut-être raison, que je me pose trop de questions ou que je me trompe complètement mais les nier seraient une façon de nier l’existence des autres et ça ne correspond pas à mon esprit libre!

De plus, de plus en plus, je me rends compte que j’ai une tendance au poly-amour… et comme pour bien d’autres choses, on a tendance à vouloir faire taire ces interrogations, ces constatations car elles vont à l’encontre de la bien-pensance. Mais je pense que je suis dans un processus de déconstruction totale de toute une série de certitudes, d’accords anciens avec lesquels je ne suis plus en phase et assume enfin un certain esprit de liberté avec moi-même et avec les autres.

J’ai grandi dans un monde HoLeBi et je vis aujourd’hui dans un monde LGBTQIA+ et c’est très bien ainsi! Ne jamais arrêter de se questionner et de questionner le monde pour ne jamais arrêter d’évoluer! Telle pourrait être la conclusion.

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Les écrits de ce blog reflètent les opinions de l'auteur sur les sujets abordés à travers le prisme de son vécu et de son ressenti.

Merci pour votre lecture.

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