De l'attirance... et son évolution dans le temps
Avant-propos
Dans ce billet, j’ai envie d’évoquer un sujet qui finalement concerne tout le monde : l’attirance dans les relations personnelles et sentimentales et particulièrement des attirances atypiques où il y a une assez grande différence d’âge entre les protagonistes.
Je me pose depuis longtemps la question pourquoi certaines personnes sont plutôt attirées par ceux/celles qui sont plus âgés qu’eux et pour quelles raisons, s’il y en a. J’aborde ici l’attirance intellectuelle plutôt que physique, cette dernière répondant à d’autres critères, me semble-t-il.
Je partirai, comme à chaque fois dans ce blog de mon expérience personnelle pour tenter de trouver des réponses à ces questions, qui, oui me taraudent et parce que j’ai constaté au fil du temps, que cette attirance évoluait. Je suis curieux aussi de savoir si d’autres dans le même cas que moi, ont trouvé ne fut-ce qu’un début de réponse.
Une enfance et une adolescence très solitaire
Ce n’est plus un secret pour ceux qui me lisent régulièrement sur ce blog ou sur mon blog spirituel. L’enfance et l’adolescence dans une famille dysfonctionnelle en proie aux problèmes d’alcoolisme et de la violence n’est probablement pas l’endroit le plus idéal pour grandir sereinement.
Je ne souhaite pas faire du pathos et je n’aborderai pas ici les événements, qui selon moi, ont contribué à me faire grandir trop vite et me retrouver à dix ans adulte avant l’heure. J’avais évoqué dans mon introduction sur mon blog spirituel cet épisode où l’institutrice avait posé la question à ma mère si elle se rendait compte que j’avais des réactions d’adulte alors que j’avais seulement dix ans. Est-ce là le point de départ d’une évolution qui fera que dès l’adolescence, je me sentirai plus en phase avec des personnes plus âgées que moi qu’avec celles de mon âge? Je pense, avec le recul, que oui.
Et en effet, lors de mes humanités, je préférais traîner avec les élèves de 5ème ou de 6ème (= années de fin du cycle secondaire) qu’avec ceux de ma classe de première année, ce qui m’obligeait à franchir la grille de séparation entre les deux préaux et qui m’a valu plusieurs fois d’être rembarré à mon grand dam! Les gars et les filles de mon âge ne m’intéressaient pas! Il y avait aussi quelques professeurs avec lesquels je pouvais discuter de sujets qui, à priori, n’intéressaient pas les jeunes adolescents et c’était une belle bouffée d’air dans une vie assez morne.
Lors que je suis arrivé dans l’enseignement artistique, en troisième secondaire à l’âge de 14 ans, les classes étaient plus mélangées et il y avait des camarades de classe qui étaient déjà plus âgés, c’était avec eux que j’avais les meilleurs contacts. Du côté des profs, par contre, c’était plus mitigé… certains étant plus gamins que les ados de 15-16 ans que nous étions! Deux exceptions : ceux d’histoire de l’art. Le premier, car il avait rencontré Dieu et ça a été l’occasion d’échanges sur ce sujet qui me passionnait (déjà)! L’autre, c’était une dame assez distinguée et qui portait à ravir des chemisiers très transparents! J’ai beau être homo (enfin, je sentais déjà bien que j’étais plutôt attiré par les hommes, incluant même dans une bande dessinée réalisée à l’époque l’homosexualité et sa représentation (soft), en dessin) mais j’étais sous le charme et pas totalement indifférent ce que laissait transparaître les chemisiers de cette dame qui, en outre, avait un don pour faire aimer l’art!
Etant curieux de tout et insatiable lorsqu’il s’agit d’apprendre de nouvelles choses, j’étais loin des préoccupations de mes camarades de classe. Mon adolescence a été très solitaire et j’avais très peu d’amis. Et les quelques amies et amis que j’avais étaient des adultes dont une en particulier qui tenait le kiosque à journaux de la gare. Elle a été, avec sa mère, une des premières à savoir que j’étais homo et il y avait une telle complicité qu’elle me filait des revues olé-olé quand mes parents partaient seuls en weekend. En dehors de ce petit détail, je pouvais parler librement et sans subir de jugement.
La vie d’adulte
Cette attirance relationnelle pour les personnes plus âgées va se poursuivre au début de ma vie d’adulte et jusqu’à la bonne trentaine.
Mes toutes premières rencontres, et ma première longue histoire étaient toutes avec des hommes plus âgés que moi, souvent une dizaine d’années de plus que moi, voire plus parfois (on ne demande pas l'âge d’emblée et on est parfois surpris!). Où étaient les jeunes-hommes de mon âge (22 à l’époque)? Je l’ignore mais dans les lieux que je fréquentaient, ils n’y étaient pas et ça ne me posait pas de problème particulier d’ailleurs. Ce que je cherchais? A l’époque, je ne me posais pas trop la question à vrai dire, mais avec le recul, des bras protecteurs comme ceux d’un père? Un grand frère à qui je pouvais confier tous mes secrets sans crainte de jugement? Les deux, sans doute et certainement de l’affection que je ne trouvais pas auprès de mon propre père… pour qui je n’avais pas de prénom, je m’appelais “Fils”… pas “Eric”!
Evidemment, tout n’a pas toujours été sans accroc car à vingt-deux ans, on a encore peu d’expérience de vie et cela peut créer des frictions surtout si le partenaire entend jouer un rôle autoritaire… ce que je fuyais justement!
Dans l’ensemble, malgré tout, je me sentais très bien avec ces hommes plus âgés avec qui je pouvais échanger sur toute une série de sujets que je ne pouvais aborder avec des personnes de mon âge et encore moins avec mes parents.
Ainsi, un manque d’affection, une enfance et une adolescence volées et solitaires, une maturité plus grande que la normale et une recherche de stabilité, c’est certainement le cocktail qui, du haut de mes 56 ans, je vois comme étant la cause de cette attirance pour les personnes plus âgées que moi dans mes relations sociales.
A la toute fin de la vingtaine et après une première rupture, j’ai remis mon destin dans les mains d’un gars qui tenait une sorte d’agence matrimoniale pour homos. Je cherchais toujours la stabilité mais lui, contrairement à moi, pensait que quelqu’un de mon âge serait mieux pour moi… Après coup, ce ne fût pas le meilleur choix même si il y avait une certaine complicité du fait d’avoir des souvenirs en commun concernant certains domaines… mais ça s’est terminé sur un fiasco retentissant et douloureux!
Me voici dans la trentaine bien entamée lorsque je me retrouve seul, et à nouveau c’est vers des personnes plus âgées que moi que je me tourne. Nous sommes aux débuts d’Internet et des sites de rencontres… J’étais inscrit sur un site plutôt orienté ours et leurs admirateurs et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’étais paumé dans ce monde virtuel… quand la plupart se contentaient de quelques photos et d’une bio très succinte, je m’efforçais d’écrire une bio assez complète et forcément, je n’avais pas beaucoup de succès. Néanmoins, de cette époque, j’ai gardé deux belles amitiés qui perdurent encore aujourd’hui. Mais voici que si je continue à préférer la compagnie de personnes plus âgées que moi, je constate que des hommes plus jeunes me contactent plus souvent qu’avant. L’expérience le plus marquante sera celle que j’ai relatée dans cet article où j’expliquais comment j’étais devenu père sans le savoir.
Plus j’avançais vers la cinquantaine, plus cette tendance à susciter l’intérêt de personnes plus jeunes s’intensifiait si bien que je me retrouvais dans l’exact contraire de ce que j’avais vécu jusqu’alors. Ce n’était plus moi qui cherchait du réconfort ou des conseils mais c’est moi, qui en donnait. Cela m’a troublé (et me trouble encore aujourd’hui). On pourrait dire qu’il s’agit là d’une évolution normale, qu’il s’agirait d’une sorte de relais de flambeau, oui, c’est peut-être ça.
Aujourd’hui, j’ai de bons contacts avec les personnes de mon âge, car eux aussi ont vieilli et sont devenus (pour la plupart) matures et j’ai de bons contacts avec des personnes plus jeunes. Cela me permet de rendre un peu de ce qui m’a été donné lorsque j’avais vingt ans.
Cette inversion a été l’occasion de pérégrinations mentales intenses tant cela me troublait, bien plus que je ne le pensais! C’est sans doute la rançon d’avoir franchi le cap de la cinquantaine, peut-être? Est-on plus sage, plus posé? Peut-être mais surtout, je pense que nous nous dénigrons parfois en pensant que notre temps est passé, que nous n’avons plus de valeur! Cet intérêt suscité (je parle ici surtout sur un plan relationnel, social) est la preuve du contraire et dans le monde, il y a sans doute beaucoup de jeunes de vingt, et d’hommes de trente ou quarante ans qui vivent/ont vécu des histoires semblables tout en étant différentes parfois.
Certaines rencontres sont encore plus troublantes et ont des conséquences encore plus étranges! C’est l’une de ces rencontres inattendues qui me permet aujourd’hui d’écrire des articles très personnels, intimes et sans fard, une rencontre qui fait sauter les verrous les uns après les autres et cette fois, le plus jeune apporte au plus âgé tout autant qu’il reçoit du plus âgé. C’est comme le yin et le yang, les deux faces d’une même pièce et finalement l’achèvement, peut-être, d’un long processus.
Quoi qu’il en soit, je suis heureux si je peux apporter du bien-être à quelqu’un peu importe son âge et d’apporter cette écoute attentive et bienveillante à cette personne en particulier et de la recevoir de sa part aussi. Une complicité hors du commun s’est développée de manière naturelle et assez rapide; nos échanges ont vite été très personnels, dans le respect de nos différences et sans tabous. Ainsi pour conclure ce billet, je voudrais juste dire:
Merci à toi mon ami pour nos échanges et cette complicité, qui je l’espère durera encore longtemps! Cet article t’est dédié!
Vos retours m’intéressent, comme toujours.
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Les écrits de ce blog reflètent les opinions de l'auteur sur les sujets abordés à travers le prisme de son vécu et de son ressenti.
Merci pour votre lecture.
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