Introduction (1ère partie)

Cela faisait un moment que je mûrissais l’idée d’un blog pour traiter plus en profondeur des sujets qui me tiennent à cœur ou qui font partie intégrante de mon existence en ce bas monde.

Sur Mastodon, il m’est déjà arrivé d’évoquer à demi-mot des aspects de ma vie spirituelle mais je trouve le format du blog plus approprié.


Une enfance dans une famille dysfonctionnelle

Je ne suis pas né dans une famille religieuse mais j’ai été baptisé à l’église catholique par tradition et sans doute pour plus pour faire plaisir à ma grand-mère paternelle (qui était polonaise mais j’ai des doutes quant à sa piété). Dans la famille, on racontait que le prêtre avait refusé d’inscrire mon baptême dans le registre car mon père refusait de dire qu’il s’obligeait à m’éduquer chrétiennement. Manifestement, il s’agit d’une légende car mon baptême était bien inscrit dans le registre de la paroisse où mes parents habitaient, c’est important pour la suite.

Bref, mauvais départ malgré tout dans ma vie de chrétien et cela ne va pas aller en s’arrangeant! Mes parents ne fréquentent pas l’église mais au moment d’entrer à l’école primaire, je suis inscrit au cours de religion catholique plutôt qu’en morale laïque. Nous sommes au milieu des années 1970, la brave petite dame qui donne le cours de religion est de la “vieille” école et évidemment, pour le gosse qui vit dans une famille dysfonctionnelle, il est difficile d’entendre le discours qui voudrait que plus on est malheureux ici-bas, plus heureux sera-t-on là-haut! Et comment entendre que Dieu nous aime alors qu’il y a tant de malheur sur terre? Un Dieu qui a permis que mon grand-père maternel souffre des années durant de la sclérose en plaques jusqu’à qu’il en décède quelques mois après ma naissance, m’empêchant de le connaître. Et ainsi, un jour, arriva ce qui devait arriver, j’étais révolté face à tant d’injustice et ai dit, sans ambages comme un enfant de neuf ans peut le faire, ma façon de penser à cette pauvre dame… et sa seule réaction fut que j’allais être condamné aux flammes éternelles de l’enfer pour avoir oser me révolter contre Dieu.

En quatrième primaire, changement, je vais au cours de morale laïque… Mieux? Euh, pas vraiment… Toujours animé d’un esprit critique et d’une soif inextinguible de tout comprendre, mes questions et mes réflexions sur les sujets abordés déconcertent l’institutrice en charge du cours… au point que ma mère est convoquée… et que LA question soit posée : “votre enfant, vous êtes sûre qu’il a dix ans, il réagit comme un adulte?” Répondre à la question, c’est avouer qu’il y avait des problèmes familiaux et donc, il n’y eut pas de réponse…

La révolte coule toujours en moi… et ma façon de la canaliser est de me plonger dans les livres… et de vouloir savoir tout ce qu’il est possible de savoir… Les encyclopédies en tous genres sont mes lectures favorites…

En sixième primaire, retour au cours de religion, car mes parents n’aimaient pas le prof de morale laïque (il faut dire, à leur décharge, que le gars n’était pas fréquentable… et rempli de vices…). Je suis complètement largué car la plupart vont faire leur “grande communion” (confirmation) et moi, je n’ai pas fait ma “petite” communion et suis donc exclu de facto. A cette époque, mes parents m’inscrivent aux louveteaux (catholiques) et aller à la messe fait partie des obligations des scouts et louveteaux aux grandes occasions. Ce doit être comme ça que j’ai commencé à fréquenter la messe dominicale, devenant même enfant de chœur… Je communiais alors que je ne pouvais officiellement pas… mais bon, le prêtre disait, si c’est avec le cœur, alors ce n’est pas un grand problème. J’ai passé de bons moments et notamment au moment de Noël où l’on avait fait une crèche vivante. Cela ne plaisait pas à mon père, qui voyait d’un mauvais œil que je fréquente du monde à l’extérieur. Il avait probablement peur que j’aille raconter ce qu’il se passait à la maison, cela ne fait aucun doute dans mon esprit. Ainsi, je fus interdis d’église… On pourrait dire que mon père craignait que je ne sois abusé par le prêtre mais j’ai du mal à croire une telle chose car à l’époque, on ne parlait pas des abus dans l’église catholique. Je tiens cependant à préciser que jamais il n’y eut quoi que ce soit de répréhensible dans le chef du curé de la paroisse.

J’ai donc arrêté d’aller à l’église (et aux louveteaux aussi…) à l’exception de quelques grandes occasions lors de mariages ou d’enterrements ou alors en secondaire où il y avait des messes obligatoires dans le cadre scolaire car oui, j’ai fait mes secondaires dans l’enseignement catholique que l’on appelle “libre” en Belgique. Paradoxe quand tu nous tient.

Une adolescence en demi-teinte

Vers seize ans, je découvre que je suis “différent”. Je ne suis pas attiré par les filles mais plutôt par les garçons et singulièrement par les plus âgés que moi. A cette époque, on ne parle pas de communauté LGBTQIA+, on est soit homo, bisexuel ou lesbienne… et selon le formatage de l’époque, je pense être homo et ai mes premières expériences sexuelles mais ça n’est pas vraiment ma tasse de thé… Je pense que je cherche plutôt une figure paternelle pour combler le vide affectif laissé par le mien… plutôt que pour assouvir un besoin physiologique. Je vis dans l’angoisse de ce qui se passera le jour où mes parents l’apprendront… Heureusement pour moi, j’ai eu la chance immense de rencontrer sur ma route des personnes bienveillantes qui m’ont mises en confiance. L’une d’elle, était tenancière d’un kiosque à journaux mais avait été aussi caissière dans un cinéma porno de Liège. Ma grand-mère maternelle a été la seconde personne à “savoir” et aura été plus importante dans ma vie que ma propre mère (qui ne m’adresse plus la parole).

Un souvenir marquant de ces études secondaires et qui est resté dans un petit coin de ma mémoire tout au long des années : le professeur d’histoire de l’art, nous avait raconté qu’il avait “vu” Dieu. On imagine l’incrédulité d’adolescents chahuteurs devant une telle histoire… Le pauvre, il a du regretter d’avoir relaté cette “rencontre”… Moi, ça me fascinait! J’ai eu une discussion avec lui après le cours car j’avais envie d’en savoir plus mais comme toute expérience mystique, il est difficile souvent de mettre des mots… et j’ai été quelque peu déçu! Moi aussi, j’aurais aimé voir Dieu! (de manière inconsciente sans doute)

Je poursuis mon petit bonhomme de chemin, chemin très sinueux… Déçu de ne pas pouvoir continuer des études dans le domaine artistique (mon père une fois encore est responsable de cette situation), je me rabats sur le marketing en visant les chemins de fer belges (la passion de toute une vie) mais je déteste ce qu’implique le marketing, non, moi, ce que je veux, c’est un métier avec du sens, au service de la collectivité…

L’entrée dans la vie d’adulte

Je refuse le service militaire et devient objecteur de conscience (statut que je pensais relégué au passé mais qui revient au devant de la scène en 2026!) et fais un service civil… dans le département de psychologie sociale à l’Université de Liège. Une période plutôt bénie dans ma vie avec un début d’émancipation. Une majorité atteinte et “volée” : quelques semaines avant mes vingt-et-un ans, la majorité était passée de 21 à 18 ans! J’en ai profité pour fréquenter, quasi sur le champ, un sauna gay sur les hauteurs de Liège où j’ai rencontré des hommes (parfois connus) et aussi celui qui serait mon premier compagnon pour plusieurs années… jusqu’à ce qu’il m’annonce faire partie du FN Belge… Oui, on peut être gay et facho! Lorsqu’il m’a dit qu’il était prêt à avoir femme et enfants pour la patrie, la messe était dite, si l’on me permet l’expression…

J’ai ensuite eu une longue relation de plus neuf ans et même avec contrat de cohabitation légale (= PACS en France) et ai du encaisser en fin de compte l’argument choc pour la rupture : “je n’ai jamais vraiment été heureux avec toi”… Avoir besoin de neuf longues années pour s’en rendre compte, j’ai quand-même du mal… mais n’étant pas de nature querelleuse ou à m’acharner, j’ai pris mes affaires et suis parti loin de ma famille et loin de cette vie (enfin, loin, à l’échelle de la Belgique, c’est dans le sud de la province de Luxembourg). ;–)

Voilà de quoi refroidir… pour un bon moment l’envie d’engagement et semer le doute… est-ce moi, est-ce l’autre le responsable? Suis-je fait pour une vie de couple? Est-ce de l’amour et de l’amitié… Est-ce ma vocation? Aujourd’hui, je le sais mais à l’époque je ne le savais pas… et ai retenté l’aventure…

L’internet, en était à ses début et les rencontres plus “faciles”… Les saunas, c’est bien si l’on cherche du sexe mais pas si on cherche autre chose… Une nouvelle relation de plusieurs années débute sous le régime du couple “libre” selon la volonté de mon partenaire… ça ne m’a pas convenu et au bout de plusieurs années, j’y ai mis un terme. Nous sommes néanmoins restés bons amis et sommes toujours en contact.

2011

C’est l’année charnière dans ma vie. Elle débute mal avec un grave accident à cause du verglas qui m’immobilise plusieurs mois… et dont le résultat est une légère invalidité. Cette année-là, j’ai du aussi intervenir pour des maltraitances intra-familiales dont le résultat sera une rupture totale avec mes parents. L’impression que le monde s’effondre, les certitudes qui s’effacent…on croit que c’est pour les autres jusqu’au jour où cela nous arrive. Je ne suis pas déprimé, non, mais désemparé…

Une rencontre inattendue

Au mois de novembre 2011, l’accident du début d’année est un souvenir douloureux mais j’ai récupéré pas mal de ma mobilité et ai pu reprendre les randonnées (et certaines m’ont obligé à me dépasser) et me voici sur une balade autour de Clervaux au Grand-Duché de Luxembourg. Il fait mauvais, un brouillard épais m’accompagne la plupart du temps. La balade passe par l’abbaye Saint-Maurice juchée sur les hauteurs de la petite ville. C’est le temps de midi, je visite la crypte et là, passe un CD de chant grégorien que l’on peut se procurer à la boutique du monastère. Cette boutique n’ouvre qu’à 13 h 30 et comme j’ai un peu de temps et vu la météo maussade et humide, je me dis qu’attendre dans l’église abbatiale sera mieux que dehors.

Je prends place sur un banc et ferme les yeux. Me suis-je assoupi un moment? Ai-je rêvé éveillé? Je ne saurais le dire… encore aujourd’hui, je ne sais pas mais ce dont je me souviens, c’est de m’être senti enveloppé par une chaleur bienfaisante et une petite voie me murmurant que je n’étais pas seul et que j’étais aimé. Voilà, c’est tout!

J’ai rouvert les yeux et j’étais entre deux sentiments… de crainte et de bien-être en même temps… Et je devais repenser à mon professeur d’histoire de l’art de troisième secondaire. J’étais, et suis toujours bien en mal de mettre des mots sur cette “expérience”. Quoi qu’il en soit, j’ai attendu l’ouverture du magasin et ai acheté le fameux CD.

Deuxième surprise : le Frère Dominique, qui était portier et qui assurait l’intérim à la boutique me demande d’où je venais, je lui explique que j’habitais Arlon mais que j’étais originaire de Herstal, en région liégeoise. Là, il me dit que lui aussi était originaire de la commune! Il avait hérité d’une certaine passion pour les voitures, sa mère ayant conduit des bolides dans les années 1920-1930. Il y a toujours eu une connexion particulière avec ce frère peu “ordinaire” qui aimait tailler la bavette, ce qui me valut plusieurs fois des remarques du Père-Abbé… car le moine n’est pas sensé s’adonner au bavardage aussi sérieux soit-il…

Je rentrai ce jour-là chez moi plein d’interrogations et pour la première fois depuis de nombreux mois, je voyais la lumière au bout d’un long tunnel… et j’étais sans le savoir encore, au début d’un chemin spirituel tout aussi sinueux que celui de ma vie. C’est ce que je vous raconterai dans une seconde partie.


P.S. : dans nombre de bulletins d’école primaire, le commentaire qui revenait souvent était “trop bavard”! Cela vous étonne? ;–)


Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.

Merci pour votre lecture.

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