Introduction
Je viens d’achever la lecture de deux volumes de la célèbre collection Que sais-je?, l’un consacré à l’ancien testament rédigé par Thomas Römer, historien et philologue, professeur au Collège de France où il occupe la chaire “Milieux bibliques” et l’autre consacré au nouveau testament rédigé par Régis Burnet, professeur d’exégèse du nouveau testament à l’université catholique de Louvain(-la-Neuve).
Ce sont de petits volumes d’une centaine de pages mais à la matière dense et complexe, ne nous voilons pas la face, car rien n’est simple dans le livre des livres mais c’est un voyage passionnant dans l’histoire de l’antiquité et des religions, qui remet totalement en perspective le sens à donner à ces textes “sacrés”!
La collection Que sais-je? comporte plusieurs volumes consacrés aux sujets religieux et ont l’avantage de faire la synthèse de la connaissance sur un sujet avec une rigueur scientifique et historique qui font des ouvrages de cette collection une référence qui ne se dément pas depuis plus de 80 ans. Un point de départ idéal pour s’aventurer plus loin sur le sujet, grâce à la riche bibliographie en fin de volume, pour ceux qui veulent comprendre et affûter leur esprit critique.
L’ancien testament (2ème édition 2024)
Ce que les chrétiens appellent ancien testament correspond en partie seulement au texte de la bible hébraïque. Et encore parmi les chrétiens, il faut faire le distinguo entre catholiques, protestants et orthodoxes. Et pour les orthodoxes, il faut encore différencier selon les mouvances de l’orthodoxie (grecque, orientale, ethiopienne).
On l’a dit, rien n’est simple dans ce bric-à-brac et ce n’est que le début! Le canon, c’est-à-dire les textes repris et considérés comme dignes de foi, en est à l’origine! Mais rassurez-vous, après avoir lu ce livre, vous serez incollables sur l’ancien testament!
Un tableau synoptique reprend en effet les différents canons de l’ancien testament qui permet de voir quels livres sont repris ou non selon la version.
Si l’on veut avoir une bible qui reprend l’ensemble des textes des trois canons, à l’exception du livre d’Hénoch qui n’est plus repris que dans le canon éthiopien, il faudra s’orienter vers une version TOB (Traduction Œcuménique de la Bible).
Après avoir exploré la constitution du canon, l’auteur nous emmène dans l’histoire de l’écriture et des traductions des textes anciens et ensuite nous livre une brève histoire des royaumes d’Israël et de Juda, car oui, il y avait aux alentours du Xe siècle avant notre ère deux royaumes : Israël au nord avec Samarie comme capitale et Juda au sud avec Jérusalem comme capitale. Ces deux royaumes ont disparu, le premier à la fin du VIIIème siècle avant notre ère et le second au VIème siècle avant notre ère avec la destruction du temple et l’exil à Babylone. On notera que c’est suite à la chute de Samarie que Jérusalem va prendre une importance capitale.
Ensuite l’auteur aborde la formation des trois partie de l’ancien testament selon l’ordre de la bible hébraïque : le Pentateuque, les Prophètes et les “Écrits”. A l’intérieur de ces trois partie, il retrace l’histoire de la rédaction livre par livre. Et là, nous découvrons, stupéfaits, que les textes que nous lisons aujourd’hui n’ont pas été écrit d’une pièce et encore moins par les auteurs qui leur sont traditionnellement affectés mais bien par réécriture, découpage, regroupement, carrément inspiré d’autres écrits antiques… et ce sur plusieurs siècles et par plusieurs rédacteurs…
Il y a même suspicion que des personnages aussi importants qu’Abraham, Moïse, David, Salomon ne soient que des personnages légendaires car leur historicité ne peut être assurée! Même les livres dits historiques ne seraient pas aussi historiques qu’ils ne le prétendent car, et c’est bien connu, l’histoire est écrite par les vainqueurs et pour certains de ces livres, il est soupçonné que ces livres ont été réécrits dans le but de mettre le royaume de Juda sous un meilleur jour par rapport au royaume d’Israël.
Ainsi, au fil des pages, on va de stupéfaction en stupéfaction (ou pas), et on se demande à la fin si il y a vraiment quelque chose à retirer de tout ça? Sans conteste, je répondrai oui, mais en prenant d’énormes pincettes et en les prenant pour ce qu’ils sont : des textes parfois sapientiaux, parfois pas du tout sages (guerres d’extermination, génocides, conquêtes, …) et une histoire brodée autour de quelques noyaux de textes anciens pour donner un récit, une histoire à un peuple qui aurait été choisi par une divinité qui se fait appeler YHWH.
L’ouvrage se termine par une annexe reprenant les différents livres et textes qui sont repris dans le canon catholique et orthodoxe, y compris l’étrange livre d’Hénoch (à lui seul il vaut un article, patience donc).
Je termine ici cette évocation avec un mot à propos de la date de rédaction de l’ancien testament : les plus anciens textes, sont ceux de Qumrân, connus sous le nom de manuscrits de la Mer Morte et dont certains datent du IIIe siècle avant notre ère. On peut considérer que la mise en forme définitive des textes se situe quelque part entre ce IIIe siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère!
Voilà, après ce voyage, et comme l’indique le quatrième de couverture : “une plongée fascinante qui vous fera lire la Bible d’un œil neuf!”
Si le livre d’Hénoch, qui a fait partie du canon et qui est évoqué dans le nouveau testament à plusieurs reprises, vous intéresse, vous pouvez le lire en ligne ou bien dans La Bible, écrits intertestamentaires édité dans la Bibliothèque de la Pléiade. Nous aurons l’occasion d’en reparler car ce livre est encore plus époustouflant que tout le reste.
Le nouveau Testament (4ème édition 2025)
Régis Burnet, l’auteur, nous convie dans ce volume également à un voyage spatio-temporel entre le milieu du Ier siècle de notre ère et le début du IIe.
Le nouveau testament est composé des évangiles et de toute une série de textes divers et d’une apocalypse (révélation) qui le clôt.
Comme Thomas Römer avec l’ancien testament, l’auteur suit la chronologie de la rédaction des textes du nouveau testament, en présente le contenu et le replace dans le contexte socio-politique et historique de l’église naissante. Il expose aussi leur orientation théologique car, oui, il s’agit bien de convaincre les uns et les autres que Jésus (qui d’ailleurs devrait s’appeler Josué si l’on traduit son vrai nom hébreu Yeshoua qui signifie Dieu sauve, Jésus vient de la traduction en grec ancien Ιησους/Ièsous) était le messie, l’oint de Dieu (Christ) promis à Isräel. Dieu, par l’intermédiaire des prophètes et notamment Ésaïe, a promis qu’il enverrait un sauveur pour restaurer la royauté et ce sauveur serait issu de la lignée de David à qui il avait fait la promesse que sa lignée régnerait à jamais.
Ici aussi, comme dans l’ancien testament les auteurs à qui sont attribué les textes ne sont pas certains pour tous les textes. Certaines épîtres avaient été par le passé attribuées à Paul par exemple mais il n’en était rien. C’est le résultat de travaux de recherches qui ont identifié des différences de style et de forme.
Le livre se divise en quatre parties, après une brève introduction qui parle des premiers chrétiens.
La première partie aborde les premiers écrits, qu’il appelle l’age apostolique. C’est là que l’on retrouve Paul de Tarse et ses missives. Ce sont les plus anciens textes du nouveau testament et donc antérieur aux évangiles. On pourrait, en exagérant à peine, parler de Paulinisme, plutôt que de Christianisme tant Paul a théorisé et l’on peut même parler de théologie paulienne dans l’épître aux Romains.
La seconde partie aborde la seconde génération avec le premier évangile, le plus concis aussi, celui de Marc. On y retrouve des écrits comme l’épître aux Hébreux, les lettres de Pierre et Jacques et aussi l’évangile de Matthieu. Le but de ces écrits : inscrire le christianisme naissant dans le Judaïsme et le différencier du Judaïsme sacerdotal. On y trouve aussi un autre groupe d’écrits inspirés par la théologie de Paul comme les épîtres aux Colossiens, aux Éphésiens, et poursuivre son oeuvre théologienne. On y trouve aussi les écrits attribués à Luc (évangile et actes des apôtres) qui veulent justifier la mission de Paul autour de la Méditerranée et jusqu’à Rome et aussi la posture a adopter face aux Romains (Première lettre de Pierre).
On arrive à une troisième génération, abordée dans la troisième partie. Là, on y trouve les écrits attribués à Jean, son évangile, ses épîtres et pour finir l’Apocalypse. Une singularité théologique et liturgique.
La quatrième partie relate le long processus de la formation du canon qui s’étend du IIe siècle au IXe siècle quand même. Il faut dire que la période s’étalant du IIe au IVe siècles a été prolifique en matière d’écrits chrétiens. Ils forment deux volumes de la Bibliothèque de la Pléiade, par exemple! Ce qui a poussé l’église dès le IVe siècle a mettre de l’ordre pour aboutir à un texte standardisé au IXe siècle.
De nombreux écrits qualifiés d’apocryphes (cachés et dont l’authenticité ne peut être établie et non pas faux comme on l’entend trop souvent) viennent de cette période prolifique et notamment l’évangile de Thomas, de Marie-Madeleine, l’enfance de Jésus, …
On le voit, ici comme dans l’ancien testament, il convient de prendre avec circonspection tous ces textes et comprendre d’où ils viennent et pourquoi ils ont été rédigés aide à mieux en saisir le sens, rien n’est anodin et surtout lorsqu’un empereur romain décide de porter le christianisme à l’état de religion d’état.
Il n’en reste pas moins que, si c’était un coup de marketing, c’était un coup de génie puisque deux mille ans plus tard, on lit toujours ces textes et ils suscitent toujours de vifs débats!
En conclusion
Alors, la Bible parole de Dieu dictée par lui-même, inspirée par lui ou simplement des récits antiques comme il en existe beaucoup d’autres? Chacun se fera son opinion et à moins d’être témoin de Jéhovah ou fondamentaliste religieux (qui croient à la lettre à ce qui est écrit et que ce qui est écrit a été dicté par Dieu lui-même) on ne peut qu’être interpellé et se questionner.
Nous ne saurons sans doute jamais avec une certitude absolue le fin mot de cette histoire fabuleuse d’un peuple obscur de nomades du moyen-orient qui sera à l’origine des trois plus grandes religions du monde…
De tout temps, les humains se posent ces éternelles questions : d’où venons-nous, pourquoi sommes-nous et où allons-nous? Des réponses que nous avons petit-à-petit mais qui ne sont pas des certitudes et ne le seront sans doute jamais.
L’intérêt de ces ouvrages est de nous ouvrir l’esprit et surtout de nous permettre de remettre en perspective et dans le contexte historique. Ils nous apprennent que les populations du moyen-orient étaient en contact les unes avec les autres, personne ne vit en parfaite autarcie. Depuis que l’humain est, il voyage et est en contact avec d’autres cultures, d’autres pensées et cela influence sa propre vision. Certains humains ont aussi l’art particulier de tourner les paroles pour leur propre avantage (et c’est encore aujourd’hui le cas avec ces dirigeants qui se servent de la Bible pour justifier des actes barbares ou des guerres…
Finalement, la Bible, n’est que le reflet de nos errements, de nos bons et mauvais côtés et surtout notre incapacité à assumer nos responsabilités, préférant déléguer à un autre, Dieu dans le cas présent, le soin de régler et décider pour nous et comme Ponce Pilate, nous laver les mains des conséquences de nos actes.
Deux petits volumes à la matière dense pour nous inviter à réfléchir et à approfondir la question, une bonne introduction à la matière pour un prix modique (10 EUR/volume).
Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.
Merci pour votre lecture.
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