La déconnexion : quand l'absence de spiritualité me laisse désarmés face à la machine
On ne va pas se mentir. Je n'ai jamais eu de culture religieuse, elle est quasi nulle. J'ai grandi avec une mère très farouchement opposée à la religion : pas de catéchisme, pas de communion, aucune éducation sur le sujet. Et ne parlons pas de l’enseignement à l’école des religions, quelles qu’elles soient : il n’existe pas.
Du coup, je suis de nature pragmatique, cartésien. J'ai besoin de me raccrocher à des faits concrets, à la science, à des dynamiques politiques ou à des analyses pour essayer de comprendre le monde.
Pour compenser ma peur de l'avenir — et Dieu sait qu’il y a de quoi être angoissé en ce moment —, j'ai plongé dans une véritable boulimie d'informations. Je passe des heures à lire, à écouter des podcasts, à regarder des vidéos.
Résultat ? Une impuissance totale face à la marche du monde. Quand on regarde la montée incontrôlée de l'IA, le techno-totalitarisme qui s'installe aux USA, la polarisation politique, la destruction des acquis sociaux sous prétexte de réduire la dette… le spectacle du monde actuel me révolte de manière très brute. Et je ne vois pas comment, de ma chaise en train d’écrire ce billet d’humeur, inverser ce processus.
De caractère, je suis habituellement impulsif et direct. Mais cette surcharge d'infos ne fait au final que nourrir mon anxiété, et me fige dans un état d’angoisse du futur pour moi et mes enfants. Aujourd'hui, à 42 ans, après avoir traversé des phases de burn-out et une forte dépression, je commence à voir les angles morts de ce logiciel 100 % rationnel.
Et c’est là que le manque de “boussole” se fait sentir.
Récemment, lors d'une discussion (il se reconnaîtra et un grand merci à lui), on m'a partagé une vision qui m'a fait cogiter : l'idée que le Nouveau Testament reste une source inépuisable d'une certaine forme de sagesse de vie, bien au-delà du “Dieu barbu au ciel”. Quand j’y pense, depuis plus de 2000 ans, ces récits et ces croyances ont inspiré l'humanité et lui ont permis de tenir debout face aux épreuves de l'histoire. Preuve que ce logiciel-là a eu un impact bien réel sur notre capacité à traverser les crises jusqu’ici.
Qu'on l'appelle philosophie, spiritualité ou hygiène mentale, il me manque ce truc. Le capitalisme moderne a tout rationalisé, transformant l'humain en simple “ressource” ou en “matériau”. On accepte le confort de ces outils technologiques sans trop se poser de questions, et l'enfermement se fait de manière très insidieuse. On vit dans l'illusion qu'en accumulant des faits bruts et de l'actu en continu, on contrôle quelque chose. C'est faux. On se rend juste malade pour des événements mondiaux sur lesquels on n'a aucun contrôle.
La perte de spiritualité au sens large, c'est-à-dire une philosophie de l'instant présent, une capacité à poser une vraie réflexion et à ne pas laisser libre cours à ses seules réactions à chaud, c'est le grand drame de notre époque. Il n’y a qu’à voir les réactions des gens sur les réseaux sociaux, qui dégainent leur haine plus vite que leur amour.
Je n'ai pas encore ce recul ni ce caractère posé. Chez moi, le cerveau tourne encore à plein régime et je n'ai pas trouvé le bouton 'pause' pour obtenir de la sérénité. Mais je comprends enfin qu'il faut s'imposer des temps morts de déconnexion informationnelle. Essayer de passer les émotions par les mots, prendre le temps. Il va me falloir réapprendre à nourrir mon cerveau saturé de data avec autre chose, réapprendre à ralentir, réutiliser l'écriture pour trier mes émotions et retrouver une sorte de sérénité que je n’ai peut-être jamais connue.
Ce blog est pour moi une forme d’exutoire. Que cet article soit lu ou non, il me permet de poser des mots sur mes angoisses, mes peurs, mes doutes, face aux défis de la vie.
Poser mes émotions ici, noir sur blanc, m'imposer ces temps morts, c'est ma manière de reconstruire ma propre boussole.