
Quand j’ouvris l’œil, il était presque midi ! J’avais dormi d’une traite, et si j’avais vaguement perçu de l’agitation à côté, je ne me réveillai vraiment qu’à ce moment où le soleil m’éclairait le visage. J’entendais une discussion à côté, peut-être était-ce plutôt cela qui me tirait de mon sommeil car elle me sembla presque vive.
“— … T’inquiète, il reviendra, c’est juste une passade.”
C’était la voix de Félix, et je compris qu’il parlait de Lolo. Celle de Mark lui répondit :
“— Quand même, c’est la première fois qu’il me fait ça. J’avais raison, je ne voulais pas que l’autre participe.
— Il nous a bien aidé quand même, et il s’en est pas mal sorti, non ?
— Justement, peut-être trop bien. Et on le reverra plus après, alors que Lolo, c’est un habitué. Et je tiens un peu à lui…
— Ouais, t’attache pas trop quand même, hein.
— T’es jaloux ?
— Tant que ça reste sexuel, non. Mais faudrait pas que ça aille trop loin, des fois je trouve que tu le regardes d’une drôle de manière.
— Comme un soumis, rien de plus. Fais-moi pas chier avec ça.”
Félix grommela quelque chose et la conversation en resta là. Je compris que “l’autre”, c’était moi et que le conseil de Félix quand il m’avait libéré était probablement sage. Mais avant de partir, je résolus de prendre un petit-déjeuner, plutôt un brunch à cette heure, car j’avais faim et je considérais que je l’avais mérité, tout de même. Mon sac posé sur le lit, je sortis donc de ma chambre et comme le premier jour, m’emparai d’un bol de céréales et d’un jus d’orange, que j’allai manger dans le jardin.
J’étais encore entièrement nu, il faisait déjà chaud et cela restait ma tenue appropriée, enfin je voulais profiter une dernière fois du lieu en toute liberté. Assis sur ma chaise de jardin, je contemplai ce dernier en voyant que tout avait été rangé — à l’exception de la corde à linge — à l’instar de l’intérieur de la maison qui avait dû être entièrement récurée si j’en croyais l’odeur de détergent qui avait chatouillé mes narines en passant. L’un des avantages du carrelage, c’est qu’on peut le laver à grande eau, et il en avait eu besoin compte tenu de ce qu’il avait vu ces quelques heures !
Mark sortit brutalement et je lui lançai un “salut” qui manquait peut-être de conviction. Ses yeux me lancèrent un regard qui disait “tu es encore là !” mais sa bouche ne forma aucun mot. Il ne portait qu’un maillot de bain, et je regrettai de ne pouvoir faire mes dernières salutations au trésor qu’il renfermait.
Il sembla avoir pris une décision, et il m’intima l’ordre de me lever, ce que je fis immédiatement devant l’autorité qu’il y avait imprimée. Debout devant la table de jardin, ayant repoussé ma chaise en arrière, il écarta celle-ci tout-à-fait, envoya bol et verre à terre puis revenant du coffre qui était à côté, entreprit de lier mes deux chevilles aux pieds de la table avec des bracelets en cuir.
Cela me surprit et je me prêtai au jeu, bien que le moment me parût incongru et l’ambiance générale guère adaptée. Il revint ensuite avec une longue sangle, et me poussant le dos avec vigueur, me força ventre contre table pour faire le tour de l’ensemble avant de serrer le tout. Enfin, profitant de ma surprise et de mon apathie sur ce moment, il termina d’attacher mes poignets aux deux pieds de la table devant moi.
Je me trouvai ainsi entièrement ligoté et cambré en avant, offrant mon postérieur au monde. Un dernier aller-retour au coffre le fit revenir avec une ceinture en cuir à la main. Celle-ci était épaisse comme je m’en apercevrai bien vite, à la fois en épaisseur et en largeur où elle devait mesurer au moins cinq centimètres.
Je me demandai ce qu’il pourrait encore m’attacher, quand la sanction ne se fit plus attendre. Un coup formidable accompagna son mouvement de bras ample, prolongé par la ceinture qui claqua sévèrement sur mes deux fesses à la fois. Cela me fit crier car la douleur fut vive et inattendue. Encore pris par la surprise, un second coup arriva presque aussitôt et me fit crier encore plus fort, mélangeant cette fois protestation et réaction physiologique, accompagnées d’un mouvement avorté de mon corps qui souhaitait par réflexe mais sans succès s’extraire de son carcan. Cette fois on ne jouait pas, et il me sembla qu’il essayait vraiment de me faire mal.
Schlaaack ! Ses coups ne me rataient pas et chacun était plus terrible que le précédent, aggravé par la chaleur qui gagnait mon arrière caressé par le cuir. Il me punissait. Schlaaack ! De quoi il ne me le dit point, mais je suspectai que c’était lié à Lolo. Pourquoi celui-ci était-il parti, schlaaack ! Aïe ! Je ne le savais point, mais je devinai que la rivalité imaginaire qu’il avait bâtie à mon encontre, l’attention non exclusive qu’il avait reçue et mon succès modeste récolté l’avaient vexé. Schlaaack ! Déjà je n’en pouvais plus, et il ne semblait pas vouloir s’arrêter.
J’anticipais le prochain coup avec appréhension. J’étais fatigué, cueilli à froid, j’éprouvais un sentiment d’injustice, attaché et impuissant comme un gamin face — ou plutôt dos — à mon bourreau qui exprimait la méchanceté. Un sanglot monta à ma gorge. Schlaaack ! Schlaaack ! Deux coups administrés avec force et répétés aussi vite que lui permît la longueur du cuir eurent tout-à-fait raison de moi et je me mis à pleurer à chaudes larmes.
Cela l’arrêta, soit qu’il en fut surpris, soit qu’il avait atteint son but. Ou bien encore la présence de Félix qui passait derrière et qui lui dit “doucement !”
Il lâcha son arme et je crus qu”il allait me détacher, mais il ne l’entendait manifestement pas ainsi. Un court instant pendant lequel je devinai ensuite qu’il avait ôté son maillot, et le revoilà qui se présenta à nouveau derrière moi. Il m”écarta les hémisphères après les avoir saisis sans ménagement, et un organe durci se posta à mon sillon.
Je pensai qu’il avait conçu de rentrer à sec afin de poursuivre ce châtiment, mais il dut réaliser que cela lui serait aussi déplaisant qu’à moi, aussi partit-il à l’intérieur pour revenir aussitôt. Un contact froid me confirma qu’il s’agissait bien de lubrifiant, qu’il appliqua rapidement. Ses mains refirent le même mouvement sans plus de précaution, alors que je cessais mes sanglots.
Il entra alors directement et profondément, sans plus de formalités, m’attirant à lui et restant ainsi un court instant. Ce que j’avais vécu depuis vendredi m’avait désormais complètement ouvert pour plusieurs jours à toute expérience de ce type et cela ne me causa aucune douleur. J’étais simplement à sa merci et sous sa domination. Ce fut ce qu’exprima son corps en commençant un mouvement de va-et-vient marqué, sortant complètement par moments pour mieux y retourner, en saccades rapides et quasi-mécaniques.
Aucune attention, aucun érotisme, il me punissait là encore par cet acte et sa manière d’agir comme mon maître absolu : il me sodomisait, il m’enculait littéralement et il n’y avait rien d’autre dans son esprit, ni dans le mien d’ailleurs. Mon élasticité et mon diamètre l’obligeaient à jouer avec mes fesses pour se stimuler lui-même, ce qui me causait de la douleur à chaque fois qu’il pressait ma peau rougie par la fessée.
Ce manège dura quinze bonnes minutes, je me contentai de subir — que pouvais-je faire d’autre ? — et je n’émettais même aucun son, pourquoi le satisfaire avec des ahanements qu’il ne méritait pas d’entendre ? Finalement il sentit que son heure était venue. Plutôt que de satisfaire le plaisir que j’éprouve à recevoir les dons de mes partenaires, aspect de ma sexualité qu’il connaissait désormais, il se retira juste à temps pour que l’expression physiologique de son plaisir bestial me macule le dos, dans un mouvement où il visait tous les bouts de la peau que je lui présentais involontairement. Il matérialisait ainsi qu’il commandait et que je n’étais que son objet.
Après un moment, il se décida à venir me détacher les poignets. Cela me permit de le voir devant moi, entièrement nu et le membre désormais dégonflé, encore rougi de la visite fouillée qu’il venait de m’administrer. Passant derrière moi, il ne finit toutefois pas de dénouer les autres liens qui me plaquaient encore sur la table, et je sentis rapidement un filet chaud tomber sur le bas de mon dos.
Le salaud ! Il terminait son humiliation et sa punition avec cet acte ultime. Il urinait sur moi, balayant mon dos et visant également entre mes fesses, et je dégoulinais de son liquide par terre, ne pouvant toujours pas réagir. Ayant terminé son ouvrage et ne le voyant plus pendant plusieurs minutes, je compris par la suite qu’il avait à nouveau enfilé son maillot. Félix repassa :
“— Allez c’est bon, relâche-le maintenant, ça suffit.”
J’étais content de trouver un allié et la promesse de recouvrer ma liberté. Mark allait s’exécuter, non sans toutefois retirer du maudit coffre un collier en cuir, qu’il m’enroula autour du cou et auquel était attachée une lanière qu’il garda autour du poignet. Là, il se décida enfin à relâcher mes liens, et je pus me mettre debout, le regardant d’un air de ressentiment, mais qui s’apparentait plus à celui du gosse corrigé que d’un désir de revanche.
Il s’était aussi habillé d’une chemise hawaïenne au-dessus de son maillot ainsi que de tongs, et je remarquai qu’il portait mon sac-à-dos en bandoulière. Quant à moi j’étais toujours dans le plus simple appareil, pieds-nus et virilité à l’air, mon fondement rougi finissant de s’égoutter au sol. Surtout, j’étais maintenu en laisse par celui qui s’était arrogé mon maître et qui me tenait ainsi en respect par le cou.
“— Je vais faire un tour, je reviens d’ici deux heures”, cria Mark à l’adresse de Félix, que je ne devais plus revoir par la suite.
Il allait promener le chien, me dis-je. En effet, nous rentrâmes à l’intérieur par la véranda, puis en sortîmes directement par la porte d’entrée, celle par laquelle j’étais arrivé dans cette maison et ce jardin que je n’avais pas quittés depuis bientôt quarante-huit heures. Nous nous retrouvâmes dans la rue, et plutôt que de regagner sa voiture, il prit par la gauche et je le suivis, restant à la distance que me permettait la laisse qu’il tenait fermement en main.
Voilà donc que je me retrouvais en zone résidentielle semi-urbaine, sur un trottoir au bord d’une route, entièrement nu et tenu en laisse. Heureusement j’étais debout et le revêtement ne m’aurait pas permis de marcher à quatre pattes, mais j’étais offert ainsi à la vue des quelques passants qui se promenaient ou s’affairaient.
Il était dimanche après-midi et il y avait relativement peu de monde dans ce secteur. De plus, la plage était proche avec plusieurs zones nudistes alentour, même si elles sont censées être délimitées. C’est pourquoi je pensai que ma dégaine attirait les regards en coin, voire certaines têtes se retournant, mais que cela n’allait pas plus loin, pourvu que je ne tombasse pas sur des autorités.
J’essayais du coup de rester naturel. Je l’étais physiquement au sens propre, mais il fallait que je me sentisse à l’aise pour le paraître. J’aimais m’exhiber, mais je me trouvais ici un peu en décalage, un sentiment exacerbé par le collier m’assujettissant à son propriétaire. Rapidement je pris de l’assurance et marchai dignement, autant que me le permît ma position.
Je réalisai que nous nous trouvions plutôt au sud, rive gauche, du côté de Port-Camargue, et il y eut plus de monde en cheminant derrière la marina. Finalement, au milieu des regards étonnés ou amusés, je passai assez bien, l’attitude générale que je prenais rassurant les passants et touristes, une fois la surprise évanouie. J’étais habitué à marcher pieds-nus, et seuls les graviers fins constituaient une menace, heureusement nous étions plutôt en environnement asphalté sur les trottoirs.
Ce que je ne réalisai que plus tard et qui m’eût probablement ôté de ma superbe, c’était que les inscriptions au marqueur dans mon dos étaient toujours assez lisibles ; si j’avais quasiment réussi à les éradiquer sur mon torse, l’accès moins visible à l’autre côté m’avait fait omettre de les effacer avec le même succès, ne les voyant pas tout seul. Qu’avaient pensé les gens en lisant le texte et en suivant la flèche ? Je ne le saurai jamais.
Où allions-nous ? Comme nous bifurquions vers un chemin sablonneux, je compris que nous nous dirigions vers la plage de l’Espiguette. C’est une immense bande de sable fin, en partie naturiste, dont un coin est particulièrement prisé par la communauté gay et je crois en avoir parlé au début de ce récit, dont les dunes regorgent d’activité.
La mer ! Enfin, un sentiment de liberté était devant mes yeux, et je profitai de l’air maritime qui rafraîchissait un peu mon corps, chauffé par cette promenade nue forcée en plein soleil et la réverbération du bitume. Mais marcher sur le sable brûlant qui avait emmagasiné les rayons du soleil depuis ce matin était douloureux. Heureusement, nous allâmes jusqu’au bord de l’eau, là où le sable était plus ferme et nous permettait à tous deux de cheminer plus aisément. Probablement un ou deux kilomètres plus loin, nous atteignîmes le secteur naturiste.
Mark semblait chercher quelqu’un, et il avisa un groupe de beaux garçons qui jouaient au volley-ball. Il nous dirigea vers eux, et je goûtai la vision de leurs beaux corps musclés et bronzés, offrant tout à la vue du monde, leurs membres dodelinant au gré de leur jeu. Ils étaient six, et ils s’arrêtèrent à la vue de mon propriétaire tandis qu’il détachait enfin ma laisse. Échangeant bises et salutations, le plus grand me regarda puis demanda :
“— Alors qui tu nous amènes aujourd’hui, ce n’est pas Lolo ?
— Non, il s’appelle Dédé. Je vous le laisse, débrouillez-vous avec lui. Moi il faut que je rentre, Félix m’attend pour finir de nettoyer.
— Ah c’est vrai vous organisiez encore une partouze hier soir, c’était bien ? Un jour il faudra qu’on vienne.
— Oui, aucun souci, je vous ferai une réduction.
— Ça restera trop cher pour nous. Pas grave… Vraiment, tu ne restes pas pour regarder cette fois ? Salut, la bise à Félix !
— Oui”, dit-il en commençant à s’éloigner, puis revenant sur ses pas, jeta mon sac-à-dos près de moi avant de repartir.
Je me trouvai presque intimidé devant ces six grands gaillards qui me regardaient, et chacun se présenta : Chris, Max, Franck, Marc (un autre, donc), David et Sébastien, que l’on appelait Seb. Tous environ la fin de la trentaine ou début de la quarantaine, me dépassant en général d’une tête, et offrant courbes généreuses et formes saillantes. Mes regards s’attardèrent sur leurs corps et en particulier le centre qui me faisait face, et je sentis qu’il fallait que je disse quelque chose.
“— Je vous laisse finir votre partie, je vais prendre un bain en attendant puis je reviens ?
— Oui, tu reviens, hein ?”, répliqua Seb, à mi-chemin entre la question et l’injonction gourmande.
“— N’ayez crainte” fut ma réponse tandis que je me dirigeai vers la mer pour y nettoyer les stigmates de Mark, qui s’ils ne se voyaient probablement plus, souillaient encore mon honneur.
L’eau me rafraîchit et surtout me lava, bien que le sel ravivât la peau de mon séant. Je revins alors vers le petit groupe, qui avait de surcroît la garde de mon petit mais précieux sac-à-dos, alors qu’ils avaient terminé — ou interrompu — leur partie. Avisant mon dos, Franck dit un peu à la cantonade :
“— C’est pour être sûr de ne pas se tromper ? Moi je pense que j’aurais trouvé le chemin”, en riant et en désignant la flèche à ses camarades.
“— Moi aussi”, dit un autre, et tous semblaient joyeux devant la perspective d’un bon moment. Cela remonta mon humeur à bloc également, et nos regards se croisèrent, échangeant sans ambiguïté le désir réciproque que nous ressentions tous à cet instant.
J’étais content : une baise en groupe simple et naturelle, sans arrière-pensée ni lendemain, c’était exactement ce dont j’avais envie et besoin.