Journal d'un libre-penseur chrétien

Histoires et réflexions sur la spiritualité

Régulièrement, je rends visite à une amie qui dirige la librairie religieuse à Arlon et lors de mon passage la semaine dernière, elle avait reçu un petit opuscule de 52 pages intitulé : Les différences entre catholiques et protestants de William CLAYTON, pasteur protestant.

Il y a aborde de manière simple et concrète les principales différences entre les deux confession même si pour le protestantisme, il se base plutôt sur la conception évangélique classique du protestantisme. Le protestantisme libéral étant un peu à part car plus ancré dans l’aujourd’hui et la philosophie moderne.

Ce livre s’adresse à tous, croyants ou non, catholiques ou protestants, à tous ceux qui veulent en savoir, tout simplement.

Je dirais que ce livre est pour le protestant que je suis une confirmation du pourquoi j’ai quitté l’église catholique romaine. Pour le catholique, ce sera peut-être l’occasion de démystifier le protestantisme et pour les catholiques qui sont mal à l’aise dans leur institution, le déclic pour franchir le cap.

Et des catholiques mal à l’aise, il y en a pas mal… et il risque d’y en avoir encore plus après la diffusion sur la VRT de la nouvelle série documentaire “Brief aan de paus” (Lettre au pape) où de nouvelles victimes d’abus sexuels au sein de l’église catholique viennent livrer leur témoignage… Une nouvelle bombe après God vergeten (les oubliés de Dieu) il y a quelques années…

Des catholiques qui ne sont plus en phase avec leur institutions, j’en connais et même là, à la librairie religieuse, la dame qui était là aujourd’hui, qui est la sœur de l’ancien abbé de Saint-Mard, un prêtre avec qui j’avais de très bons contacts malgré nos divergences de vue sur la théologie, est elle-même presque protestante dans sa pensée.

Ce petit opuscule est disponible dans les librairies spécialisées ou peut-être commandé via le site de l’éditeur.

Vous pouvez même lire un extrait sur le blog de l’éditeur.


Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.

Merci pour votre lecture.

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On les voit souvent dans les lieux publics avec un petit stand où se trouvent des brochures ou font du porte à porte. Qui n’a jamais croisé la route des témoins de Jéhovah. Souvent regardés avec méfiance, voire même avec hostilité, ce sont pourtant des personnes comme vous et moi et bien souvent plutôt bienveillante mais animées d’une foi et d’un optimisme qui pourrait dérouter plus d’un. Peut-être est-ce pour cela que beaucoup n’osent pas engager la conversation?

Dans la rue où habitaient mes parents, en région liégeoise, il y avait une salle du royaume (ainsi que s’appellent leur lieux de culte) et nous avions souvent, très souvent même la visite des témoins de Jéhovah. Leurs caractéristiques : bien connaître l’écriture et toujours avoir une réponse aux questions et aux contre-arguments que l’on peut leur opposer (sauf si on a soi-même une connaissance de l’écriture, c’est un avantage certain). N’ayant pas grandi dans une famille croyante, je n’étais moi-même pas très disposé à les écouter et n’avait à l’époque aucune connaissance théologique.

Je me souviens néanmoins d’un collègue de mon père qui était membre des témoins de Jéhovah et s’en trouvait fort bien, heureux dans sa vie de famille (un contraste majeur avec ce que je vivais dans la mienne)…

Souvent, ils sont considérés comme une secte, ce qui, personnellement, me semble un peu excessif. La chose qui me dérange personnellement, c’est que comme l’église catholique, il y a une sorte de conseil des sages qui veillent à la doctrine enlevant une part de liberté si chère au protestant libéral que je suis (devenu).

Les témoins de Jéhovah sont des chrétiens mais une des caractéristiques qui les rend uniques est qu’ils pensent que la fin des temps est proche et voient, aujourd’hui encore, l’imminence de l’armageddon (combat final entre les rois de la terre et Dieu mais aussi un lieu situé en terre sainte) annoncée dans l’Apocalypse (qui veut dire révélation et pas cataclysme). Selon les témoins de Jéhovah, nous vivons les derniers temps et ils voient dans les éléments actuels, crise climatique, guerres multiples et notamment la guerre actuelle au moyen-orient, les signes de réalisation des prophéties et sont convaincus que, bientôt, Dieu interviendra pour rétablir son royaume et qu’alors l’humanité vivra heureuse. (Et là, j’aimerais qu’ils aient raison, que les guerres cessent et que les hommes vivent en paix mais qui ne le souhaiterait pas…)

Cela peut prêter à rire et ressembler à des croyances dignes de contes de fées, c’est vrai mais cela ne diffère pas beaucoup de l’attente des chrétiens qui attendent le retour dans la gloire du Christ et de l’avènement du royaume de Dieu, la Jérusalem céleste où les hommes vivront un long temps de paix).

C’est là, que le protestant libéral que je suis prend ses distances. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, le protestantisme libéral se fonde sur une foi intelligente (basée sur la raison) et ouverte sur notre temps et donc peu compatible avec ces conceptions. (Je reviendrai sur certains points dans d’autres billets car le protestantisme libéral a aussi des vues théologiques qui peuvent paraître presqu’hérétiques… et pourtant basée sur l’étude de l’écriture).

Ceci dit, dans un esprit d’ouverture et parce que la libre-pensée et la pensée critique se nourrit de points de vue différents, il m’arrive de consulter le site des témoins de Jéhovah pour lire ce qu’ils pensent d’un sujet ou d’un autre. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec leurs arguments, je dois admettre que les personnes qui écrivent leurs articles ont un vrai sens du pédagogique et honnêtement, cela fait du bien aussi à l’âme de lire des choses plutôt positives!

Les témoins de Jéhovah ont toujours été dans mes parages, j’ai même eu un collègue qui l’était et avec qui j’avais des discussions, souvent passionnées mais aussi passionnantes au point que parfois, on perdait d’éventuels collègues qui étaient présents, ce qui est un peu dommage en soi mais qui est le résultat d’une sécularisation et de la baisse de la pratique religieuse. Ce que je trouvais regrettable par contre, c’était l’attitude de certains de ces collègues et dles quolibets dont ce collègue faisait les frais… (et plus laid encore, dans le dos de celui-ci). Même si je n’étais pas toujours d’accord avec ses idées et ses conceptions, j’écoutais ses arguments et exposais les miens dans un esprit d’échange. Et souvent, on trouvait un terrain d’entente. Grâce à lui, j’ai aussi changé mon opinion sur les témoins de Jéhovah remisant au placard ma défiance naturelle à leur égard.

Pas plus tard que ce matin, j’ai eu une conversation très agréable avec trois dames qui étaient présentes aux abords du marché d’Arlon et ce même si nos conceptions théologiques sont différentes. Le respect, c’est la clé. Exposer ses arguments et écouter ceux des autres.

Par ailleurs, et pour achever ce billet, les témoins de Jéhovah ont une approche plus proche du protestantisme que l’on ne croit habituellement. Déjà, leur bible est la même que celle des protestants du point de vue du canon et comme chez les protestants, il n’y a ni saints ni culte à Marie.

Si vous souhaitez aller plus loin :

En conclusion, pour un chrétien, la tolérance et l’ouverture aux autres sont essentielles et dans cet esprit, un jour, j’irai assister à l’un de leurs cultes, histoire de voir et de me forger une opinion personnelle.


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Sept fois par jour je te célèbre à cause de tes justes sentences. Ps.119,164 (Segond 21)

Si vous avez déjà fait une retraite dans une abbaye, vous saurez déjà un peu comment cela se passe pour l’hôte et pour le moine mais si vous n’avez jamais séjourné en abbaye, je vous propose de jeter un petit coup d’œil en coulisses.

Pour ce faire, et comme on ne parle bien que de ce que l’on connaît, je me baserai sur mon expérience et sur l’abbaye Saint-Maurice de Clervaux au Grand-Duché de Luxembourg. En effet, chaque abbaye a sa spécificité et l’organisation des offices peut (un petit peu) varier.

Je me rappelle la toute première fois que j’effectuai un séjour en abbaye, c’était en mars 2012 et comme pour toute première fois, il y a un mélange entre une certaine appréhension et une certaine impatience aussi. Ce n’est pas anodin de ce couper du monde, ne fut-ce que quelques jours et la vie en abbaye, c’est une organisation particulière rythmée par les temps de prière.

La situation de l’abbaye sur les hauteurs de la petite ville luxembourgeoise accentue encore cette coupure.

Bien sûr, on arrive pas à l’improviste, enfin de manière générale car la règle de Saint-Benoît prévoit que l’on doit toujours se tenir prêt à accueillir quelqu’un qui frapperait à la porte du monastère et l’accueillir comme le Christ comme il est dit dans le chapitre 53 : Tous les hôtes qui arrivent seront reçus comme le Christ, car lui-même dira un jour :  J’ai demandé l’hospitalité et vous m’avez reçu. (Mt 25, 35)  À tous on témoignera l’honneur qui leur est dû, surtout aux proches dans la foi (l’expression domesticis fidei désigne ceux qui font tout particulièrement partie de la maison — domus — de l’Église, par exemple les clercs et les moines) (Ga 6, 10) et aux pèlerins. (traduction de Germain Morin et révisée par Philibert Schmitz, tout deux de l’abbaye de Maredsous en Belgique).

En règle générale, il y a un portier, un moine chargé d’accueillir les hôtes et visiteurs, c’est le premier contact avec l’abbaye. Les communautés se réduisant parfois à peau de chagrin, cette fonction de portier peut parfois être partagée par un autre frère. Le portier informe alors le père hôtelier de votre arrivée et c’est ce dernier qui vous mènera à votre chambre et vous donnera les principales informations pour que votre séjour se passe pour le mieux. Dans la chambre, une feuille reprend l’horaire de la journée.

Ce qui frappe de prime abord, c’est le silence qui règne dans ces grandes bâtisses.

La chambre est sobrement aménagée : un lit d’une personne, une table de chevet, une petite garde-robe, un bureau, un fauteuil et une chaise au bureau. Un évier avec l’eau courante pour la toilette (les douches sont communes sauf pour deux chambres).

Contrairement aux hôtes, les moines ont des tâches diverses et qui sont réparties entre les frères car l’abbaye, c’est une petite entreprise. Certains aident à la ferme, d’autres assurent le nettoyage de la partie réservée aux moines (aucune femme n’est tolérée dans cette partie!), d’autres encore s’occupent du magasin, de la vente de café (à l’époque) et de jus de pommes, etc…

Avec le temps, il arrive que certains hôtes participent activement à la vie de l’abbaye en rendant des services et par cela, vivent un peu la vie des moines.

Le déroulé de la journée

Ainsi, après une première nuit où le seul bruit qui parvient, ce sont les trains qui passent dans la vallée, la sonnerie (une sonnette) retentit faiblement à cinq heures. Les yeux encore embrumés, il est grand temps de se préparer pour assister au premier office du jour qui début à 5 h 15 :

Les vigiles

C’est un office plus ou moins long divisé en deux parties, trois le dimanche. Selon le schéma utilisé pour la lecture du psautier monastique, le nombre de psaumes est différent mais le but est la récitation de l’entièreté des psaumes (150) sur la semaine et ce de semaine en semaine tout au long de la vie monastique.

A Clervaux, les moines suivent le schéma B.

Les toutes premières paroles sont “Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange” par trois fois et ensuite vient le psaume d’Invitatoire suivi d’une hymne. Seulement après, commence la récitation des psaumes. A la fin du Ier nocturne, un moine lit un passage assez long de l’écriture selon là aussi un schéma fixe qui se répète d’année en année.

Après une courte pause, nouvelle récitation de quelques psaumes suivie d’une lecture patristique (un commentaire des pères de l’église le plus souvent) et d’un moment de silence et l’office est conclu par la prière du jour.

Le dimanche, il y a un IIIe nocturne où sont récité des cantiques de l’ancien testament suivi de la lecture de l’évangile et du Gloire à Dieu (Hymne).

Tout est réglé comme une partition de musique et gare aux fausses notes! Le moine qui aurait commis une faute ira se prosterner devant le père-abbé pour se faire pardonner.

Après ce premier office, les moines vaquent à diverses occupation : aller chercher du lait frais à la ferme, préparer les tables du petit-déjeuner, … le tout dans le plus grand silence car il n’est autorisé de parler qu’après le petit-déjeuner qui a lieu après le second office du jour à 7 h 30. Pour les hôtes, c’est au choix. Pour ma part, selon la saison, j’allais faire un tour dans les bois alentours au point du jour ce qui me permettait parfois de croiser le chemin d’un chevreuil ou alors lire un peu et quelques fois aussi simplement me recoucher un peu.

Les laudes

Cet office dure une bonne demi-heure et est récité en latin et s’ouvre, comme tous les autres offices du jour sauf Tierce et Complies par “Dieu, viens à mon aide; Seigneur à notre secours” suivi du Gloria Patri et d’une hymne. Viennent ensuite quelques psaumes, d’un cantique de l’ancien testament et un psaume de louange. Ensuite vient une lecture brève suivie d’un répons bref avant d’entamer le Benedictus qui sera lui même suivi de l’intercession, du Notre Père et de la prière finale. L’office s’achève par la phrase rituelle Bénissons le Seigneur, nous rendons grâce à Dieu (Benedicamus Domino, Deo Gratias).

Après, les hôtes comme les moines vont prendre le petit-déjeuner, les moines au réfectoire, les hôtes à la salle à manger qui leur est réservée et en silence (du moins théoriquement).

Après le petit-déjeuner, les moines vaquent à leurs occupations et les hôtes de nouveau ont quartier libre ou peuvent aussi participer aux tâches, comme débarrasser les tables et mettre la vaisselle dans le lave-vaisselle ou effectuer l’une ou l’autre tâche confiée par le père-hôtelier. Pour d’autres, qui sont étudiants, ils s’enferment dans leurs chambres pour réviser leurs cours surtout en période de blocus avant les examens de fin d’année par exemple. Quoiqu’il en soit, à 10 heures (à l’époque 10 h 30), c’est retour à l’église abbatiale pour l’office de Tierce et la messe conventuelle.

Les petites heures

C’est ainsi que se nomment les trois petits offices de Tierce, Sexte et None. A Clervaux, l’office de Tierce est intégré à l’eucharistie. Sexte et None sont deux petits office avant et après le repas de midi. Chacun de ces offices s’ouvre comme les Laudes, et se composent d’un ou deux psaumes selon la longueur de ceux-ci, suivi d’une lecture brève, d’un répons bref, du Notre Père (silencieux sauf la dernière phrase mais délivres-nous du mal) et de l’oraison et se clôture par le Benedicamus Domino. Ils sont chantés en français.

Pour Tierce, intégré donc dans la messe, seuls les trois groupes de huit versets du très long Psaume 119 (118) sont récités.

L’eucharistie

L’eucharistie est un mix entre latin et français. Ainsi à 10 h 00 tapantes les moines entrent dans l’église en rang et entonnent l’introit, le chant d’introduction en quelque sorte. C’est un vestige de la messe d’avant le concile Vatican II. Ensuite les moines récitent l’office de Tierce composé de 24 versets du Psaume 119 (118), 32 le dimanche. Ensuite vient l’oraison et tout le canon de la messe catholique romaine : acte pénitentiel, lecture(s), évangile et l’eucharistie elle-même. Le Kyrie, l’Alleluia et le Sanctus sont chantés en latin. Le graduel est chant qui trouve sa place après la première lecture. Il y a encore le Tractus après l’Évangile du jour.

On se reportera au Missel romain grégorien pour plus de détails.

La messe s’achève vers 11 heures, un peu plus tard les dimanches et jours de fêtes de l’église catholique.

Même sans être catholique, on se laisse entraîner par le chant grégorien qui invite à l’introspection et la méditation. La partie la plus compliquée pour moi a toujours été la consécration de l’hostie qui tient plus de la magie que d’autre chose dans mon esprit. Et cela m’a posé un problème dès le départ de mon parcours spirituel en 2012 mais j’ai fait avec tout le temps où j’étais membre de l’église catholique. Les protestants, eux, ne connaissent pas ce rite. Ils ont la sainte cène qui est, comme Jésus nous l’a demandé, un mémorial en sa mémoire. J’aurais l’occasion de revenir un jour en détail sur ce point précis. Néanmoins, je respecte ceux qui sont convaincus de la présence du Christ dans cette hostie mais je reste en retrait lors de la distribution, profitant de ce moment de silence pour fouiller au fond de mon âme. Après la messe, les moines reprennent leurs activités. A certains moments, il y a des enseignements mais je n’ai pas été aussi loin dans la découverte des coulisses mais je sais qu’il y a une salle du chapitre et je sais qu’il y a un téléviseur quelque part (j’ai appris son existence car le jour de l’élection du pape François, j’étais présent à l’abbaye).

Après la messe, il y a une nouvelle période où l’on peut s’activer à d’autres tâches, lire, aller faire un tour au jardin, rendre visite aux poulailler ou encore s’entretenir avec un père si l’on en éprouve le désir. Lors de mes premières retraites et pendant mon noviciat d’oblature, j’avais régulièrement des entretiens avec le père responsable de la formation des novices et aussi maître de la schola.

A 12 h 45, c’est l’office de Sexte suivi du repas de midi. Sauf exception, les hôtes prennent le repas avec les moines dans le réfectoire, dans le silence absolu. Seule la voix du moine lecteur résonne dans la grande salle. Lecture d’un livre, des audiences papales, … Le repas est précédé et suivi d’un court chant et d’une prière. La première fois, cela est déstabilisant et il faut apprendre à communiquer sans mot dire si l’on veut la salière ou autre chose. Les plats sont apportés en bout de table et se passent d’hôte en hôte. Il y a généralement un potage, un plat de viande, des légumes et un féculent. Un dessert est aussi prévu. Et les plats passent deux fois le tout sous l’œil du père-abbé qui l’air de rien scrute tout! Si un moine qui assure le service fait, par malheur, tomber un couvert, il ira s’agenouiller devant la table du père-abbé pour demander pardon. Cela ne rigole pas! Comme boisson, il n’y a que de l’eau sauf lors des grandes fêtes (Noël ou Pâques par exemple) où il y a du vin et du jus de pommes.

Les femmes ne pouvant pas loger à l’hôtellerie de l’abbaye, celles-ci logent dans un bâtiment annexe et prennent leurs repas dans la salle des hôtes.

Après le repas de midi, les hôtes se retrouvent à la salle à manger pour prendre le café tandis que les moines ont une récréation, le père hôtelier partage ce moment avec les hôtes. Certains moines voient leurs proches aussi à cette occasion. Bien sûr, qui dit repas, dit vaisselle et à tour de rôle, les hôtes qui le désirent se rendent au sous-sols dans les cuisines pour aider les moines occupés à cette tâche, c’est un moment privilégié où il est autorisé de parler plus ouvertement mais sobrement avec ces derniers.

Après la récréation, il y a donc à 14 h 15 l’office de None. et ensuite, chacun retourne à ses activités et occupations. Pour les hôtes, c’est soit l’heure d’une sieste ou d’une promenade dans les campagnes environnantes ou en ville à Clervaux. Le prochain office étant les Vêpres qui ont lieu à 18 heures la semaine et 17 heures le dimanche.

Les vêpres

Peu avant 18 heures les cloches retentissent indiquant l’imminence des Vêpres, un office assez proche des Laudes dans sa structure. La différence notoire, le cantique est issu de ceux du nouveau testament et c’est le second des trois cantiques évangéliques qui est chanté, soit le Magnificat (pour rappel, le matin, c’est comme nous l’avons écrit plus haut, le Benedictus) L’office est, comme les Laudes, chanté en latin.

Une courte pause permet d’aller se rafraîchir et de se préparer pour le souper qui a lieu à 19 h 30. Cela est tard mais c’est sans doute du au fait que l’abbaye de Clervaux fait partie de la congrégation de Solesmes et que certains moines et le père-abbé sont issus de l’abbaye française.

Le repas du soir est un peu plus léger que celui de midi mais se compose aussi de potage, de légumes ou salade, un féculent et de protéines. Un dessert est aussi prévu et parfois un petit morceau de fromage. Comme à midi, c’est dans le silence que se prend le repas, ici aussi, seule la voix du lecteur se laisse entendre : lecture du martyrologe, de la règle de Saint-Benoît qui est lue en entier trois fois par an et suite des autres lectures. Seule exception, le dimanche soir, pas de lecture excepté les deux premiers points mais de la musique classique. Le repas du soir se prend avec les moines dans le réfectoire sauf le samedi soir, où les hôtes prennent leur repas dans la salle à manger qui leur est réservée. Le samedi, il est d’usage de manger des restes raccommodés. Pas de gaspillage alimentaire à l’abbaye!

Après le repas du soir, les moines ont encore une courte récréation et aux alentours de 20 h 30 a lieu le dernier office de la journée :

Les complies

Cet office commence par l’acte de pénitence Je confesse à Dieu tout puissant… suivi de l’hymne Te lucis ante terminum et d’un, deux ou trois psaumes selon leur longueur. S’ensuit une lecture brève et le répons bref In manus tuas Domine et s’enchaînera le cantique évangélique Nunc dimittis précédé de l’antienne Salva nos et l’office s’achèvera par le Notre Père en silence sauf la dernière phrase et d’une oraison. Le père-abbé procédera à la bénédiction par aspersion et finalement l’office s’achèvera par l’antienne maria qui varie selon les temps liturgique. Pendant le temps ordinaire, c’est le Salve Regina qui est chanté, par exemple.

Pour être complet, chaque psaume récité est précédé d’une antienne qui est répétée à la fin du psaume après le Gloria Patri qui lui aussi est dit à la fin de chaque psaume.

Après cet ultime office, c’est le grand silence de nuit. Aucune parole n’est autorisée parmi les moines et les hôtes sont invités à suivre cette recommandation. Chacun regagne qui sa chambre, qui sa cellule (c’est ainsi que s’appellent les chambres des moines) et il ne reste plus qu’à profiter d’une bonne nuit de sommeil.

Conclusion

On l’aura vu, la vie monastique est réglée comme une partition de musique et aucune fausse note n’est tolérée. C’est assez déroutant pour ceux qui séjournent en abbaye la première fois mais on s’habitue vite à ce rythme en règle générale mais il arrive que certaines personnes soient angoissées face au silence prégnant l’atmosphère. Pour ma part, c’étaient à chaque fois des moments privilégiés pour me recentrer et faire le vide en moi. Je repartais toujours l’esprit plus léger et d’une autre manière que lorsque je fais une longue randonnée.

Dans le monde ultra-connecté et tumultueux dans lequel nous évoluons de plus en plus, c’est aussi un répit bienvenu. Etre coupé ne fut-ce que 48 heures du monde est tout à fait bienfaisant pour l’esprit.

En règle générale, les monastères acceptent chacun tel qu’il est et il ne faut pas forcément être catholique. Je me souviens d’un hôte qui venait du Royaume-Uni et qui était anglican (donc protestant) et qui appréciait le calme de l’abbaye.

J’espère que cette évocation vous aura apporté un peu du calme monastique dans votre journée.

La règle monastique de Benoît

Si vous souhaitez lire la règle, voici un endroit où vous pourrez la lire en français ou en latin.

La pensée du jour

Les fous guérissent quelques fois mais les imbéciles jamais. (anonyme)


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Introduction

La Bible, voilà bien un ouvrage complexe à bien des égards! Déjà, ce n’est pas un livre à proprement parlé mais plutôt une collection de livres. Bible est un terme générique qui vient du grec Biblia et qui signifie les livres.

Ensuite, il en existe des versions et des traductions nombreuses et diverses et elle n’est pas la même pour les catholiques, les protestants et les orthodoxes! Bref, un sacré mic-mac!

Ce qui est certain, c’est que c’est le livre le plus vendu et le plus lu au monde et qu’elle est traduite dans presque toutes les langues.

Dans ce billet, je vais essayer de démystifier tout cela et je profite de ce que commence ce premier mars le mois de la bible à l’initiative de l’alliance biblique française.

Le canon

Commençons par nous intéresser au canon biblique qui, comme je l’ai écrit ci-avant, est différent pour les catholiques, les protestants et les orthodoxes et forcément aussi pour la version hébraïque.

La bible hébraïque ne contient que l’ancien testament et se compose de 39 livres divisés en quatre grandes catégories : la Torah (la Loi de Moïse), Les prophètes (il y a les trois principaux et les douze petits prophètes), les écrits historiques et les livres de sagesse et poétiques (Psaumes, Cantique des Cantique, …)

La bible protestante reprend le même canon pour l’ancien testament auquel s’ajoute le Nouveau Testament composé de 27 livres.

La bible catholique reprend le même canon pour le Nouveau Testament mais il y a 10 livres dits deutérocanoniques. Ces dix livres supplémentaires sont des textes plus récents et qui ont été rédigés en grec et non en hébreux ou araméen. Ces dix livres sont considérés comme apocryphes par les protestants.

La bible orthodoxe reprend l’ensemble du canon biblique catholique auquel s’ajoutent 6 livres supplémentaires (dont l’un d’eux est un unique Psaume numéroté 151).

Les écrits apocryphes

Outre les livres deutérocanoniques évoqués ci-avant, il existe toute une collection de textes qui n’ont été repris dans aucun canon. Ces écrits dits apocryphes ne sont pas des faux ou des mensonges mais ceux qui ont fixé jadis le canon (et cela a pris des siècles) ne les ont pas jugés conformes mais cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas intéressants à lire. On peut trouver quelques-uns de ces apocryphes dont des évangiles dans un petit opus de la collection points sagesse. Pour qui voudrait aller plus loin, la collection de la Pléiade propose plusieurs volumes consacrés à cette thématique en deux volumes.

A côté de cela, il y aussi les écrits gnostiques dont l’évangile de Thomas, de Philippe ou de Vérité par exemple. Egalement disponible à la Pléiade. Ces écrits sont issus de la fameuse bibliothèque de Nag Hammadi (12 livres rédigés en copte sur papyrus) trouvés tout à fait par hasard en 1945 en Haute-Egypte. L’évangile de Thomas excite les passions depuis sa découverte et pourrait, selon certains, être la fameuse source “Q” (pour Quelle=Source en allemand) qui serait la base des trois évangiles synoptiques (Luc, Matthieu et Marc) mais il n’y a pas de consensus à ce stade.

De quand date la bible?

Là, ça devient encore plus compliqué mais il existe un certain consensus : pour l’Ancien Testament, la fixation des écrits s’étalerait entre les VIIIe et le IIIe siècle avant notre ère pour faire simple. Récemment, j’ai lu que le livre de Job serait un des plus anciens livres de la Bible. Pour le Nouveau Testament, les écrits datent du Ier et du début du IIe siècle de notre ère.

Traductions, trahisons?

Depuis les premiers temps, la Bible a été traduite, en grec d’abord pour certaines parties de l’ancien testament (version de la Septante) et puis en latin. Pendant de nombreux siècle, la vulgate en latin était la version de référence.

Si des traductions en langues vernaculaires voient partiellement le jour, le Pape Innocent III s’oppose à la traduction de la Bible. Cependant, les rois de France possèdent des versions en français dès le XIIIe siècle.

Il faut attendre le XVIe siècle pour voir apparaître des versions traduites en français. La plus ancienne étant celle de Lefèvre d’Etaples traduite du latin entre 1523 et 1528. Luther, lui, sera le premier à proposer une traduction à partir des textes originaux en hébreux ou en grec.

Depuis lors, la Bible a été traduite et adaptée au langage de l’époque.

Depuis plusieurs années déjà, la Bible liturgique francophone a été entièrement revue et propose une nouvelle traduction, fruit du travail d’un groupe d’experts. Plus récemment encore, une nouvelle version œcuménique a vu le jour. Connue comme la Bible TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) elle entend s’adresser à tous les chrétiens : catholiques, protestants et orthodoxes. Il existe une version reprenant l’ensemble des trois canons.

Aujourd’hui, on peut trouver des Bibles en français courant, en français simplifié qui permettent un accès plus aisé à l’écriture. Il existe des versions de langage élevé ou soutenu plus difficiles à lire. Chaque version s’adresse à un public différent et lors de l’achat d’une Bible, il est important de la feuilleter avant de l’acheter pour faire un choix éclairé qui nous convienne. Heureusement, grâce à l’Internet, il est possible de consulter et même de comparer différentes versions sur de nombreux sites qui proposent la lecture en ligne de la Bible. C’est notamment le cas sur le site de l’alliance biblique.

Personnellement, je possède plusieurs versions et plusieurs traductions dont certaines assez anciennes. Une de mes préférées reste la Bible Louis Segond 1910 ou sa version moderne (Segond 21). La société biblique de Genève propose même une application pour smartphone (et aussi sur PC) et si l’on crée un compte, on peut l’utiliser comme bible d’étude en ajoutant des notes ou en surlignant des passages qui nous parlent.

Je termine par un mot sur la Bible qu’utilise les témoins de Jéhovah : elle possède le même canon que la Bible protestante et est aussi consultable en ligne. Cette traduction porte le nom de nouveau monde.

Conclusion

Comme nous avons pu le voir dans ce billet, la Bible, c’est toute une histoire et les versions et traductions sont nombreuses. Peut-être que la lecture de ce billet aura éveillé votre curiosité et vous aura donné envie d’y jeter un coup d’œil.

La lecture de la Bible est un acte hautement personnel et c’est une des raisons pour lesquelles j’aime le protestantisme (libéral). Il n’impose pas au contraire du catholicisme des lectures provenant du lectionnaire liturgique, lectures imposées qui n’incitent pas le croyant à explorer toute la richesse de la Bible, selon moi. Le protestant est invité à lire la Bible, un peu tout les jours et dans son entièreté; c’est pourquoi il existe des plans de lecture pour la lire en entier sur 1 an ou sur 8 ans, on a que l’embarras du choix.

C’est par la méditation, que l’on appelle Lectio Divina que l’on peut, parfois, atteindre un niveau de compréhension que l’on ne soupçonnait pas mais notre vie, notre expérience passée a plus que certainement une influence sur la manière dont nous percevons le texte que nous lisons.

Et surtout, ne vous forcez pas, si l’envie n’y est pas, ce n’est pas grave, c’est que ce n’est pas le bon moment mais je vous souhaite, à vous aussi qui me lisez, d’avoir un jour cette rencontre qui, pour moi, semblait improbable voire impossible!

Références et liens

La pensée du jour

Ne vous tracassez pas de ce que les gens pensent de vous, car ils ne pensent pas à vous et se demandent seulement ce que vous pensez d’eux.

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Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.

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Celui dont Jésus est la maladie ne saurait guérir 

Cette petite phrase se trouve sur une miniature ancienne que j’avais trouvée à l’abbaye de Clervaux par hasard et est attribuée à cette figure importante du soufisme, le courant ésotérique de l’Islam.

Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité! Ibn 'Arabī? Un musulman qui parle de Jésus? Cela me paraissait étrange à l’époque de cette découverte car, je dois bien l’avouer, comme beaucoup, ma connaissance de l’Islam était quasi nulle. Je savais bien que le Coran était le livre sacré de l’Islam, qu’il contenait des sourates et qu’il avait été rédigé par le Prophète directement inspiré de Dieu au VIIe siècle mais ma connaissance se limitait à cela.

Je ne peux pas dire que je sois devenu un spécialiste de l’Islam, ce serait faire preuve de présomption impardonnable mais j’ai cherché à en savoir plus.

Je me souviendrai toujours du regard de la libraire à Arlon où j’avais demandé s’ils avaient le Coran dans une période où l’Islam était vu comme la religion de terroristes sanguinaires. Fidèle à ma volonté d’ouverture aux autres et à ma liberté de me faire une opinion par moi-même, j’achetai donc un exemplaire publié au livre de Poche qui publie la traduction de Malek Chebel. L’auteur, anthropologue à la Sorbonne, d’origine algérienne est un grand spécialiste de l’Islam et a des avis tranchés sur la religion islamique. Il a aussi rédigé une dictionnaire encyclopédique du Coran qui est bien nécessaire pour affronter le livre sacré qui est, pour un non-musulman, difficile à appréhender.

Une lecture pleine de surprises

La première surprise, et elle est de taille, c’est le nombre de fois dont le nom de Jésus (Issa dans le Coran) revient dans les sourates et ce n’est guère étonnant puisque pour les musulmans, Jésus, est un très grand prophète mais pas l’ultime par qui tout est accompli. Ce rôle est tenu par Muhammad, le fondateur de l’Islam à qui Dieu a dicté le Coran. Jésus est donc une figure importante en Islam mais pour les musulmans, il n’est pas mort sur la croix et n’est pas ressuscité. Mais sans Jésus, la croyance d’un musulman n’est pas complète. Jésus est vu dans le Coran comme un messager de Dieu.

Marie (Maryam), la mère de Jésus est aussi mentionnée un certain nombre de fois et est la seule femme citée par son nom dans le Coran.

Et bien sûr, on retrouve Abraham et Moïse ce qui en soit n’est pas tellement étrange puisque l’Islam est une religion dite abrahamique puisque l’Islam se revendique de l’héritage d’Abraham (dans le Coran, il s’appelle Ibrahim).

Comme le christianisme ou le judaïsme, il existe plusieurs courants dans l’Islam et il existe même un courant libéral (nous aurons l’occasion d’y revenir une autre fois).

Pour aller plus loin, et parmi les sites trouvés et consultés on pourra consulter :

Ibn 'Arabī

Le grand maître soufi, né à Murcie en 1165 et mort à Damas en 1240 est la figure majeure du soufisme, ce courant mystique et ésotérique de l’Islam qui vise la purification de l’âme pour se rapprocher de Dieu.

Auteur d’environ 850 oeuvres, il est aussi une autorité dans l’Islam et aurait même inspiré Dante pour sa divine comédie.

Et chez Ibn 'Arabī, Jésus occupe une place très importante dans ses écrits et dans sa mystique.

Pour lire une biographie plus complète, voir la page [Wikipédia](https://fr.wikipedia.org/wiki/IbnArabi “Clic droit pour ouvrir dans un nouvel onglet”)_ qui lui est consacrée et si vous voulez en savoir plus sur le soufisme, c’est par ici.

Idée de lecture

Si cet article a éveillé votre curiosité, sachez que la collection Spiritualités vivantes chez Albin Michel, propose plusieurs ouvrages d’Ibn 'Arabī.

La pensée du jour

Dorénavant, à la fin du billet, je citerai une pensée trouvée ci ou là, ou encore issue de ma réflexion comme c’est le cas aujourd’hui:

La peur de l’autre est souvent le fruit de la méconnaissance.

Je termine par une anecdote en rapport avec cette pensée : il y a quelques années, il y avait une vidéo qui circulait sur l’internet où deux néerlandais avaient recouvert une bible d’une couverture mentionnant Coran. Ils avaient aussi sélectionné des passages particulièrement violents et dérangeants de l’ancien testament où il est question d’un Dieu guerrier, d’inceste, de fratricide, … et avaient montré ces passages à des personnes au hasard dans la rue pour recueillir leur réaction et inévitablement, les personnes interrogées se sentaient confortées que l’Islam était une religion violente mais quelle n’était pas leur surprise lorsque les deux enquêteurs leur dévoilait le pot aux roses! Bien sûr, les organisations terroristes qui ont commis des attentats sanglants et des actes cruels que ce soient les attentats du WTC, de Paris ou de Bruxelles ou les exactions de l’EI ont contribué à cette image très négative de l’Islam et sans doute à l’origine de sa diabolisation… mais souvent, c’est simplement la peur de l’autre et de la différence qui nous empêche de nous ouvrir aux autres.


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Si il est un épisode connu de tous ou presque, c’est bien celui du déluge et de l’arche de Noé et pourtant, ce récit raconté dans le livre de la Genèse de la Bible est sans doute fortement inspiré d’un récit beaucoup plus ancien et né en Mésopotamie.

En effet, l’épopée de Gilgamesh raconte une histoire semblable en de nombreux points avec le récit biblique, comme par exemple :

  • la punition de l’humanité pour avoir désobéi à la divinité,
  • la construction d’une arche pour sauver une partie de la création,
  • le lâcher d’une colombe pour voir si les eaux se sont retirées.

Ce texte découvert et décrypté en 1870 par Georges Smith, graveur au British Museum et devenu assyriologue a déchiffrer quasi seul l’écriture cunéiforme qui raconte ce récit sur des tablettes en argile.

Il y a quelques années, j’avais lu l’excellent ouvrage d’Irving Finkel, lui même conservateur au même British Museum et spécialiste de la Mésopotamie ancienne, qui s’intitulait : L’arche avant Noé.

Un livre imposant et parfois un peu ardu pour le lecteur mais passionnant pour qui s’intéresse au sujet.

Ce qui m’avait frappé, c’était son analyse de l’arche en elle-même qui est loin des représentations habituelles que l’on s’en fait. Et le summum est atteint lorsqu’il nous dévoile que le genre d’embarcation qu’a du être l’arche, en la (re)construisant en se basant sur le texte mésopotamien! Et ce genre d’embarcation n’est pas une fantaisie car des embarcations similaires ont été utilisées au moyen-orient, sur le Tigre notamment, jusqu’au début du XXe siècle!

Mythe ou événement réel, le déluge? Ce qui est certain, c’est qu’il a du se produire un phénomène cataclysmique majeur qui a marqué les esprits et s’est transmis de génération en génération et a inspiré de nombreux récits.

Il faut savoir aussi que lors de la déportation des hébreux de Jérusalem à Babylone, les exilés forcés ont été en contact avec la culture mésopotamienne et autre détail qui a son importance, les textes de l’ancien testament ont été fixés vers le VIe/Ve siècle avant notre ère. Ce sont des éléments à toujours garder en mémoire car une oeuvre, quelqu’elle soit est presque toujours influencée par la culture de l’endroit de sa rédaction et l’époque dans laquelle elle est écrite.

En dehors de la vérité historique, il y a l’interprétation faite par les religions de ce genre d’événement et un peu à l’instar d’une fable, il y a une morale à la clé.

Avec un peu d’audace, je pourrais dire que ce récit est encore actuel : les humains que nous sommes; ne se comportent pas bien avec la planète et tout ce qu’elle contient et nos activités égoïstes à l’égard des autres conduisent à modifier fondamentalement le climat, ce qui finit par avoir des impacts de plus en plus visibles sur nos vies! Point besoin de divinité pour nous punir, nous nous punissons nous même puisque nous mettons en péril notre existence même sur cette planète! Et un des phénomènes récurent de ce dérèglement climatique est des précipitations de plus en plus abondantes conduisant à des inondations toujours plus graves.

Voilà donc un récit que nous devrions méditer, me semble-t-il car, personnellement, j’y trouve pas mal d’écho avec ce que nous vivons en fin de compte.

Pour aller plus loin


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Comme je l’ai écrit dans la seconde partie de l’introduction de ce blog, mon parcours spirituel est tout sauf un chemin rectiligne et plat et suscite toujours des questionnements intérieurs car si les choses étaient simple dans notre monde, ça se saurait. J’envie parfois celles et ceux qui vivent de certitudes mais cela passe très vite lorsque je vois les affres que cela produit lorsque l’on vit de certitudes ou que l’on suit des personnes prétendant détenir la vérité absolue.

Pour certaines et certains, il est impossible d’être à la fois libre-penseur et croyant. Encore faut-il être d’accord sur ce que l’on entend par croyant. Est-ce croire à un divinité toute puissante qui régente ma vie et me juge en permanence? Est-ce croire à des dogmes et des vérités proclamées par des humains qui se considèrent supérieurs à la masse et les suivre sans se poser de question? Ou bien, est-ce croire à la possibilité d’une force créatrice qui aurait rendu possible la vie dans sa diversité telle que nous la connaissons?

Je peux clairement répondre non aux deux premières question. Pour la troisième question, je n’ai pas à ce stade de réponse.

Même si j’ai eu des périodes de doutes, de colère face aux institutions religieuses, la spiritualité n’a jamais déserté mon esprit. Je me suis un peu tourné vers les spiritualités orientales mais si elles sont parfois proches du christianisme, elles sont en même temps éloignées.

De plus, on efface pas le passé, on vit avec et on le voit avec des yeux constamment nouveaux à la lumière de l’évolution de nos vies.

Lorsque j’ai découvert le protestantisme libéral, j’ai été séduit par le côté dépouillé de la foi et par sa théologie qui invite à faire usage de sa raison.

Et la définition de Dieu qui n’en est pas une me plaît assez :

Le protestantisme libéral affirme l'existence de Dieu. Esprit et Vérité, Dieu se situe au centre de notre être, de notre vie.
Les mots sont insuffisants pour définir Dieu; ils peuvent même le trahir. Le protestantisme libéral reste prudent face aux dogmes et formules de confession de foi qui, comme les symboles, ont une valeur toute relative.

Pour ce qui est de la foi, cela correspond assez bien à ma conception aussi ainsi que cela est expliqué bien mieux que je ne pourrais le faire moi-même dans cet article reprenant le manifeste de l’union protestante libérale de Genève et en particulier le point 6 consacré à la foi.

Enfin, ce qui me plaît dans le protestantisme libéral, c’est le fait qu’il entend s’ancrer dans la société actuelle avec toutes ses facettes et non pas dans un passé idéalisé et vers lequel il faudrait revenir.

J’en suis là aujourd’hui. J’aimerai participer au culte mais il n’y a point de paroisse protestante libérale dans ma région et la seule expérience vécue dans un temple protestant dans ma ville a été plutôt négative… Peut-être devrais-je retenter l’expérience?

Quoi qu’il en soit, la seule chose dont je suis convaincu c’est que l’ouverture aux autres et au monde, l’amour et le respect du prochain (et dans mon cas, ça ne se limite pas aux humains mais à toute la création), la tolérance sont et resteront les piliers de mon parcours de vie.

Est-ce la fin de mon parcours spirituel? Bien malin qui pourrait le prétendre et moi-même, je n’en sais rien et ça n’est pas le plus important à mes yeux.


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Remarque préliminaire : cet article n’a pas été écrit en rapport avec les événements récents à Lyon mais par la force des choses, ils s’imposent notamment à la suite de cette marche organisée par le collectif Némésis hier à Lyon où l’on a pu, une nouvelle fois, voir toute la laideur de la peste brune et entendre les mêmes discours creux de “Aujourd'hui, on défend les valeurs qui sont la France. Ceux qui aiment le pays, et ceux qui sont là pour respecter leurs prochains” (source France Info)

Pour celles et ceux qui veulent approfondir le sujet du collectif, voir Wikipédia

Il me semblait utile d’apporter cette précision et j’ajoute que je ne cautionne en aucun cas la violence comme réponse à la violence.


Il ne vous aura pas échappé que les dirigeants autoritaires, autocratiques, dictatoriaux ou ouvertement fascistes en Europe et ailleurs aiment à rappeler tantôt les racines chrétiennes de l’Europe (ce qui est déjà contestable en soi), utilisent la religion pour justifier leurs politiques de rejet de l’autre, l’intolérance envers les minorités ou encore pour maintenir les femmes dans un rôle de soumission.

On peut même affirmer, sans trop de risque de se tromper, que ces dirigeants et autres idéologues, n’ont jamais lu la bible sinon, ils verraient immédiatement combien ils sont à côté de la plaque.

Un des thèmes favoris de l’extrême-droite est l’immigration “invasive” alors que dans une certaine mesure, nous sommes tous des migrants ou des filles et fils de migrants! Les premiers humains n’ont-ils pas migrer de l’Afrique vers le reste du monde? Nous sommes tous faits des mêmes atomes et des mêmes atomes que tout ce qui nous entoure dans le monde!

Déjà dans l’ancien testament, l’accueil et le respect de l’étranger est explicite:  « Tu n’exploiteras ni n’opprimeras l’immigré car vous avez été des immigrés au pays d’Égypte. » (Ex 22, 20) ou encore  « Six jours, tu feras ce que tu auras à faire. Mais le septième jour, tu chômeras afin que ton bœuf et ton âne se reposent et que le fils de ta servante et l’émigré reprennent leur souffle » (Ex 23,12).

Un article de la revue catholique La vie va plus loin dans l’analyse et passe en revue ce que la bible dit des immigrés, de leur accueil et de l’attitude a adapter. Et clairement, à une exception près dans le livre de Ben Sira (l’Ecclésiaste) qui, par ailleurs, ne fait pas partie du canon protestant, il n’est jamais question de rejet, d’expulsion ou autres violences.

Les discours vantant les valeurs chrétiennes et un age d’or passé ne sont que des chimères destinées uniquement à manipuler ceux qui se débattent au quotidien avec le système néo-libéral dans lequel nous sommes englués. Ces mêmes dirigeants et politiciens sont souvent immensément riches ou corrompus jusqu’à la moelle et une seule chose les intéresse : en avoir toujours plus au mépris de ceux qu’ils prétendent défendre contre l’immigré qui vient leur voler leur pain! Et pourtant, sans ces personnes, bon nombre de nos services ne fonctionneraient tout simplement plus!

Les régimes autoritaires n’ont qu’un but : asservir la grande majorité de la population au seul service de leur intérêt personnel et de celui de quelques personnes de leur cercle proche, ni plus, ni moins!

Leur haine de l’autre, de la différence dont font preuve ces dirigeants est souvent liée à des frustrations qu’ils ne parviennent pas à contenir ou d’une haine d’eux-mêmes. Le culte qu’ils réclament autour de leur personne tient d’un ego-centrisme profond. En fait, ce sont de grands malades mentaux qui nécessitent des soins.

Cela ne vaut pas que pour l’Europe et pour le christianisme, bien sûr, les exemples sont, hélas, nombreux de ces dévoiements des religions et ne se limitent pas aux politiciens.

En recherchant de la documentation pour cet article, j’ai trouvé un article au sujet d’une étude sur le vote d’extrême droite chez les chrétiens, à lire sur le site de Regards Protestants

Pour terminer, je voudrais dire un mot sur le combat contre l’extrême-droite. Il y a quelques jours, à la radio, sur RTBF La Première j’entendais une militante antifa déclarer que si on est contre l’extrême-droite on est forcément antifa et d’ajouter quelques instants plus tard que la violence peut faire partie de la réponse. Alors non, désolé, je ne suis pas antifa. Le mouvement antifa est instrumentalisé tant en France qu’en Belgique par des partis tels LFI ou le PTB/PVDA en Belgique et surtout, ce qui manque, ce sont des initiatives citoyennes comme ce que je vois en Allemagne par exemple avec les “Omas gegen Rechts” (Les mamies contre l’extrême droite) ou le mouvement “Prüf” (Teste) qui organise des rassemblement citoyens dans tout le pays. Il y a aussi des mouvements citoyens locaux, comme celui que j’ai découvert hier par hasard à Mayen, une petite ville de l’Eifel où j’étais avec mon ami et qui s’appelle “Sei ein Mensch” (Sois un humain) qui poursuit le même but, sensibiliser, ouvrir le débat et le dialogue face aux idées d’extrême-droite probablement dans le cadre des prochaines élections régionales dans le Land de Rhénanie-Palatinat. Il me semble important que l’ensemble des citoyens qui disent vouloir défendre la démocratie contre l’extrême-droite afin de ne pas laisser la lutte à un seul mouvement qui, à mes yeux, est contestable à certains points de vue comme celui de l’usage justifié de la violence.

Et une nouvelle fois, une coïncidence (ou pas?) fait que j’ai reçu ce samedi une newsletter avec un lien qui mène à un article s’intitulant La honte d’être croyant que vous pouvez lire sur le site de Regards Protestants. Ici aussi, je pourrais faire miennes les idées exprimées!

En conclusion, un chrétien en particulier mais toute personne dotée d’un minimum d’humanisme ne peut se laisser aller aux sirènes de l’extrémisme de droite, qu’il se nomme RN, AfD, Fratteli d’Italia, Vox, Reform UK ou Vlaams Belang et doit également ne pas céder à la tentation de répondre à la violence par la violence.


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Cela pourrait sembler provocateur comme intitulé de blog et voire même contradictoire. Ainsi, je vais tenter de vous expliquer le pourquoi du comment.

J’ai choisi libre-penseur à la fois pour son sens premier mais aussi à cause d’un ouvrage de l’ancien recteur de l’université catholique de Louvain-la-Neuve, Gabriel Ringlet. Gabriel Ringlet est aussi prêtre, théologien, écrivain, poète et une personne inspirante.

En 1998, il a écrit un ouvrage qui s’appelait Évangile d’un libre-penseur, et si Dieu était laïc? C’est à ce livre que j’ai pensé en premier lorsque le mot libre-penseur s’est imposé pour le titre de mon blog.

Parmi les autres personnes qui m’inspirent, il y a Myriam Tonus, théologienne et laïc dominicaine pendant de longues années qui récemment, à l’âge de septante-sept ans a quitté l’église catholique pour l’église protestante. Elle a livré une interview au magazine belge l’Appel dans laquelle elle raconte son cheminement du catholicisme au protestantisme. J’aurais presque pu l’écrire! L’interview est à lire sur le site de l’Appel.

Chrétien, était pour moi aussi une évidence et je dis bien chrétien, pas catholique, la différence est de taille, cela je pense que vous l’aurez compris si vous avez lu l’introduction (la seconde partie en particulier).

Et comme je me sentais proche de la théologie libérale du protestantisme. Libéral, dans le sens de liberté, dans le sens de remettre sans cesse la réforme sur le métier, dans le sens de remettre en question les acquis en étant ouvert à la nouveauté car comme dans tous les domaines, la théologie évolue avec son temps mais une chose ne change pas : le message central du christianisme, malheureusement très, trop souvent dévoyé : Amour et tolérance. (voir Jean 13, 34-35).

Mais si ma pensée est profondément chrétienne, elle n’est pas fermée à la philosophie, aux autres formes de spiritualités et religions qui toutes ont un but universel: la recherche de sens dans et de la vie.

Et je l’avoue, il m’arrive de consulter le site des témoins de Jéhovah et pour cela je dois remercier un ancien collègue, décédé trop tôt et qui faisait partie des témoins de Jéhovah car j’ai eu avec lui des échanges remarquables et enrichissants comme j’en ai rarement connu dans ma quête spirituelle et bien loin de l’idée que l’on se fait de cette communauté.

Parmi toutes les personnes qui m’inspirent, vous aurez aussi compris que François d’Assise compte beaucoup et je terminerai ce billet avec sa prière pour la paix :

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix, Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. »


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Hier, j’achevais la lecture d’une biographie sur le Poverello d’Assise, François. Une figure marquante du christianisme si pas la plus importante figure évangélique depuis le Christ lui-même.

Ce livre avait été écrit à l’occasion des 800 ans de la naissance de François d’Assise en 1982 (et réédité à ce que je vois en 2010). Rédigée par le Frère Eloi Leclerc, lui même membre de la famille franciscaine.

L’intérêt de cette biographie, c’est qu’elle ne se contente pas de raconter la vie extraordinaire de François mais elle est resituée dans le contexte politique et économique de l’époque (début du XIIIe siècle).

C’est à cette époque que les villes s’émancipent et deviennent libre et où les marchands s’associent et deviennent indépendants du seigneur et s’organisent en communes. C’est une changement fondamental car c’est la naissance de l’économie de marché. Malheureusement, comme souvent dans l’histoire de l’humanité d’ailleurs, la bonne idée devient vite problématique. Si la fraternité et l’égalité sont les piliers de base de la nouvelle organisation sociétale, très vite l’argent va corrompre cette idée géniale. Très vite, de nouvelles inégalités vont apparaître et des rapports de force entre frères vont réapparaître.

François, qui est issu d’une famille de marchands prospères vit une vie en rapport avec sa classe sociale : croisades, guerres, vie légère, … Il aspire aux honneurs chevaleresques, typique mais une captivité, la maladie et la santé fragile qui en découle par la suite, l’éloignent peu à peu de l’idéal chevaleresque et un retournement va se produire. L’Évangile, la bonne nouvelle, va le frapper en plein cœur et va contribuer à une des aventures les plus extraordinaire de la Chrétienté depuis la venue de Jésus, n’ayons pas peur de le dire!

Ainsi, il va se dépouiller, au sens propre et figuré jusqu’à vivre dans la pauvreté totale et animé seulement par la Bonne nouvelle. Il se met à rêver d’une société vraiment fraternelle et égalitaire dans le dépouillement le plus total. Ne rien posséder est le seul moyen d’assurer cette fraternité et cet égalité entre les humains. En cela, il est très critique envers l’institution ecclésiale et les monastères qui ont des richesses sans nombre, des territoires immenses pour les monastères et qui reproduisent le système féodal. Sans parler du pouvoir temporel que Rome s’est arrogée (grâce à la complicité (involontaire?) de Constantin, l’empereur romain du IVe siècle qui instaura le christianisme comme religion d’état au sein de l’empire en déclin, une occasion que la encore jeune église chrétienne saisit pour instaurer et augmenter son pouvoir temporel et par là même dévoyer totalement l’enseignement de Jésus.

Ainsi, l’idéal chrétien des débuts, à savoir tolérance, amour du prochain et fraternité ne sont plus que de lointains souvenirs…

Très vite, l’ordre des frères mineurs voit affluer des hommes et des femmes qui veulent vivre cette simplicité évangélique. Une des plus connue sera sœur Claire qui sera la version féminine de François.

Avec ces idées révolutionnaires mais qui s’inscrivent dans les changements sociétaux de l’époque, François peut être perçu comme le premier qui a voulu réformer l’église.

Il est aussi un pionnier des rencontres œcuméniques puisqu’il rencontrera en Terre Sainte le Sultan qui régnait à l’époque.

Mais profitant de ce voyage de François au Proche-Orient, le Pape tentera de prendre le contrôle de l’ordre et à son retour, François se devra d’écrire une règle monastique. Cela l’attriste beaucoup car il voit son idéal initial dévoyé…

La règle devra être réécrite à deux reprises et petit à petit l’ordre franciscain va échapper à son fondateur. Son idéal de vie nomade afin de proclamer la Bonne nouvelle et vivre du travail le plus insignifiant ou carrément de la mendicité se transformera en une fraternité sédentaire occupant des monastères.

François, dont la santé est fragile, sera malheureux mais un dernier événement majeur dans sa vie va se produire, lors d’une retraite dans la montagne, un ange lui apparaître et le marquera des stigmates du Christ (réalité ou légende, chacun se fera son opinion). Cela le transformera définitivement, le Christ vit en lui d’une manière lumineuse et il rédigera ses plus beaux cantique dont le cantique des créatures :

“ Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière: il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles: dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l'air et pour les nuages, pour l'azur calme et tous les temps: grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau qui est très utile et très humble précieuse et chaste. 

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu par qui tu éclaires la nuit: il est beau et joyeux,indomptable et fort. 

Loué sois-tu, mon Seigneur,pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi; qui supportent épreuves et maladies: Heureux s'ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper.”

La dernière strophe sera ajoutée peu avant sa mort. Et quelle strophe!

Terminons par une anecdote : c’est à François que l’ont doit la crèche telle que nous la connaissons avec l’âne et le bœuf. En effet, il avait voulu faire une crèche vivante pour les petites gens et tous ses frères en humanité, qu’il avait installée dans une grotte. Il voulait rendre le Christ vivant et palpable à tous.

Grande figure du Christianisme, François est un exemple inspirant encore aujourd’hui et même pour le chrétien réformé que je suis car son idéal de foi dépouillée et ou l’Évangile est au cœur correspond assez bien à un certain idéal protestant.

Ce sera Luther et puis Calvin qui seront les artisans du schisme et de cette réforme visant à replacer Dieu, Christ et la foi au centre de la vie du chrétien quelques trois siècles plus tard. Et sans trop en dévoiler, vous imaginer que les deux grandes figures du protestantisme avaient les mêmes griefs (et plus encore) que François à l’égard de l’institution que d’aucun estimait totalement dévoyée. Nous aurons l’occasion d’y revenir ultérieurement.

Cet article est à la fois un résumé du livre et une réflexion personnelle sur ce personnage hors du commun.

En 2026, on célèbre le 800ème anniversaire de sa mort et c’est par pure coïncidence (à moins que?) que j’ai lu cette biographie.

Références

Le livre de Fr. Eloi Leclerc : Saint-François d’Assise, retour à l’Évangile édition 2010 paru chez Desclée-De Brouwer

Le récit de la vie de François d’Assise par Félix Timmermans (1887-1946), écrivain et peintre belge de la région anversoise sous le titre de La harpe de Saint-François est, personnellement, une des plus belles version que j’ai pu lire.

Et pour aller un peu plus loin dans la biographie, la page Wikipédia


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