Une veillée pascale dans une abbaye bénédictine

Je l’ai rapidement évoquée hier, dans le billet consacré au vendredi Saint et cela a ravivé des souvenirs déjà anciens d’un séjour à l’abbaye de Clervaux au Grand-Duché de Luxembourg où j’étais présent pour la veillée pascale. Avec l’aide du Missel grégorien (c’est le missel romain mais qui inclut les chants grégoriens des offices), je vais essayer de rendre l’ambiance et le faste de cet office nocturne car, disons-le tout de go, c’est fastueux dans la mise en scène presqu’autant que les passions du Christ qui se produisent le vendredi Saint un peu partout sur la planète.

Le soir de la veillée, on reçoit une pittance légère et ensuite on se met au lit pour une paire d’heure (littéralement puisque le repas du soir a lieu à 19 h 30).

A 22 h 30, la foule des paroissiens et des hôtes se réunissent devant l’entrée de l’église abbatiale, un grand feu est allumé. Il fait assez froid (on est sur les hauteurs) et la chaleur du feu qui crépite est une source de chaleur et de lumière bienvenue car tout est calme et noir alentour. L’église elle-même est plongée dans le noir.

Chacun a reçu un petit cierge et attend. Les prêtres et diacres se rendent près du feu et celui-ci est béni.

La bénédiction achevée, on procède à l’allumage du cierge pascal que des moines auront patiemment décoré durant de longues heures. Une fois le cierge allumé, une procession se met en marche le prêtre tenant le cierge élevé et chante Lumen Christi! (Lumière du Christ!) et la foule répond Deo gratias! (Nous rendons grâce à Dieu!).

Arrivés à la porte de l’église abbatiale, les cierges que la foule a reçu sont allumés au cierge pascal et on entre ensuite en procession. Ce n’est que lorsque le cierge pascal est arrivé à l’autel que les lumières de l’église s’allument.

Vient ensuite l’annonce de la Pâque avec la foule debout et tenant les cierges qu’ils ont reçu. Une fois cette annonce solennelle faite, les cierges sont éteints et les fidèles peuvent s’asseoir. Il y a déjà près d’une demi-heure que l’office a débuté.

C’est maintenant le temps de la liturgie de la parole introduite par un cantique et une première lecture sur la création, suivie d’une prière.

S’ensuivent six autres lectures toute précédées d’un cantique et suivies d’une prière. Ces lectures retracent l’histoire du peuple élu : sacrifice et délivrance d’Isaac, passage de la mer Rouge (en fait, la mer des Joncs), l’amour de Dieu pour Jérusalem son épouse, le mystère de l’eau et de la parole, Dieu offre aux hommes la sagesse et enfin le cœur nouveau et l’esprit nouveau.

Vient ensuite la lecture de l’Apôtre avec la lettre aux Romains : Ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus.

Précédé de l’Alleluia, mit en sourdine depuis le début du carême, la lecture de l’évangile de l’année (A, B ou C).

On procède ensuite à d’éventuels baptêmes sinon on passe directement à la bénédiction de l’eau baptismale. Une fois cette bénédiction effectuée, les fidèles sont invités à réaffirmer leur promesse de foi baptismale. Tous sont debout et les cierges sont à nouveau allumés.

Après cela, l’on passe au chant d’offrande et on omet le Credo.

L’office se terminera pas la communion et le renvoi des fidèles.

Il est près de deux heures du matin lorsque cette vigile pascale s’achève mais chacune et chacun est invité à un prendre une collation et ensuite un peu de repos avant les Laudes qui auront lieu à 7 h 30. Comme le jour de la Nativité, il n’y a pas de vigiles le matin.

Le dimanche de Pâques, la messe sera aussi assez longue et le repas de midi sera festif et une fois n’est pas coutume, il y a du vin (pour ceux qui le souhaitent) ou du jus de pommes de la production de l’abbaye en plus de l’eau traditionnelle.

Le soir, après les Vêpres, il y aura le salut au Saint-Sacrement et les complies auront lieu une heure plus tôt qu’à l’accoutumée, il faut bien récupérer de la longue journée!

L’église catholique observe la même liturgie partout mais dans la plupart des églises, cette veillée pascale a lieu beaucoup plus tôt et est moins fastueuse qu’à l’abbaye dans la mesure où les chants grégoriens amènent une dimension particulière à cette veillée.

Même pour le protestant libéral que je suis et malgré toutes les réticences et désaccords avec l’église de Rome, cela reste une très belle expérience et un très beau souvenir.


Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.

Merci pour votre lecture.

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