L'ancien et le nouveau testament : des livres sans Dieu
C’est le titre d’un livre écrit par Mauro Biglino, chercheur dans le domaine de l’histoire des religions et spécialiste de l’hébreux massorétique.
S’il a le mérite de poser des questions pertinentes et s’il a le don pour mettre au jour les incohérences des textes bibliques et que tout lecteur attentif et dénué de dogmatisme aura repéré lors d’une lecture approfondie de la Bible, il a, à mon sens, un peu trop tendance à faire siennes des théories de visites extra-terrestres dans l’antiquité qui aurait modifié le cours de l’humanité.
Il relève de nombreuses incohérences dans les textes et là, on ne peut qu’être d’accord, tout comme on peut accepter le fait que le Dieu de l’ancien testament (dans le Pentateuque en particulier) et celui du nouveau testament ont l’air de deux Dieux différents. Il est vrai que certains récits se retrouvent racontés deux fois et de manière différentes comme la création d’Eve pour ne citer qu’un exemple.
Pour commencer, en tant que spécialiste de la langue hébraïque, il déclare que la langue hébraïque n’a pas de terme qui désigne Dieu. Dans la version hébraïque, il est fait mention d’Elohim qui est une forme plurielle de El mais qui ne peut, selon lui, se traduire par Dieu au singulier. Yahvé ne serait qu’un El parmi les Elohim.
Il y a dès la Genèse, des passages totalement obscurs comme celui-ci :
Or, quand les hommes eurent commencé à se multiplier sur la terre, et que des filles leur naquirent les fils de la race divine trouvèrent que les filles de l'homme étaient belles, et ils choisirent pour femmes toutes celles qui leur convinrent. L'Éternel dit: “Mon esprit n'animera plus les hommes pendant une longue durée, car lui aussi devient chair. Leurs jours seront réduits à cent vingt ans. Les Nefilim parurent sur la terre à cette époque et aussi depuis, lorsque les hommes de Dieu se mêlaient aux filles de l'homme et qu'elles leur donnaient des enfants. Ce furent ces forts d'autrefois, ces hommes si renommés.
Toute la théologie repose sur un Dieu unique mais alors qui sont ces fils de la race divine? Et soyons, honnête, il y a comme une familiarité avec les autres dieux de l’antiquité qui n’hésitaient pas à se mêler aux humains.
Mais plus problématique est que Yahvé, qui ne serait donc pas un Dieu selon Biglino mais un être de chair et d’os puisque Jacob/Israël s’est battu avec lui, par exemple mais pire encore, il serait un être maléfique! Et en effet, on peut sérieusement se poser la question : où est la miséricorde et l’amour infini de Dieu lorsque celui-ci se définit comme un dieu jaloux qui ne tolère pas que son peuple se prosterne devant d’autres dieux et le menace de mort et tue même son propre peuple! Exige des sacrifices sans fin d’animaux innocents pour absoudre les pêchés de son peuple! Mais il y a pire encore, Yahvé/Dieu ordonne aux siens d’exterminer des populations entières pour que les siens prennent possession des territoire. Ces peuples sont littéralement victimes de génocide, il n’y a pas d’autre terme pour qualifier les actes affreux qui consistent en la mise à mort de l’ensemble de la population à l’exception des femmes qui n’ont pas connu d’hommes pour servir d’esclaves aux hommes et Yavhé/Dieu en réclame une part! De même qu’il réclame une part de l’or et du butin en général conséquence de ces génocides et mise à sac! Il y a de quoi être retourné, en tout cas pour celui, qui affronte les écritures avec raison. Evidemment, l’église catholique romaine choisit les textes qui l’arrange pour les lectures de la messe omettant les plus problématiques. Il faut le dire. Comme il faut dire que les textes ont été copiés et recopiés maintes fois et sans doute altérés, modifiés à escient ou pas.
On le remarque, le Dieu, père aimant et miséricordieux du nouveau testament est aux antipodes du Dieu de l’ancien testament (même s’il y a une évolution dans certains livres).
Que dire aussi de ce pauvre Job, qui à cause de l’autorisation de Dieu, subit les assauts de Satan et subit avec stoïcisme les épreuves les plus ignobles? A la fin, il est récompensé diront certains mais quand-même… Où est l’amour de Dieu dans le récit de Job… Je n’en ai guère vu…
L’ordre des livres dans la Bible n’a rien de logique puisque des textes comme le livre de la Sagesse, un des derniers écrits datant du Ier siècle avant notre ère (et peut-être achevé après la mort de Jésus) ne se trouve pas à la fin de l’ancien testament et de surcroît, s’il a été rédigé et inspiré de Dieu, comment se fait-il qu’il n’évoque pas Jésus qui allait bientôt paraître dans le monde…
Autre problème avec Dieu : s’il est omniscient et omnipotent comment se fait-il qu’il cherche Adam et Eve au Jardin d’Eden? Qu’il ait besoin d’être rassuré de la fidélité de son peuple alors qu’il pourrait lire nos pensées les plus secrètes… L’auteur pose un tas de questions pareilles… et il faut dire qu’il y a de nombreuses incohérences et inconsistances dans le récit… qui peuvent raisonnablement faire douter que les textes soient d’inspiration divine… ou alors comme l’écrit l’auteur, Dieu est un mauvais relecteur de son oeuvre.
Au fil des quelques deux cents pages, l’auteur pose et analyse toute une série d’épisodes et essaie de nous montrer que le texte n’a rien de religieux mais est plutôt pour ce qui est de l’ancien testament du moins, un livre de guerre qui raconte comment Yahvé a tenté et échoué à donner un territoire au peuple qu’il s’est accaparé.
Un autre point abordé par l’auteur est l’enlèvement d’Hénoch, d’Elie et de Jésus. Pour l’auteur, il ne fait pas de doute, ces deux personnages sont enlevé par un objet volant. Ce qui est certain, c’est que c’est assez curieux la façon dont c’est raconté comme par exemple pour Elie : Lorsque l'Eternel fit monter Elie au ciel dans un tourbillon, celui-ci partait de Guilgal avec Elisée…
…Alors qu’ils continuaient à marcher tout en parlant, un char et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre et Elie monta au ciel dans un tourbillon.
Que sont donc ces chevaux de feu et ce tourbillon? Ce sont des questions légitimes et qui n’ont pas de réponses rationnelles autres que ces personnages sont enlevé par un objet volant. Alors l’auteur aurait-il raison lorsqu’il évoque des extra-terrestres (ou un peuple très avancé) pour expliquer l’inexplicable. Il est un fait que d’autres récits de l’antiquité parlent de chariots de feu volant dans le ciel… mais jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons trouvé la plus petite preuve qu’il y aurait eu des objets volants dans l’antiquité. Ce qui est certain, c’est que certaines techniques antiques comme les miroirs ardents qui dans l’antiquité permettaient de mettre le feu à un navire à distance. Il y a peut-être des savoirs oubliés, je ne sais pas mais rationnellement, on ne peut qu’être interpellé de ce genre de passages…
L’auteur tend à démontrer que la bible n’est pas un livre sacré, ni de religion et qu’il ne parle pas de Dieu mais d’un “être” particulier, Yahvé qui règne sans partage sur une tribu. Il veut aussi montrer que les textes ont sans doute été réécrits, amendés, modifiés pour coller à une réalité locale et temporelle et surtout pour maintenir les religions dans un certain pouvoir.
Bref, une lecture malgré tout intéressante dans l’ensemble et qui permet de voir les textes dits sacrés (qui ne le sont peut-être pas tant que ça) sous un nouveau jour.
L’auteur fait mention d’un livre intitulé “Comment la bible est devenue sacrée” (collection Le monde de la Bible chez Fidès et Labor) du Professeur Michael L. Saltow de l’université de Brown aux USA et spécialiste de l’ancien testament et comme les choses sont bien faites, ce livre traînait dans mes étagères, cela va être l’occasion de m’y plonger. Il est préfacé par Thomas Römer, professeur au collège de France, qui est aussi l’auteur d’un Que sais-je? sur l’ancien testament.
En parlant de Que sais-je? il existe plusieurs volumes consacrés à la bible et à Jésus. Petits ouvrages concis et fort bien fait, c’est un bon début pour celui qui voudrait s’initier à ces sujets. De surcroît, le prix est tout à fait abordable (10 EUR environ).
Je terminerai en spécifiant que ce que j’ai lu dans ce livre m’a certes interpellé mais au même titre que d’autres ouvrages que j’ai eu l’occasion de lire, il alimente ma réflexion et ma recherche de sens. Il est un fait qu’un tel ouvrage bouscule toutes les quasi certitudes que l’on nous inculque depuis tout jeune et qui façonnent nos sociétés et que cela ne plait pas aux autorités religieuses. C’est justement là, pour moi, une preuve que les autorités religieuses de tout temps et en tout lieu instrumentalisent les textes à leur avantage pour garder un ascendant. C’est peut-être moins vrai chez les protestants (chez les libéraux particulièrement).
En guise d’ultime conclusion je dirais que l’important n’est pas la solution, mais la quête!
Pour ceux qui seraient intéressés, les références du livre dont il est question ici :
L’ancien et le nouveau testament : des livres sans Dieu de Mauro Biglino, Macro éditions, collection savoirs anciens – ISBN : 978-88-2851-707-8
Le site officiel de l’auteur : https://www.maurobiglino.com
Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.
Merci pour votre lecture.
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