Journal d'un libre-penseur chrétien

Histoires et réflexions sur la spiritualité – Celui dont Jésus-Christ est la maladie, ne saurait guérir (Ibn 'arabi – XIIe siècle).)

Les éléments de discorde entre catholiques et protestants sont nombreux et l’assomption en est un et pas des moindres. En effet, il ne repose, comme beaucoup de dogmes de l’église catholique sur aucun élément théologique solide. Pire, il repose sur des traditions basées sur des écrits apocryphes.

Marie, la reine de la discorde

Chez les catholiques, Marie est considérée comme la mère de Dieu et au fil du temps, elle est devenue, à mon sens, quasi comme une déesse à l’égal de Dieu, ce qui est très dérangeant... d’autant que pour certains protestants, la trinité pose déjà un problème! Les catholiques s’en défendent mais force est de constater le nombre de fêtes qui lui sont dédiées est important et il y a quelques années, le Pape François en a ajoutée une le 1er janvier : Marie, mère de l’église… rien que ça! On ne compte plus les titres reçus par la mère de Jésus…

Pour les protestants, point de culte marial. L’idée même du culte marial des catholiques est perçu comme une façon de lui donner plus d’importance que les écritures ne lui en accorde. On rappellera que pour les protestants, seule l’écriture compte et que donc, tout ce qui est établi en dehors des écritures canoniques (on pourra relire d’autres billets sur ce sujet).

Et c’est justement pour cette raison que les protestants ne peuvent accepter le dogme de l’immaculée conception de Marie, qui consiste à croire que Marie a été conçue sans péché. Rien dans l’écriture (dans le canon du moins) ne permet d’attester une telle chose.

Beaucoup de la théologie mariale catholique repose en fait sur une série d’apocryphes non retenus dans le canon mais on remarquera que ceux-ci ont tout de même une certaine influence dans la théologie et la doctrine catholiques, c’est quand même un comble!

Marie reste un modèle de piété et de foi pour les protestants mais vu que pour les protestants, le chrétien est seul responsable devant Dieu et peut dialoguer directement avec lui, ils ne voient aucune raison d’adresser des prières à Marie (ou aux saints). Dieu est accessible en direct et Jésus est celui qui nous le fait connaître.

Personnellement, cette place de Marie m’a toujours posé problème lorsque j’étais encore dans l’église catholique et c’est une des nombreuses raisons (pas la plus importante du reste) qui m’ont donné envie d’aller voir ailleurs.

L’assomption

Comme nous approchons du quinze août, l’occasion était rêvée pour tordre le cou à ce dogme qui ne repose sur rien et est un énième sujet de discorde entre catholiques et protestants.

Si cette croyance est ancienne et remonte aux débuts du christianisme, la proclamation du dogme affirmant que Marie a été enlevée corps et âme au ciel à sa mort ne date que de 1950! Un siècle plus tôt, en 1854, avait été proclamé le dogme de l’immaculée conception.

La fête du 15 août est ancienne et correspondrait à la consécration, en 431, de la première église dédiée à Marie.

De nombreux éléments de la tradition de l’assomption sont issus de plusieurs écrits apocryphes datant du début du christianisme et qui se sont transmis avec des variations.

Ainsi, l’église catholique, qui n’est pas à une contradiction près (mais prête à tout pour conserver un pouvoir sur le peuple chrétien) et s’appuie donc sur des textes non reconnus comme fiables pour établir un dogme. Rien d’étonnant à ce que les protestants, plus terre-à-terre, les libéraux en particulier voient tout cela d’un mauvais œil! Et dire que les catholiques et leur Pape prétendent être gardien de la foi véritable…

Pour les catholiques, aller à la messe le 15 août est obligatoire puisque c’est une solennité.

Certains catholiques voient dans le récit d’Hénoch et d’Élie qui, tous deux ont été enlevé au ciel et ne sont donc pas morts comme tous les humains une indication de l’assomption de Marie… arguments très discutables, on en conviendra… puisque les évangiles canoniques sont assez discrètes quant à Marie.

Le Coran, le livre saint des musulmans, est plus prolixe sur Marie (plus même que dans les évangiles chrétiennes!) mais là aussi, beaucoup de ce qui se trouve dans les sourates est largement inspiré d’apocryphes chrétiens contemporains de l’époque de rédaction du Coran.

Mais pourquoi ce culte marial, qui ne cesse de se développer au cours des siècles? Une raison avancée est que de nombreuses églises dédiées à Marie sont implantées là où se trouvaient des temples dédiés à des déesses telles Aphrodite, Isis, la déesse mère, etc… et que pour ne pas brusquer les païens, qu’il convenait de convertir à la nouvelle religion d’état, le christianisme, on a toléré cette mariôlatrie.

En conclusion

Pour les protestants, ces dogmes ne reposent sur rien et n’ont pas lieu d’être. Néanmoins, ils gardent un regard bienveillant envers la mère de Jésus y voyant un modèle de foi et une figure sympathique.

Pour ma part, c’est le souvenir de ma grand-mère maternelle, qui s’appelait Maria, qui aimait beaucoup la fête du 15 août qui restera l’incarnation de la fête de l’assomption. A Liège, en Outremeuse, c’est l’occasion de grandes festivités et toutes les Marie du quartier sont fleuries ce jour-là. Une fois encore, le païen se mêle au religieux.

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Réflexions sur le verset 8 du chapitre 5 de l’évangile de Jean

Comme vous le savez, vous qui suivez ce blog, mon rituel au lever, c’est de lire, entre autres, la page de Pain quotidien et sa méditation.

Souvent inspirante, la méditation m’offre une vision du monde, de la spiritualité et parfois même un regard inattendu sur ma propre vie comme ce fut le cas ce vendredi 17 juillet 2026.

Si vous êtes lecteur de mon blog carnets de tout et de rien où je me livre à vous sans fard sur différents aspects de ma vie, vous ferez très certainement le rapprochement avec ce qui suit et ce qui est publié là-bas.

Le commentaire de David Gonzalez sur ce passage de l’évangile de Jean fait le constat que ce simple verset est un appel à se redresser, à sortir de l’immobilité intérieure. C’est dans le mouvement, dans le fait risquer un geste, que la guérison commence. Il parle carrément de résurrection et j’aime beaucoup cette idée. J’avais déjà abordé ce thème de la résurrection à Pâques dans une optique très différente de la vision classique qu’en a fait l’église catholique. Et si c’était ça la résurrection? Et s’il elle se produisait déjà de notre vivant! Cette conception bouleverse tout ce que l’on nous a enseigné à ce sujet! Quelle bonne nouvelle! Et quelle joie aussi!

Il poursuit sa réflexion, nous invitant à porter ce qui nous a portés, à faire du lieu de la douleur, de l’attente, de l’enfermement un lieu de passage. Non pas fuir son passé mais le prendre avec soi, d’une autre manière : le grabat (= nos fardeaux) ne disparaît pas, il change de nature, il devient mémoire, on ne le subit plus, on l’assume.

Il ajoute qu’on efface pas ce qu’on a traversé mais qu’on le traverse à nouveau, debout cette fois! Les traces laissées par les épreuves ne sont pas gommées, elles sont redessinées et à travers cette résurrection par la foi, ce fardeau devient un témoignage!

Ce texte, simple et fort à la fois, est un grand signe d’espoir pour tous ceux qui portent de lourds fardeaux et qui pensent qu’il n’y a pas d’issue à leur souffrance. C’est un grand signe d’espoir même si l’on n’est pas croyant!

Le protestantisme libéral a cela de libérateur et de de positif, c’est qu’il ne juge pas. Au contraire des catholiques, nul besoin de bonnes oeuvres, ni même de pénitence pour être sauvés! En soi, c’est déjà une libération que d’en être convaincu!

Les catholiques pensent qu’ils obtiendront le paradis dans une vie ultérieure et qui sera le fruit de leurs bonnes oeuvres. Pas le protestant libéral, pas moi en tous cas! Non pas qu’il ne faut pas faire du bien à nos semblables, là, n’est pas la question et dire le contraire serait aller à l’encontre du seul commandement de Jésus “Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés”. C’est une invitation claire à faire le bien autour de nous et à aimer les autres comme soi-même. D’ailleurs, on ne peut pas aimer les autres sans s’aimer soi-même et c’est souvent là qu’est le problème, s’aimer soi-même n’a rien d’évident surtout dans notre société individualiste, où la performance est à tous les étages et où l’autre est souvent vu comme un concurrent! Combien parmi nous pensent, à tort, qu’il ne sont bons à rien, n’ont pas de valeur, voire même qu’ils ne sont pas de bonnes personnes?

Pour le protestant libéral, une chose est certaine et c’est pour moi, le sola le plus important des cinq : “C’est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi, cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu” (Éphésiens 2:8). Autrement dit, peu importe le nombre de bonnes oeuvres que l’on peut faire, ça nous donnera peut-être bonne conscience mais ça, Dieu, n’en a cure! Ce qu’il attend de nous, c’est de nous laisser envahir par son amour et sa grâce par le moyen de la foi, et ma foi, j’ai encore du chemin à faire de ce côté-là!

#ProtestantismeLibéral #foi #résurrection #spiritualité #religions


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J’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer dans d’autres articles, il y a un rituel le matin que j’ai gardé de mes séjours en abbaye, une lecture biblique et un psaume pour commencer la journée.

En abbaye, il y a la liturgie des heures d’une part et l’eucharistie de l’autre. Vous pourrez vous référer à l’article spécifique que j’ai écrit sur ce sujet particulier ici.

Les laïcs (c’est-à-dire les catholiques non ordonnés) peuvent nourrir leur prière avec la prière du temps présent qui est une forme allégée de la liturgie des heures.

Pour les protestants, il n’y a ni bréviaire, ni liturgie des heures et la prière est fondamentalement différente de la prière catholique ou orthodoxe. En effet, pour le protestant, la prière est un dialogue avec Dieu et pas une oeuvre de piété pour obtenir ses bonnes grâces. Pas de prière aux saints ou à Marie, Soli Deo, Dieu seul et Jésus comme seul médiateur entre Dieu et les hommes. La prière du protestant est simple, avec les mots de tous les jours comme un dialogue avec un ami et peu importe l’endroit ou le moment, l’important est d’être honnête et également qu’elle soit surtout orientée vers les besoins des autres et du monde. Un article plus détaillé sur ce sujet peut être consulté sur le site Regards Protestants.

Pour ma part, ce moment au lever est avant tout un moment de méditation, un moment pour penser aux personnes qui me sont chères (qu’elles soient vivantes ou non) et nourrir ma réflexion.

Si il n’existe pas de bréviaire ou de lectionnaire, on peut malgré tout trouver des ouvrages divers (en version papier ou digitale) pour nous aider dans cette démarche.

J’en ai testé plusieurs au fil des années et il y a deux publications dans lesquelles j’ai trouvé une nourriture spirituelle qui me convient et je vais vous les présenter brièvement :

Paroles et Textes (Losungen)

C’est un petit livre format poche qui existe depuis près de 300 ans et qui est édité par la Herrnhuter Brüdergemeine qui est une des plus anciennes église protestante, antérieure même d’un siècle à la réforme de Martin Luther. Cette fraternité est née dans l’actuelle Tchéquie mais suite à l’excommunication et la condamnation au bûcher de Jan Hus, les frères ont fui vers l’Allemagne actuelle, dans un petit village du nom de Herrnhut au fin fond du land de Saxe. On pourra lire plus en détail sur la page Wikipédia.

Ce petit recueil contient pour chaque jour de l’année un verset de l’ancien testament et un du nouveau testament qui se répondent, puisés parmi des centaines de versets et un petit texte d’accompagnement.

C’est une manière courte et simple pour entamer une méditation ou simplement voir la journée qui s’annonce ou qui s’est passée à travers le prisme de ces versets.

A titre d’exemple, voici ceux de ce samedi 27 juin 2026 :

“Ne laisse pas mon cœur dire des paroles méchantes, ni faire du mal avec ceux qui font le mal. (Psaume 141, 4)

Avant, vous étiez dans la nuit, mais maintenant, en étant unis au Seigneur, vous êtes dans la lumière. Vivez comme des gens qui appartiennent à la lumière. (Ephésiens 5, 8)

Jésus le Christ, lumière intérieure, ne laisse pas mes ténèbres me parler! Jésus le Christ, lumière intérieure, donne-moi d’accueillir ton amour! (All. 61-18)”

Pain quotidien

L’autre outil que j’utilise pour ce moment d’introspection matinale propose lui un verset et un psaume du lundi au samedi avec un texte de réflexion qui souvent est ancré dans le monde actuel. Il permet aussi en huit années de lire l’entièreté de la Bible, chaque livre, au début, est présenté pour le resituer dans son contexte historique et politique. Le dimanche, on a au choix, deux courtes lectures et un psaume ou les lectures de l’UEPAL (Eglise Protestante Unie d’Alsace-Lorraine). On peut bien sûr lire l’ensemble si on le souhaite!

On peut lire chaque jour en ligne ces lectures que l’on trouvera ici.

Cela peut paraître peu mais c’est déjà beaucoup si l’on s’applique à méditer ce que nous lisons. Et comme écrit plus haut, ce qui caractérise les protestants, c’est le dépouillement, la simplicité dans la prière et il ne s’agit pas de faire des oeuvres de piété qui ne rapportent rien à leur yeux.

Ecouter, entendre ce que la Parole veut nous dire de notre vie personnelle et plus généralement du monde qui nous entoure, c’est là l’essentiel de cette démarche.

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. (Matthieu 11,15)

En conclusion

Si je dois bien avouer que je ne suis pas un croyant ordinaire (je ne suis même pas sûr d’être croyant), ces lectures m’apportent chaque matin matière à réfléchir et sont comme des perles de sagesse. Et même si Dieu est un ami imaginaire, qu’importe si cela fait du bien et permet de se décentrer, de regarder vers les autres autant qu’à l’intérieur de soi.

Ce fût pour moi une libération extraordinaire le jour où je suis passé de l’autre côté (du catholicisme rigide et formaté au protestantisme libéral). Le poids des dogmes, des formules toutes faites qui finissent par sonner creux… Ici, c’est tout le contraire, la Parole est redécouverte à la lumière de chaque jour!

Je termine par une petite parole trouvée dans mon éphéméride favori car je lui trouve une résonance particulière avec ce qui vient d’être dit plus haut:

Devant la douleur d’un ami, le mieux est de se taire. Les paroles n’ajouteraient rien au réconfort de notre présence.


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Le 24 juin, dans le martyrologe romain (le catalogue des saints en quelque sorte) c’est la fête de Jean-le-Baptiste (ou Jean-le-précurseur) mais pourquoi ce jour précisément puisqu’on ne sait ni quand il est né, ni quand il a fini sa vie, décapité pour le plaisir de la seconde épouse d’Hérode selon ce qui est conté dans l’évangile.

L’explication est beaucoup plus simple : le 24 juin, c’est le tournant du solstice d’été, les jours commencent à nouveau à raccourcir et c’est ici que le symbolisme entre en jeu.

Pour le comprendre, il faut relire l’évangile et notamment les versets 25 à 30 du chapitre 3 de celui de Jean (l’apôtre, qui n’a rien à voir avec notre Jean du jour!), c’est là qu’apparaît la phrase “Il faut qu’il croisse, et que je diminue”. (Jn 3:30). Mais qu’est-ce à dire?

Petit retour en arrière dans le même évangile, au chapitre 1 , versets 19 à 34 où l’on peut lire le témoignage de Jean-le-Baptiste envers Jésus-Christ. Jean-le Baptiste, ou le précurseur, tout ce que l’on sait de lui, c’est qu’il vit au désert, qu’il est vêtu d’une peau de bête, qu’il se nourrit de sauterelles et de miel et qu’il baptise dans l’eau. Il annonce la venue du Royaume de Dieu et invite à la repentance, il est la voix qui crie au désert. Il annonce aussi la venue du Messie mais il n’est pas prophète, de son propre aveu.

On sait aussi, par l’évangile de Luc, qu’il est parent avec Jésus mais on ne sait pas s’ils se sont fréquentés dans leur jeunesse. On sait juste que Marie s’est rendue chez sa parente Elisabeth qui est enceinte d’un fils sur le tard et que cet enfant tressaille de joie dans le ventre de sa mère lorsque Marie, elle aussi enceinte, est près de sa parente. (Voir Luc au chapitre 1).

Ce qui précède explique pourquoi l’église catholique a choisi cette date pour célébrer Jean-le-Baptiste. Jusqu’au 21 décembre, les jours vont inexorablement raccourcir jusqu’au solstice d’hiver et après quelques jours de stagnation, il recommencent à s’allonger à partir du… 25 décembre, jour de la nativité du Christ, lumière et sauveur du monde selon les chrétiens.

Si tout cela colle admirablement pour l’hémisphère nord, ce n’est pas le cas pour l’hémisphère sud où les choses sont inversées! Lors de l’établissement des fêtes religieuses chrétiennes, l’hémisphère sud était inconnu. Imaginons un instant que tout ceci se serait passé dans l’hémisphère sud de notre planète, alors le 24 juin serait le jour où nous fêtons la nativité… du Christ.

Quoiqu’il en soit, le but premier de l’établissement de ces fêtes était bien sûr de détacher les populations des cultes païens célébrant les solstices. C’était une sorte de soft-power pour convertir au christianisme les masses dans les premiers siècles de notre ère.

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Je n’avais pas encore eu l’occasion de parler de cette autre fête importante du christianisme qui a lieu dix jours après l’Ascension et cinquante jours, d’où son nom, après Pâques.

Cet épisode est relaté dans les Actes des Apôtres que l’on doit à l’auteur de l’évangile de Luc et qui fait d’ailleurs suite à celui-ci.

On notera que cet épisode de la Pentecôte n’apparaît dans aucun des évangiles! Seul Jean (dont la rédaction est postérieure aux trois autres évangiles) évoque la venue du Paraclet (le protecteur promis) une fois que Jésus sera monté auprès de son père.

La première évocation de la Pentecôte apparaît dans la première épître aux Corinthiens.

Ainsi, Luc, que l’on considère comme le premier historien chrétien, relate cet épisode et le situe en temps et en lieu : l’action se passe dans le cénacle de Jérusalem où un grand groupe de disciples (les apôtres et les premiers chrétiens sans doute) est réuni et nous sommes au moment où les hébreux fêtent Chavouot.

Chavouot est une fête juive qui a lieu cinquante jours après Pessa’h (la Pâque juive). Elle est une des fêtes les plus importantes du judaïsme puisqu’elle rappelle le don de la Torah (la Loi) au mont Sinaï.

Voilà un parallèle qui ne doit sans doute rien au hasard et comme bien souvent dans la Bible, la symbolique joue un grand rôle. 50 jours équivalent à 7 semaines et 7 est un chiffre symbolique important dans le judaïsme… Rien ne semble laissé au hasard donc.

Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que le christianisme naissant à Jérusalem n’était à la base qu’une variante de plus du judaïsme. En témoignent les disputes entre Pierre et Paul au sujet des “gentils” (les non-juifs), leur soumission à la loi judaïque et le fait d’être circoncis, … pour citer quelques exemples des divergences.

Les Actes des Apôtres ont été rédigés vers 80-85 soit une dizaine d’années après la destruction de Jérusalem et son temple par les romains à la suite d’une énième révolte des juifs contre Rome.

On peut donc supposer une volonté certaine dans le parallélisme entre les deux fêtes et le fait de situer cet événement à ce moment précis.

Il y a aussi une volonté de montrer l’universalité des événements qui se sont produits cinquante ans plus tôt : l’évangile, la bonne nouvelle, est pour tout le monde puisque le don de l’Esprit Saint permet à ceux qui le reçoivent de parler dans d’autres langues et ainsi se faire comprendre de tous jusqu’au confins du monde connu d’alors. C’est pour ainsi dire l’acte de naissance du christianisme qui va peu à peu s’émanciper du judaïsme pour finir par s’en séparer au cours du IIe siècle de notre ère. Paul, peut d’ailleurs être considéré comme le théologien de la nouvelle religion. On retiendra que certaines épîtres comptent parmi les plus anciens textes chrétiens et même antérieurs aux premiers évangiles. (la plus ancienne, celles aux Thessaloniciens, date de l’an 50 de notre ère et donc antérieure à l’évangile de Marc, qui est le plus ancien, ayant été rédigé probablement dans les années 60 de notre ère, les évangiles de Matthieu et Luc datent des années 80-90 et celui de Jean de la toute fin du Ier siècle voire du début du IIe siècle).

Les langues de feux, sont à rapprocher du buisson ardent dans l’épisode des tables de la loi au mont Sinaï. C’est la façon préférée à Dieu pour se manifester : une nuée ou un feu ardent.

La fête de la Pentecôte est attestée à partir du IVe siècle et fixée comme expliqué plus haut au septième dimanche après Pâques.

Elle clôture aussi le temps pascal et l’on peut considérer qu’il s’agit aussi d’une commémoration de la naissance de l’église chrétienne même si elle n’est pas encore séparée du judaïsme. Cette séparation sera progressive et s’achèvera au milieu du IIe siècle faisant du christianisme, une religion à part.

Il n’est donc guère étonnant qu’il y ait des parallèle entre judaïsme et christianisme dans ces textes très anciens. Il fallait convaincre les juifs que Jésus était l’envoyé de Dieu qu’ils attendaient. Tout est fait dans les écritures du Nouveau Testament pour faire coller les événements avec les prophéties de l’Ancien Testament.

Deux mille ans plus tard, on a guère évolué sur ce plan là, et même pire… on utilise des écritures qui n’ont aucun début de preuve factuelle pour commettre des exactions que l’on croyait révolues au XXIe siècle…


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Introduction

Je viens d’achever la lecture de deux volumes de la célèbre collection Que sais-je?, l’un consacré à l’ancien testament rédigé par Thomas Römer, historien et philologue, professeur au Collège de France où il occupe la chaire “Milieux bibliques” et l’autre consacré au nouveau testament rédigé par Régis Burnet, professeur d’exégèse du nouveau testament à l’université catholique de Louvain(-la-Neuve).

Ce sont de petits volumes d’une centaine de pages mais à la matière dense et complexe, ne nous voilons pas la face, car rien n’est simple dans le livre des livres mais c’est un voyage passionnant dans l’histoire de l’antiquité et des religions, qui remet totalement en perspective le sens à donner à ces textes “sacrés”!

La collection Que sais-je? comporte plusieurs volumes consacrés aux sujets religieux et ont l’avantage de faire la synthèse de la connaissance sur un sujet avec une rigueur scientifique et historique qui font des ouvrages de cette collection une référence qui ne se dément pas depuis plus de 80 ans. Un point de départ idéal pour s’aventurer plus loin sur le sujet, grâce à la riche bibliographie en fin de volume, pour ceux qui veulent comprendre et affûter leur esprit critique.

L’ancien testament (2ème édition 2024)

Ce que les chrétiens appellent ancien testament correspond en partie seulement au texte de la bible hébraïque. Et encore parmi les chrétiens, il faut faire le distinguo entre catholiques, protestants et orthodoxes. Et pour les orthodoxes, il faut encore différencier selon les mouvances de l’orthodoxie (grecque, orientale, ethiopienne).

On l’a dit, rien n’est simple dans ce bric-à-brac et ce n’est que le début! Le canon, c’est-à-dire les textes repris et considérés comme dignes de foi, en est à l’origine! Mais rassurez-vous, après avoir lu ce livre, vous serez incollables sur l’ancien testament!

Un tableau synoptique reprend en effet les différents canons de l’ancien testament qui permet de voir quels livres sont repris ou non selon la version.

Si l’on veut avoir une bible qui reprend l’ensemble des textes des trois canons, à l’exception du livre d’Hénoch qui n’est plus repris que dans le canon éthiopien, il faudra s’orienter vers une version TOB (Traduction Œcuménique de la Bible).

Après avoir exploré la constitution du canon, l’auteur nous emmène dans l’histoire de l’écriture et des traductions des textes anciens et ensuite nous livre une brève histoire des royaumes d’Israël et de Juda, car oui, il y avait aux alentours du Xe siècle avant notre ère deux royaumes : Israël au nord avec Samarie comme capitale et Juda au sud avec Jérusalem comme capitale. Ces deux royaumes ont disparu, le premier à la fin du VIIIème siècle avant notre ère et le second au VIème siècle avant notre ère avec la destruction du temple et l’exil à Babylone. On notera que c’est suite à la chute de Samarie que Jérusalem va prendre une importance capitale.

Ensuite l’auteur aborde la formation des trois partie de l’ancien testament selon l’ordre de la bible hébraïque : le Pentateuque, les Prophètes et les “Écrits”. A l’intérieur de ces trois partie, il retrace l’histoire de la rédaction livre par livre. Et là, nous découvrons, stupéfaits, que les textes que nous lisons aujourd’hui n’ont pas été écrit d’une pièce et encore moins par les auteurs qui leur sont traditionnellement affectés mais bien par réécriture, découpage, regroupement, carrément inspiré d’autres écrits antiques… et ce sur plusieurs siècles et par plusieurs rédacteurs…

Il y a même suspicion que des personnages aussi importants qu’Abraham, Moïse, David, Salomon ne soient que des personnages légendaires car leur historicité ne peut être assurée! Même les livres dits historiques ne seraient pas aussi historiques qu’ils ne le prétendent car, et c’est bien connu, l’histoire est écrite par les vainqueurs et pour certains de ces livres, il est soupçonné que ces livres ont été réécrits dans le but de mettre le royaume de Juda sous un meilleur jour par rapport au royaume d’Israël.

Ainsi, au fil des pages, on va de stupéfaction en stupéfaction (ou pas), et on se demande à la fin si il y a vraiment quelque chose à retirer de tout ça? Sans conteste, je répondrai oui, mais en prenant d’énormes pincettes et en les prenant pour ce qu’ils sont : des textes parfois sapientiaux, parfois pas du tout sages (guerres d’extermination, génocides, conquêtes, …) et une histoire brodée autour de quelques noyaux de textes anciens pour donner un récit, une histoire à un peuple qui aurait été choisi par une divinité qui se fait appeler YHWH.

L’ouvrage se termine par une annexe reprenant les différents livres et textes qui sont repris dans le canon catholique et orthodoxe, y compris l’étrange livre d’Hénoch (à lui seul il vaut un article, patience donc).

Je termine ici cette évocation avec un mot à propos de la date de rédaction de l’ancien testament : les plus anciens textes, sont ceux de Qumrân, connus sous le nom de manuscrits de la Mer Morte et dont certains datent du IIIe siècle avant notre ère. On peut considérer que la mise en forme définitive des textes se situe quelque part entre ce IIIe siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère!

Voilà, après ce voyage, et comme l’indique le quatrième de couverture : “une plongée fascinante qui vous fera lire la Bible d’un œil neuf!”

Si le livre d’Hénoch, qui a fait partie du canon et qui est évoqué dans le nouveau testament à plusieurs reprises, vous intéresse, vous pouvez le lire en ligne ou bien dans La Bible, écrits intertestamentaires édité dans la Bibliothèque de la Pléiade. Nous aurons l’occasion d’en reparler car ce livre est encore plus époustouflant que tout le reste.

Le nouveau Testament (4ème édition 2025)

Régis Burnet, l’auteur, nous convie dans ce volume également à un voyage spatio-temporel entre le milieu du Ier siècle de notre ère et le début du IIe.

Le nouveau testament est composé des évangiles et de toute une série de textes divers et d’une apocalypse (révélation) qui le clôt.

Comme Thomas Römer avec l’ancien testament, l’auteur suit la chronologie de la rédaction des textes du nouveau testament, en présente le contenu et le replace dans le contexte socio-politique et historique de l’église naissante. Il expose aussi leur orientation théologique car, oui, il s’agit bien de convaincre les uns et les autres que Jésus (qui d’ailleurs devrait s’appeler Josué si l’on traduit son vrai nom hébreu Yeshoua qui signifie Dieu sauve, Jésus vient de la traduction en grec ancien  Ιησους/Ièsous) était le messie, l’oint de Dieu (Christ) promis à Isräel. Dieu, par l’intermédiaire des prophètes et notamment Ésaïe, a promis qu’il enverrait un sauveur pour restaurer la royauté et ce sauveur serait issu de la lignée de David à qui il avait fait la promesse que sa lignée régnerait à jamais.

Ici aussi, comme dans l’ancien testament les auteurs à qui sont attribué les textes ne sont pas certains pour tous les textes. Certaines épîtres avaient été par le passé attribuées à Paul par exemple mais il n’en était rien. C’est le résultat de travaux de recherches qui ont identifié des différences de style et de forme.

Le livre se divise en quatre parties, après une brève introduction qui parle des premiers chrétiens.

La première partie aborde les premiers écrits, qu’il appelle l’age apostolique. C’est là que l’on retrouve Paul de Tarse et ses missives. Ce sont les plus anciens textes du nouveau testament et donc antérieur aux évangiles. On pourrait, en exagérant à peine, parler de Paulinisme, plutôt que de Christianisme tant Paul a théorisé et l’on peut même parler de théologie paulienne dans l’épître aux Romains.

La seconde partie aborde la seconde génération avec le premier évangile, le plus concis aussi, celui de Marc. On y retrouve des écrits comme l’épître aux Hébreux, les lettres de Pierre et Jacques et aussi l’évangile de Matthieu. Le but de ces écrits : inscrire le christianisme naissant dans le Judaïsme et le différencier du Judaïsme sacerdotal. On y trouve aussi un autre groupe d’écrits inspirés par la théologie de Paul comme les épîtres aux Colossiens, aux Éphésiens, et poursuivre son oeuvre théologienne. On y trouve aussi les écrits attribués à Luc (évangile et actes des apôtres) qui veulent justifier la mission de Paul autour de la Méditerranée et jusqu’à Rome et aussi la posture a adopter face aux Romains (Première lettre de Pierre).

On arrive à une troisième génération, abordée dans la troisième partie. Là, on y trouve les écrits attribués à Jean, son évangile, ses épîtres et pour finir l’Apocalypse. Une singularité théologique et liturgique.

La quatrième partie relate le long processus de la formation du canon qui s’étend du IIe siècle au IXe siècle quand même. Il faut dire que la période s’étalant du IIe au IVe siècles a été prolifique en matière d’écrits chrétiens. Ils forment deux volumes de la Bibliothèque de la Pléiade, par exemple! Ce qui a poussé l’église dès le IVe siècle a mettre de l’ordre pour aboutir à un texte standardisé au IXe siècle.

De nombreux écrits qualifiés d’apocryphes (cachés et dont l’authenticité ne peut être établie et non pas faux comme on l’entend trop souvent) viennent de cette période prolifique et notamment l’évangile de Thomas, de Marie-Madeleine, l’enfance de Jésus, …

On le voit, ici comme dans l’ancien testament, il convient de prendre avec circonspection tous ces textes et comprendre d’où ils viennent et pourquoi ils ont été rédigés aide à mieux en saisir le sens, rien n’est anodin et surtout lorsqu’un empereur romain décide de porter le christianisme à l’état de religion d’état.

Il n’en reste pas moins que, si c’était un coup de marketing, c’était un coup de génie puisque deux mille ans plus tard, on lit toujours ces textes et ils suscitent toujours de vifs débats!

En conclusion

Alors, la Bible parole de Dieu dictée par lui-même, inspirée par lui ou simplement des récits antiques comme il en existe beaucoup d’autres? Chacun se fera son opinion et à moins d’être témoin de Jéhovah ou fondamentaliste religieux (qui croient à la lettre à ce qui est écrit et que ce qui est écrit a été dicté par Dieu lui-même) on ne peut qu’être interpellé et se questionner.

Nous ne saurons sans doute jamais avec une certitude absolue le fin mot de cette histoire fabuleuse d’un peuple obscur de nomades du moyen-orient qui sera à l’origine des trois plus grandes religions du monde…

De tout temps, les humains se posent ces éternelles questions : d’où venons-nous, pourquoi sommes-nous et où allons-nous? Des réponses que nous avons petit-à-petit mais qui ne sont pas des certitudes et ne le seront sans doute jamais.

L’intérêt de ces ouvrages est de nous ouvrir l’esprit et surtout de nous permettre de remettre en perspective et dans le contexte historique. Ils nous apprennent que les populations du moyen-orient étaient en contact les unes avec les autres, personne ne vit en parfaite autarcie. Depuis que l’humain est, il voyage et est en contact avec d’autres cultures, d’autres pensées et cela influence sa propre vision. Certains humains ont aussi l’art particulier de tourner les paroles pour leur propre avantage (et c’est encore aujourd’hui le cas avec ces dirigeants qui se servent de la Bible pour justifier des actes barbares ou des guerres…

Finalement, la Bible, n’est que le reflet de nos errements, de nos bons et mauvais côtés et surtout notre incapacité à assumer nos responsabilités, préférant déléguer à un autre, Dieu dans le cas présent, le soin de régler et décider pour nous et comme Ponce Pilate, nous laver les mains des conséquences de nos actes.

Deux petits volumes à la matière dense pour nous inviter à réfléchir et à approfondir la question, une bonne introduction à la matière pour un prix modique (10 EUR/volume).


Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.

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Quarante jours après Pâques, c’est la fête de l’Ascension, où Jésus quitte le monde terrestre pour son royaume céleste selon la tradition chrétienne d’où il enverra le Saint-Esprit qui viendra sur les disciples lors de la Pentecôte, qui a lieu dix jours après l’Ascension.

Évoqué succinctement par Marc, Luc en relate une première version à la fin du chapitre 24 de son Évangile mais c’est surtout dans le livre des Actes des Apôtres, attribué au rédacteur de l’Évangile de Luc et dont il forme la suite logique, qu’il en fait une description plus détaillée et différente de surcroît!

Mathieu et Jean ne font pas mention de l’Ascension.

Cher Théophile, dans mon premier livre, j’ai parlé de tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner jusqu’au jour où il a été enlevé au ciel après avoir donné ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis. (Actes des apôtres 1:1-2)

C’est d’ailleurs Luc qui parle de quarante jours de présence de Jésus après qu’il fut ressuscité parmi ses disciple.

Tout cette partie est imprégnée littéralement de “magie” et certains passages difficiles à croire : Jésus est en chair et en os mais il disparaît subitement à la vue des disciples d’Emmaüs après avoir rompu le pain en leur présence dans la taverne où ils se sont arrêtés pour la nuit.

Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain et, après avoir prononcé la prière de bénédiction, il le rompit et le leur donna. 
Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, mais il disparut de devant eux. (Luc 24:30-31)

Ensuite, Jésus, toujours dans ce même chapitre de Luc, apparaît aux onze qui sont pris de peur. L’ Évangile de Jean précise même qu’ils sont enfermés de peur des chefs juifs, ce qui justifie leur effroi de voir Jésus parmi eux. C’est Jean qui relate aussi l’épisode où Thomas, absent lors de la première apparition, veut voir de ses yeux et sentir de ses doigts les plaies de Jésus pour croire que c’est vraiment lui. Il sera “exaucé” huit jours plus tard lors d’une seconde apparition de Jésus. D’où l’expression, croire comme Saint-Thomas (ne croire que ce que l’on voit et expérimente soi-même).

On notera que selon Jean, Jésus envoie l’Esprit-Saint dès cette première rencontre et donc avant qu’il ne disparaisse pour de bon mais aucune trace d’une Ascension chez Jean, pas plus que chez Matthieu. (Voir Jn 20:19-29)

Comme écrit plus haut, Marc relate l’Ascension de manière brève sans données sur le lieu où le moment où cela se produit.

Luc, dans son Évangile relate l’Ascension comme suit :

Il les conduisit jusque vers Béthanie, puis il leva les mains et les bénit. 
Pendant qu’il les bénissait, il les quitta et fut enlevé au ciel. (Luc 24:50-51)

Par contre dans ses Actes des Apôtre, l’épisode est relaté comme suit :

Alors qu’il se trouvait en leur compagnie, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, «ce que je vous ai annoncé, leur dit-il, car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit.»
Alors que les apôtres étaient réunis, ils lui demandèrent : « Seigneur, est-ce à ce moment-là que tu rétabliras le royaume pour Israël ?»
Il leur répondit : «Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous recevrez une puissance lorsque le Saint-Esprit viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre.»
Après avoir dit cela, il s’éleva dans les airs pendant qu’ils le regardaient et une nuée le cacha à leurs yeux. 
Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, deux hommes habillés de blanc leur apparurent et dirent : «Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel du milieu de vous reviendra de la même manière que vous l’avez vu aller au ciel.» (Actes des Apôtres 1:4-11)

Comme on le voit, seul deux évangélistes relatent cet épisode de l’Ascension de Jésus et de manière assez différente de surcroît selon que l’on lise l’un ou l’autre Évangile (qui sont assez semblables) ou les Actes. Pourquoi Matthieu et Jean ne relatent-ils pas cet événement qui semble important et pourquoi chez Luc, le Saint-Esprit est-il promis après qu’il soit monté au ciel alors que chez Jean, ils le reçoivent d’emblée!

De plus, qui sont ces êtres habillés en blanc qui sortent de nulle part et qui informent les disciples qu’il reviendra de la même manière?

Tout cela est peu crédible et semble tout droit sorti d’un roman de science-fiction… et ce n’est pas la première fois que cela arrive dans la Bible!

Il y a tout d’abord eu Hénoch, un des sept patriarches, dont l’enlèvement au ciel est brièvement évoqué dans le livre de la Genèse (5:22-24) où il est écrit qu’après avoir vécu 365 ans, et avoir marché avec Dieu, il ne fut plus car enlevé par Dieu et dans l’épître aux Hébreux, il est précisé qu’il fut enlevé au ciel pour qu’il ne connaisse pas la mort. (He 11:5)

Le cas d’Élie est tout aussi interpellant; il est relaté dans le second livre des Rois (2:1) où on nous apprend qu’Élie fut enlevé par Dieu dans un tourbillon mais plus extraordinaire encore, au verset 11 de ce même chapitre, Un char et des chevaux de feu séparèrent Élie et Élisée et le premier monta dans le char et s’envola!

Ce symbole du char et des chevaux de feu se retrouve dans de nombreuses autres spiritualités (hindouisme, taoïsme, bouddhisme, …) et il faut y voir plutôt un symbole qu’un fait.

Je pencherais aussi plutôt vers le symbolisme pour ce qui est du récit de l’Ascension de Jésus au Ciel d’autant que cet épisode n’apparaît pas dans l’ensemble des Évangiles et son absence de celui de Jean, qui est différent des trois synoptiques et plus spirituel aussi, me conforte dans l’idée d’une symbolique à associer à ce récit.

Qu’en a-t-il été pour Jésus et pour les deux autres? Récits véridiques? Fables philosophiques, métaphysiques? Pures inventions? Inspiration venant d’autres traditions religieuses?

Pour les deux autres passages semblables à celui de l’Ascension, je pencherai aussi vers le symbolisme et l’influence d’autres spiritualités car les textes de l’ancien testament ont subi de nombreuses retouches au fil des siècles avant d’être fixés dans la forme que nous leur connaissons aujourd’hui (et même, les nouvelles traductions à la lumière de l’évolution des connaissances des langues anciennes amènent aussi de nouveaux éclairages).

Je suis en outre conforté par cette présomption suite à la lecture du “Que sais-je?” rédigé par Thomas Römer sur l’ancien testament. Je n’en dis pas plus ici… mais ce petit opus nous emmène de découverte en découverte et montre combien ces textes, même dans les parties dites historiques sont loin d’être factuelles. J’aurai l’occasion d’y revenir…

Je termine par un petit mot sur les êtres habillés en blanc qui apparaissent dans le récit relaté dans les Actes des Apôtres : ce sont sans doute des anges, ces êtres curieux qui apparaissent régulièrement dans la Bible. Qui sont-ils? Que sont-ils? Que désignent-ils? Je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante dans les recherches et lectures et j’ai vraiment beaucoup de mal avec ces messagers. Faute de preuves factuelles de leur existence, je ne peux, ici aussi, que voir une forme de symbolisme.

Bref, beaucoup de questions et peu de réponses…

N.B. : toutes les citations bibliques sont issues de la Bible Segond 21


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Le joli mois de mai commence par un jour férié dédié aux travailleurs et lié à une tradition : offrir un brin de muguet qui porterait bonheur.

Chez les catholiques, ce jour est dédié à Saint-Joseph, le père terrestre de Jésus, qui, comme on le sait, était aussi charpentier de son état. Ainsi, le 1er mai est célébrée la fête de Saint-Joseph-travailleur (il bénéficie d’un autre jour de fête le 19 mars dans le calendrier romain des Saints).

Pour avoir évoqué cette tradition, je me suis fait interpeller sur le fait que cette tradition d’offrir du muguet était un reliquat du régime de Vichy en France.

A la lecture de deux articles, l’un dans le Monde et l’autre sur le site de RTBF Actus , il est fait mention que la relation entre 1er mai, fête des travailleurs, et muguet est née en 1941 sous le régime de Vichy; le muguet y remplaçant l’églantine jugée trop communiste en ces temps-là mais ces articles font également part d’une tradition plus ancienne, bien plus ancienne et que la petite fleur à clochettes blanches (et toxique au passage!) est originaire du Japon. C’est ce que l’on peut appeler un dévoiement d’une tradition, dirait-on. Le muguet était bien offert le 1er mai et ce bien avant 1941 alors pourquoi devrions-nous nous priver de cette tradition? Seulement parce qu’un régime français de la seconde guerre mondiale l’a dévoyé?

D’ailleurs, les exemples de dévoiements de traditions ou de paroles sont monnaie courante et s’il nous fallait analyser toutes les traditions ou toutes les expressions, on en aurait pas fini et le monde deviendrait encore plus invivable.

A titre d’exemple et analysé dans l’éditorial du magazine l’Appel : la devise des Princes fondateurs de la Prusse au XVIIe siècle était “Gott mit uns!” (Dieu avec nous!) qui est une traduction littérale de l’hébreu Immanu’el (Emmanuel), un terme galvaudé et utilisé pour justifier les croisades, nombre de guerres, …

Ce terme est issu du livre d’Ésaïe, au verset 14 du chapitre 7 : “Voilà pourquoi c'est le Seigneur lui-même qui vous donnera un signe: la vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils et l'appellera Emmanuel.”

D’un signe de Dieu pour signifier, par l’intermédiaire de son prophète au VIIIe siècle avant notre ère où le royaume de Juda est menacé, que Dieu n’abandonnera pas son peuple, les humains en ont fait une devise pour signifier que Dieu était à leur côté et justifiait leurs actions. On pourra lire tout le détail dans cet excellent éditorial.

Tout cela pour dire qu’il ne faut jamais se laisser aveugler par les paroles des humains qui souvent utilisent à leur avantage une parole fût-elle d’inspiration divine pas plus que de se laisser intimider par les donneurs de leçon qui utilisent un argument pour lâcher leur fiel et culpabiliser les autres.

Je termine ce court billet en évoquant le podcast de la Boussole, un média protestant, qui revient ce jour sur cette idée du bonheur et du muguet. A écouter ou à lire sur le site de la fédération d’entraide protestante.

Ainsi, ne nous privons pas d’offrir du muguet à ceux qui nous sont chers et à leur souhaiter du bonheur, nous en avons plus que besoin dans le monde où la loi du plus fort règne au-dessus de tout… et n’hésitons pas à faire du fact-checking!


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Après avoir regardé sur ARTE l’émission “Les idées larges” où elle était invitée pour échanger sur ce thème en posant la question “L’occident est-il judéo-chrétien?” (A retrouver ici), j’ai eu envie de lire son petit essai (moins de 100 pages) publié aux Liens qui libèrent (site de l’éditeur) qui traite de ce précepte assez récent puisqu’il a un peu plus de quarante ans.

Selon Sophie Bessis, il s’agit ni plus, ni moins d’une imposture visant à, notamment, faire oublier deux millénaires d’antisémitisme en Europe avec le sommet de l’horreur qu’a été la “solution finale” mise au point par le régime nazi. C’est aussi un moyen de rejeter l’autre grande religion monothéiste : l’Islam.

Pourtant, les racines soi-disant judéo-chrétienne de l’occident sont assez vite balayées si l’on veut regarder les choses avec raison : les racines de la civilisation en Europe est plutôt à chercher du côté de la Méditerranée, voire même de l’Egypte ancienne sans oublier que les premières civilisations sont nées dans ce croissant fertile qui va de l’Egypte au Moyen-Orient (l’ancienne Mésopotamie).

Ce serait aussi vite oublier que le sud de l’Espagne a été sous domination musulmane et que la culture musulmane a influencé la société en l’endroit. Les progrès de la médecine en Europe est en grande partie due à l’excellence des médecins du Moyen-Orient et nos chiffres ne sont-ils pas arabes? Bref, assez d’éléments pour réfuter ces pseudo-racines judéo-chrétienne.

C’est aussi une imposture car pour les dirigeants actuels d’Israël qui reprennent ce judéo-christianisme à leur compte pour occulter l’oriental qui est présent dans le juif. Ils se revendiquent comme étant le rempart de l’Occident contre la barbarie islamique et se considèrent occidentaux en faisant fi de leur propre histoire imprégnée d’orientalisme. Ils osent même dire que l’Europe se termine en Israël… Bref, un défilé d’inepties digne d’une propagande sans vergogne et qui trahit l’histoire. D’ailleurs, en Israël, les juifs arabes, les descendants de ceux qui vivent là depuis l’antiquité et ceux de la diaspora marocaine, par exemple, sont considérés comme des citoyens de seconde zone explique l’autrice.

On le voit, ce terme ne repose sur rien de concret et est surtout une façon d’exclure l’Islam de nos société alors que Judaïsme et Islam ont plus en commun que Judaïsme et Christianisme. Est-il besoin de rappeler que pour les deux autres grands monothéismes, le christianisme est vu avec scepticisme du fait du Dieu trine notamment. Il faut aussi rappeler qu’Abraham, le père de tous les croyants dans les trois monothéismes est cité une soixantaine de fois dans le Coran.

Elle explique aussi, que très longtemps, le Juif était représenté comme un “oriental” en Europe et que les Juifs ont longtemps été interdit d’exercer certains métiers ce qui n’était pas le cas en Andalousie sous domination islamique où les autres cultes étaient tolérés moyennant le paiement d’un impôt que l’on appelle la Dhimmi.

En bref, un terme totalement usurpé utilisé par les uns pour se dédouaner de leur antisémitisme multi-séculaire et pour les autres pour occulter leur part arabe et utilisé par les deux pour justifier leur haine et leur rejet de l’Islam.

Une lecture courte et dense qui invite à réfléchir sur les termes que l’on emploie ou que l’on entend à l’envi dans les médias et les discours politiques. On insistera jamais assez de l’importance à faire son libre-examen sur ces sujets aussi!

Pour aller plus loin, d’autres documents sonores et vidéo :

  • L’occident est-il vraiment judéo-chrétien? sur reformes.ch
  • La civilisation judéo-chrétienne existe-t-elle vraiment? Article et documents sonores sur le site de France Culture
  • Histoire de l’antisémitisme, série en quatre épisodes sur ARTE

Une petite pensée de John Minne pour conclure

Le mal s'attrape, le bien s'apprend.

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Cette question, ce n’est pas moi qui la pose mais bien l’abbé Joël Pralong en guise de titre pour un livre paru en 2013 alors que la société est en plein débat sur le “mariage pour tous” avec tout ce que ce débat à impliqué, notamment en France, où contrairement à beaucoup d’autres pays européens, cette question a été l’origine d’une polarisation de la société et l’expression de beaucoup de haine envers les personnes LGBT.

L’abbé suisse a lui, comme il le dit, choisi un autre chemin face à ce débat, celui du coeur en écoutant et relatant les témoignages de personnes LGBT. Une attitude, il faut le dire, assez rare dans l’église catholique romaine mais qui existe et cela mérite d’être souligné.

Pour découvrir un peu plus l’abbé Pralong : Site des Editions St Augustin et notamment son livre Homo, Trans et Dieu les bénit

Malheureusement, de nos jours, il existe encore beaucoup de discriminations dans l’église catholique à l’égard des personnes LGBT. Il faut aussi oser le dire : parmi les prêtres d’aujourd’hui, beaucoup sont originaires de pays où l’homosexualité est encore vue comme quelque chose d’immoral qui peut mériter jusqu’à la peine de mort! Des discours homophobes se tiennent même parfois dans des homélies de prêtres catholiques et cela est tout aussi inacceptable que les abus sexuels commis par des représentants de cette même institution.

Il est vrai que l’église protestante et l’église anglicane sont en général plus libérales mais là aussi, tout n’est pas blanc ou noir. Certaines tendances du protestantisme sont plus libérales tandis que d’autres sont clairement fondamentalistes. Fondamentalisme : le mot est lâché et c’est bien là qu’est le problème.

Les fondamentalistes ont une lecture littérale de la Bible et actualisent son message à l’époque dans le but (non avoué mais évident) que l’écriture aille dans le sens qui les arrange!

A noter que les témoins de Jéhovah adopte une position particulière : s’ils rejettent les actes homosexuels, ils, du moins officiellement et à l’instar de beaucoup d’autres sujets, ne doivent pas pratiquer ou se réjouir des actes homophobes. Un homosexuel célibataire peut même rester témoin de Jéhovah. Ils font une lecture littérale de la Bible et pour eux la Bible est une “loi” mais s’abstiennent d’intervenir dans le débat politique pour changer les lois.

Dans l’Islam, l’homosexualité est aussi largement condamnée et punie bien que là encore, le Coran ne parle pas explicitement d’homosexualité. A ce sujet, voici un bon article de la BBC sur ce sujet : Homosexualité et Islam

On le voit, une lecture fondamentaliste des écritures amène le rejet alors que le message général des écritures (chrétiennes du moins) est l’amour du prochain.

Le 17 mai prochain aura lieu la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et c’est à la suite de la réception d’une infolettre de la librairie diocésaine de Liège que j’ai eu envie d’aborder ce sujet assez touchy aujourd’hui encore et notamment dans l’église catholique romaine.

Cette infolettre porte à connaissance la tenue de deux conférences à Liège :

  • Le mercredi 6 mai : une conférence de l’abbé Joël Pralong
  • Le vendredi 8 mai : une conférence du prêtre-théologien britannique James Alison

On trouvera tous les renseignements sur le site de la librairie Siloé de Liège.

Ces deux conférences risquent fort d’être intéressantes il me semble important de mettre en lumière ce genre d’événements d’ouverture venant d’une institution fortement critiquable.

Pour qui voudrait avoir une idée, je ne peux que conseiller la visite du site de James Alison et notamment cette vidéo sur le sujet : Bible et homosexualité.

En conclusion, on peut dire que les lignes bougent, lentement parfois, mais elles bougent et il est une bonne chose d’avoir des personnes telles que ces deux conférenciers pour faire avancer le débat dans la sérénité et la nuance bien loin de la polarisation actuelle de nos sociétés.


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