Introduction (2nde partie et fin)
Dans la première partie, j’avais terminé sur cette rencontre “mystique” qui allait être le début d’une quête spirituelle, une quête d’absolu semée d’embûches, de doutes mais aussi de moments de grande joie.
Avent 2011
C’est samedi fin d’après-midi et veille du second dimanche de l’Avent. La dernière fois que j’ai assisté à la messe remonte à facilement vingt-cinq ans mais ce soir là, j’ai une envie irrépressible d’y assister.
J’y suis retourné la semaine suivante, et encore la suivante. Je ne communie pas à l’eucharistie car il faut être confirmé pour cela.
Ne pas communier dans le rite catholique romain, c’est un peu comme faire les choses à moitié, du moins, c’est comme cela que je voyais les choses à ce moment-là.
Je me renseigne auprès du prêtre après l’office : premier écueil; il me déclare: ”oh, vous méditez un peu l’évangile, on fait une petite cérémonie et c’est réglé”. Cela ne me convient pas. Je suis du genre à faire les choses proprement et à fond lorsque je m’engage dans quelque chose. Il paraît que c’est un des symptômes de l’autisme que de se plonger corps et âme dans une activité et d’accumuler autant de connaissances que possible. En 2011, on ne parle pas de l’autisme comme de nos jours.
Je me rends donc chez le doyen qui me propose une sorte de catéchisme avec deux paroissiens qui s’occupent d’adultes.
Ainsi, j’entame un parcours qui doit me préparer à ma première communion à Pâques et la confirmation à l’Ascension. Mon esprit curieux et critique ne seront pas de tout repos pour mes catéchistes. Il me parle de l’Évangile de Marc et moi je leur parle d’Ernest Renan. “Plus tard” me disent-ils, ils ne comprennent pas, à l’instar d’autres cette soif de comprendre.
Ernest Renan, vie de Jésus-Christ est un essai du philologue et historien breton publié en 1863 et qui fit scandale en France car il rejetait toute divinité de celui-ci. Avec le recul, je peux comprendre que cela a du interpeller mes catéchistes.
2012
Au mois de mars, je décide de faire une retraite en abbaye, la première d’une longue série et logiquement, c’est à Clervaux que je décide de la faire. Il règne à cet endroit une atmosphère assez unique. Si l’on vient de la gare, on a le choix, soit de monter à pied en passant par un chemin très escarpé mais très direct, soit passer par la ville et un chemin moins ardu ou alors prendre le bus jusqu’au village d’Eselborn. Quelque soit le chemin, petit à petit, on s’extrait du monde à fur et à mesure que l’on grimpe. On prend littéralement de la hauteur.
Je suis accueilli par le Père-Hôtelier qui me montre ma chambre et m’explique le fonctionnement et me demande si je souhaite un entretien avec un moine. Pourquoi pas? Je suis quand-même là pour réfléchir à ce que j’allais faire de ce qui m’arrivait. J’aurai, au fil du temps, plusieurs entretiens avec le Père responsable des novices. Devenir moine, moi? Je l’ai envisagé à un moment mais probablement pas pour les bonnes raisons. Il faut dire que cette vie basée sur des routines qui se répètent inlassablement est quelque chose de rassurant et j’aime bien ça, la routine, ça ne m’ennuie pas. En plus, il y a le chant grégorien. Bien beau tout cela mais pas suffisant… et puis, je n’ai pas envie de me couper du monde, il y a tant à faire au dehors…
De fil en aiguille, j’ai été confirmé à la fête de l’Ascension et faisait désormais partie de la famille catholique malgré des désaccords sur certains aspects. Néanmoins, ce furent deux cérémonie très épuisantes psychiquement et fortes en émotions. La chose qui m’a le plus embêté, ça a été la confession et je ne regrette pas d’avoir éludé la question car le secret de la confession est très aléatoire chez certains prêtres… J’ai des défauts comme tout le monde mais de là à aller m’accuser de faits ou de pensées me rebutait… et déjà le doute s’immisçait en moi sur la légitimité du prêtre comme intermédiaire entre Dieu et moi. A-t-il vraiment le pouvoir de pardonner les péchés?
Alors pourquoi le catholicisme? Sans doute parce que c’est la religion dominante dans le coin et surtout parce que je ne connaissais que très mal le protestantisme…
Ceci dit, continuons le chemin.
J’ai fait de nombreux séjours en abbaye et j’allais le plus souvent possible à la messe non pas pour faire montre d’une quelconque religiosité mais parce que c’était un moment privilégié dans la journée avant ou après le tumulte du boulot. Un moment de calme ou je ne pensais à rien d’autre que d’écouter ce que disait la Parole.
Devenir moine n’était pas une option, devenir prêtre alors? J’y ai aussi songé mais si il y a une chose que je déteste dans la vie, c’est que l’on fasse des choix pour moi! Le doyen, paix à son âme, s’était permis de contacter le responsable du séminaire de Namur (dont dépendent les paroisses de la province de Luxembourg vu que nous n’avons pas d’évêque) lui disant que je voulais m’engager dans la prêtrise. Ho là! Pas si vite! J’avais un boulot bien payé, statutaire (fonctionnaire) et que j’aimais même s’il est parfois difficile et avec des horaires pas possibles. Il m’aurait fallu renoncer à tout pour aller passer plusieurs années au séminaire à Namur sans garantie de succès… Un conseil avisé reçu de mes catéchistes m’avaient mis en garde contre ce chanoine responsable du séminaire qui aimait à faire échouer les candidats sur la dernière marche… J’aime bien un peu d’aventure dans la vie mais je ne suis pas assez téméraire pour risquer à plus de quarante de tout foutre en l’air et de me retrouver in fine Gros-Jean comme devant.
Je remis donc les pendules à l’heure et changeai de paroisse… J’avais le choix à Arlon. Je continuai d’aller passer des week-ends à l’abbaye de Clervaux et un jour, une petite brochure sur l’oblature bénédictine attira mon attention. Cela pouvait-il être la forme d’un engagement plus profond?
Je questionnai donc le Père responsable des novices et trouva l’idée bonne. J’étais un peu hésitant, tout cela était très nouveau pour moi… et j’avais le sentiment que les choses allaient un peu vite. Néanmoins, je me laissai convaincre d’entrer en noviciat d’oblature bénédictine. C’est par une petite cérémonie ou le trouillomètre est au maximum et où les sentiments sont à fleur de peau qui marque l’entrée officielle en noviciat. Ce n’est pas rien d’offrir sa vie à Dieu!
Ce noviciat dure un an et au bout de ce délai, où l’on a mûri son choix, médité la règle de Saint-Benoît (qu’on ne peut suivre entièrement mais qui doit guider notre vie le plus possible), on devient officiellement oblat bénédictin, c’est-à-dire le rayonnement dans le monde extérieur du monastère auquel on est attaché. Ce n’est pas rien, et de nouveau, cérémonie riche en émotions. (Je pensais être trop émotif mais j’ai pu constater que cela arrivait à tous ceux qui devenaient oblats).
En 2013, l’Église catholique s’est choisie un nouveau Pape et il prend le nom de François. C’était pour moi une grande joie, sincèrement car François d’Assise est sans doute, après Jésus, le personnage qui m’a le plus marqué.
Tout se passait pour le mieux dans le meilleurs des mondes jusqu’en 2015 où j’ai fait la connaissance d’un gars qui semblait tout gentil mais qui s’est avéré être juste un profiteur… mais le sentiment amoureux est un sentiment qui ne se commande pas et ça a été la fois de trop. Quelque chose s’est cassé à l’intérieur… Un cœur brisé, ça ne se répare pas!
Les premiers scandales d’abus sexuels dans l’église catholique commençaient à être révélé au grand jour et cela me mettait de plus en plus mal à l’aise… J’avais le sentiment d’être complice de ces salauds qui avaient abusé en toute impunité et qui sait, en fréquentais-je sans le savoir? De plus, les positions archaïque de l’institution sur l’avortement, la place de la femme, … m’irritaient de plus en plus… Où était donc la tolérance, la bienveillance, l’accueil et l’amour d’autrui… J’avais de plus en plus l’impression d’avoir en face de moi des menteurs qui bonimentaient le dimanche dans leurs sermons mais que la réalité était tout autre!
J’ai commencé à prendre mes distances avec l’institution… et l’élément déclencheur de ma “défection” à la foi catholique a été un amoncellement de petites choses, du prêtre qui tourne la tête pour ne pas voir un mendiant qui demandait quelque chose à manger au moine qui estimait qu’on ne pouvait quand même pas accueillir tous ces immigrés (sic!) et toute la misère du monde. Cela en était trop, je pris donc sérieusement mes distance. Nous étions en 2017.
Un heureux hasard
2017 marquait le 500ème anniversaire de la publication des nonante-cinq thèses de Martin Luther et de la réforme. Je me suis donc intéressé à la personne de Martin Luther dont j’avais déjà pu avoir un aperçu en visitant sa maison à Eisenach, en ex-Allemagne de l’Est. J’avais aussi appris que J.S. Bach et son œuvre était intiment liée à la réforme. J’avais aussi remarqué le dépouillement des églises réformées, pas de statues de saints, pas d’images de la Vierge Marie (omniprésente chez les catholiques au point qu’on se demande s’il est déesse). Il y avait là quelque chose qui me plaisait.
Je fis rayer l’inscription de mon baptême et reçu contre la somme de 10 euros une copie de ce registre où est inscrit à l’encre verte que j’ai fait “défection à la foi catholique”. Je ne suis pas débaptisé pour autant, m’a dit un jour un pasteur, car l’homme ne peut défaire ce que Dieu a fait, à bon entendeur!
Quand je suis arrivé à Saint-Mard, j’avais remarqué qu’il y avait un temple protestant mais le problème avec les protestants, c’est que c’est une galaxie d’église de tendances très diverses avec une palette allant du conservatisme au progressisme.
Je décidais de “tenter” ma chance mais mal m’en a pris… Lorsque je suis entré, j’étais, on peut s’en douter, un peu perdu… Un monsieur m’a donné les livres pour l’office et m’a donné les explications de base en ajoutant: “on fait le baiser fraternel à la fin du culte mais rassurez-vous, nous ne sommes des tarlouzes (sic!)”. J’étais à deux doigts de partir tout de suite… Je ne l’ai pas fait mais je n’ai pas remis les pieds dans cette assemblée…
Même si le “divorce” était consommé avec l’église de Rome, le besoin de spirituel dans ma vie restait important… et me disant que comme partout, il y a de bons et de mauvais prêtres, je remis les pieds à la paroisse du village. L’abbé, un homme âgé et ayant eu une vie avant la prêtrise, était quelqu’un de la catégorie des “bons prêtres” avec qui on pouvait discuter ouvertement et qui était étonné de mon savoir sur les questions de théologie. Néanmoins, je me sentais un peu malhonnête d’assister à la messe… et encore plus lorsque l’on m’invita à intégrer la chorale…
La série documentaire “God vergeten” de la VRT où des personnes ayant été abusées par des prêtres catholiques témoignaient a été l’élément de trop… d’autant que l’ancien évêque de Bruges qui avait abusé son propre neveu, avait trouvé refuge dans l’abbaye de Solesmes en France, dans la Sarthe! Il se fait que les abbayes sont organisées en congrégation et celle de Clervaux fait partie de la congrégation de… Solesmes! Certains moines et le Père-Abbé de Clervaux proviennent de cette abbaye qui abritait un criminel sexuel. Et quand je repense à l’outrecuidance qu’un des Pères a eue en me déclarant qu’ils n’étaient au courant de rien… ça a été le coup de grâce… J’aurais voulu pouvoir brûler de mes doigts la charte qui m’engageait à vie avec l’abbaye… tellement j’étais en colère…
Chute et redressement
J’étais en colère et dégoûté… et même la méditation des Psaumes, mon livre de chevet, me paraissait fade et trompeuse…
Avec le temps, les choses s’apaisent et je me souviens d’un petit livre de la collection “Points sagesses” traitait des apophtegmes des Pères du désert, les ancêtres des moines qui vivait en ermites la plupart du temps dans le désert de l’Egypte. Je me suis souvenu de François d’Assise. Avais-je besoin, au fond, de dogmes, de rites? Ne pouvais-je simplement pas méditer par moi-même la Parole et les Psaumes? N’était-ce pas là ce qu’encourageait Martin Luther il y a plus de 500 ans?
Ainsi, j’ai repris mes habitudes de lire quelques Psaumes au lever précédé du verset d’ouverture :”Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange” et de lire le Livre dans son entièreté, un peu tous les jours. Je termine la journée par un Psaume et ai gardé deux choses des offices de la liturgie monastique des heures : je termine toujours par le verset “En tes mains, je remets mon esprit” et le “cantique de Siméon” : Maintenant, ô maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont vu le salut que tu préparait à la face des peuples, lumière qui se révèle au nations (et donne gloire à ton peuple Israël) avec l’antienne “Sauve-nous Seigneur quand nous dormons, Sauve-nous, Seigneur, quand nous veillons ; garde-nous quand nous dormons : nous veillerons avec le Christ, et nous reposerons en paix.”.
J’ai refait, l’an dernier (en 2025) une retraite à l’abbaye de Clervaux mais la magie n’opère plus, quelque chose est cassé, je voulais en avoir la certitude et il m’est resté un sentiment d’accueil poli mais peu sincère. Je n’y retournerai plus.
En conclusion
Ma quête ne s’arrête pas pour autant et ma curiosité et mon esprit d’ouverture m’a amené sur les chemins de la sagesse bouddhique qui présente un certains nombre d’aspects assez semblable au christianisme.
Au niveau personnel, si quand j’avais seize ans on était L, G ou B, aujourd’hui, on a une palette de sensibilités et dans cette palette il y a le A, qui me semble correspondre à ce que je suis. Dans ce A, il y a aussi des nuances… que je vous laisse imaginer.
La vie de couple où l’on est scotché à l’autre 24/7, ce n’est pas pour moi et là aussi, j’ai trouvé un équilibre.
Au niveau spirituel, je pense que le “Protestantisme libéral et de progrès” convient bien à ma sensibilité. Précision : libéral s’entend ici Liberté et n’a rien à voir avec l’économie ou la politique. De plus, pour moi, le christianisme est intrinsèquement de “gauche” et dévoyé par l’extrême-droite!
Une raison supplémentaire qui m’incline vers le protestantisme est que l’Église Protestante Unifiée de Belgique ne voit plus depuis 2015 déjà, l’homosexualité comme un obstacle à devenir Pasteur.
Et pour ceux qui cela intéresse, la communauté Béthanie offre un lieu d’accueil pour les personnes “homosensibles” au sein du christianisme : . En Belgique, il existe aussi la “Communauté du Christ Libérateur” :
Ce sera le seul billet très personnel mais j’estimais qu’il était important de vous narrer mon parcours, non pas pour attirer la lumière sur moi mais pour vous permettre de mieux appréhender les sujets futurs et divers sur la spiritualité que j’aborderai au fil des billets.
Merci pour votre lecture!
Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.
Merci pour votre lecture.
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