Chapitre IX — Le prisonnier

Homme nu dans son bain avec 'vide-couilles" marqué sur son dos.

Je restai seul au milieu de tous probablement encore une bonne heure, tantôt les mains accrochées aux barreaux, tantôt le séant appuyé dessus, mais dans l’incapacité de quitter la station debout compte tenu de l’espace exigu qui m’était dévolu. Tout au plus pouvais-je m’accroupir jusqu’à un certain point et mes mains toucher le sol, mais m’asseoir m’était mathématiquement interdit. Je bougeais régulièrement les pieds, tout en essayant d’éviter de fouler les fluides qui avaient enfin terminé de quitter mon corps.

Un participant crut bon de m’offrir une part de pizza, me la tendant par l’orifice de la cage. Par un mouvement incompréhensible s’il n’était prémédité, celle-ci bascula devant moi et tomba dans ma cage face contre terre, suivant la loi de Murphy ; pire encore, elle chut exactement là où les traces encore vives de mes ébats antérieurs avaient maculé le sol, et la tranche que je saisis du bout de la main s’en trouva ainsi tartinée par nos humeurs, celles de mes partenaires enrichies par le passage en moi. Je la mangeai pourtant avec appétit, en rien dégoûté et à la satisfaction manifeste de mon nourrisseur, qui s’éloigna ensuite.

La salle se clairsemait progressivement et j’avais l’impression que mon rôle était terminé. Je voyais régulièrement Mark et Félix passer à distance, mais ils semblaient tous deux m’ignorer, voire m’éviter. Quant à Lolo, il avait disparu, ou du moins me restait invisible.

Je décidai d’enlever ma cagoule, elle me tenait trop chaud et les derniers invités qui restaient ne portaient également plus de masque, de toutes façons ils s’intéressaient à d’autres parties de leur individu pour ceux qui n’étaient pas affalés sur un canapé, voire carrément par terre. Je me sentais aussi serré par en-dessous, et j’avisai un hôte qui se tenait assez proche de ma cage. Je l’attirai à moi, et lui demandai s’il voulait bien me faire passer un couteau que je lui pointai du doigt sur le meuble voisin.

Il me le fit passer par le trou dans la cage, et je vis un moment de frayeur passer dans son regard quand j’approchai l’ustensile de mon organe. Ayant avisé la situation et les dimensions, j’entrepris sans trop de difficultés de faire sauter le petit cadenas, que la taille rendait plus symbolique que réellement efficace. Il céda et je fis glisser l’ensemble de la cage de chasteté qui tomba à terre, libérant ainsi mon membre qui apprécia cette soudaine respiration.

“— Ça va mieux, hein ?”, me glissa l’homme du côté libre de ma cage, initiant ainsi la conversation. Puis s’engagea un dialogue avec celui qui se présenta à moi comme s’appelant François, que je trouvai bel homme en particulier dans son plus simple appareil et sans masque, et qui faisait preuve d’élocution. Il reprit :

“— Ce n’est pas trop dur ?

— Ce fut une journée… particulière pour moi. Mais ça correspond à ce que j’aime, globalement.

— Et tu fais ça pour de l’argent ?

— Non, pour le plaisir en fait. Même si sur l’instant ça peut paraître étrange, j’aime subir, et j’adore le sexe.

— Moi aussi, j’aime le sexe, peut-être pas de la même manière que toi. Tu dois nous trouver bestiaux et pervers, non ?

— Pas tous en tous cas, mais c’est vrai que certains amusements où l’on aime faire souffrir l’autre me surprennent. Je ne juge pas, et probablement que tu trouves bizarre d’aimer être dominé ? Moi ça me soulage, la vie m’oblige à paraître fort, à décider, à toujours chercher à prendre le dessus, mais je n’aime pas ça. C’est une manière pour moi de m’évader de ce monde qui ne me convient pas.

— Moi aussi, je cherche à fuir, du moins momentanément. Tu vois, je suis architecte, j’ai une famille dite traditionnelle, mais j’ai aussi un côté homosexuel que je ne peux pas exprimer dans mon milieu social. Alors, je trouve des distractions inhabituelles, je file avec l’interdit. Et c’est presque une fuite en avant, il m’en faut toujours plus, pour ne pas à nouveau sombrer dans une routine destructrice.

— On a des points communs alors. Et les autres, tu les connais ?

— Certains, oui, mais on fait semblant de ne pas se reconnaître et le côté masqué nous met en situation de déni plausible. Comme nous partageons un secret inavouable, notre façade sociale reste indemne. La plupart viennent des parages et en général sont bien assis dans la société, ce genre de partie est d’ailleurs onéreuse. Tu verras très peu de touristes, ils ne connaissent pas et se contentent du Cap.

— Et ça ne les gêne pas de sodomiser des inconnus ?

— Tu parles de toi ? Au contraire, ça a un côté rassurant car tu es censé être garanti, en quelque sorte, par les organisateurs. D’ailleurs comme tu peux le voir c’est tellement vrai qu’ils pratiquent sans capote, en bareback, alors qu’entre eux ils prennent souvent plus de précautions. Et imagine que certains se connaissent, qu’ils se reconnaissent ou non, c’est une chose de se côtoyer dans une partie fine, mais une autre que de copuler avec son voisin ! Et ça peut faire mal : imagine un avocat sodomisant son client, ils le font bien dans la vraie vie mais seulement au figuré !”

Là-dessus, nous éclatâmes tous deux de rire, imaginant la scène mais aussi devant la justesse de la métaphore. Je me gaussais intérieurement de la soi-disant garantie, car je n’avais en fait produit aucun certificat médical, probablement devant la nécessité et l’opportunité, mais était-ce bien honnête et raisonnable de la part des organisateurs ? Et appliquaient-ils la même rigueur aux invités ?

Il reprit :

“— En tous cas, beaucoup suivent le vieil adage : un trou est un trou… et si certains sont homosexuels, refoulés ou non, d’autres ne viennent que pour le plaisir charnel et passager. Tu as vu que certains se contentent de mater, enfin presque, mais ils sont différents des couples, candaulistes ou échangistes, et une proportion a peur des femmes alors ils viennent ici se soulager, pour ceux qui osent dépasser le stade de la masturbation.”

Il marqua une pause, et en repensant au soulagement évoqué, mon organe commençait à reprendre un peu de vigueur, probablement également du fait de son irrigation à nouveau libérée de l’emprise de la chasteté. Debout face à lui, cela n’échappa pas au regard de François, qui repartit :

“— Qu’est-ce qui te plaît, dans la sodomie ?

— Je ne sais pas. Beaucoup de choses. D’abord physiologiquement, c’est une zone très érogène, en tous cas je me caresse en cet endroit depuis toujours. Et il y a le goût de l’interdit : la pratiquer, c’est affirmer ma liberté vis-à-vis des dogmes, religions et autres polices de la pensée. Et comme je disais, j’aime être dominé, et se trouver à la merci de celui qui tient l’arme et qui en use comme bon lui semble me procure cette libération psychologique et ce sentiment d’abandon. Pour moi, l’orgasme, c’est s’abandonner tout-à-plein à un autre.

— Je comprends. Mais l’interdit, tu l’as également en pratiquant l’acte, je veux dire de l’autre côté.

— Oui… Mais pas les autres dimensions. Et toi, tu as déjà essayé ?

— Me faire… tu veux dire ? Non, j’avoue que non, peut-être le devrai-je mais je ne me sens pas prêt. Et toi, à l’inverse ?

— Non, jamais. J’ai eu des rapports avec des femmes, plus jeune, mais classiques, et celles-ci ne l’auraient d’ailleurs pas souhaité autrement. Maintenant, je suis à cent pour cent du côté passif.

— Tu es sûr ?”, me demanda-t-il avec un sourire en regardant vers mon centre.

En effet, ma virilité avait pris du poil de la bête et pointait fièrement vers le haut. C’était à vrai dire la première fois qu’elle s’exprimait pleinement depuis que j’étais ici, sans contrainte et sans autre distraction qui m’aurait chatouillé à un endroit distinct. Car je n’avais en fin de compte encore jamais vraiment finalisé le plaisir que m’avaient procuré les distractions et les animations, comme ils les appelaient.

Maintenant que j’y repensais, émoustillé par ce dialogue et les pensées associées, il me sembla qu’il était temps de libérer la pression. Non, ce n’était pas une déviation de ma position passive, mais une expression corporelle de toute la satisfaction recueillie de mes partenaires et un besoin physiologique de compléter les instants vécus par une récompense qui, je le savais, diffusait dans le cerveau une hormone bénéfique.

François me comprit, et il s’éloigna un peu en me disant “vas-y” du regard. Debout dans ma cage, à la vue de tous mais sans savoir si quelqu’un d’autre me regardait, je me trouvais dans une position favorable et une excitation extrême.

Mes doigts s’étaient déjà refermés sur mon organe, et mon poignet vibrait tandis que je dandinais des hanches. Je relâchai mes doigts pour ensuite les porter, avec mon autre main, sur mes aréoles, prenant soin de tourner autour délicatement en forme de caresses, puis de gratter plus vigoureusement la pointe de mes tétons de mes ongles courts. Comme je n’avais quasiment rien mangé depuis le matin, le bout de mes doigts était froid, ce qui en augmentait fortement la stimulation.

Je répétai ce manège plusieurs fois, en allant jusqu’à caresser mon périnée, et je sentis que le ton montait et que le cri était proche. Ce fut le moment que choisit François pour s’adresser à moi, m’interrompant momentanément :

“— Si tu veux je peux t’aider, mais je te préviens, je n’avale pas.”

Devant mon regard qui l’interrogeait, il compléta :

“— Je te dois bien ça, après tout j’ai bien profité de toi, c’est une manière de te rendre un peu la pareille.”

Là-dessus il s’approcha du glory-hole de la cage qui pouvait bien fonctionner en mode réciproque, et ne souhaitant pas plus argumenter, ni étant vraiment en état de le faire, je m’avançai et me donnai à lui. Deux lèvres chaudes enserrèrent ma virilité turgescente, et une langue travailleuse entreprit sa stimulation, accentuée par un mouvement de va-et-vient assez lent pour commencer, puis s’intensifiant en pression et en rapidité.

C’était la relation active que je préférais et la seule que je pratiquasse occasionnellement, utilisant sinon des jouets sexuels prévus à cet effet, ou le plus souvent me rabattant sur mes mains. Je profitai de ces quelques instants, sachant qu’ils seraient désormais courts compte tenu de l’état d’excitation dans lequel je me trouvais.

Je repoussai sa tête d’une main à travers les barreaux. Le moment était venu et je voulais respecter la limite qu’il m’avait fixée. Il comprit et se retira rapidement, me laissant debout et les mains accrochées à la cage, l’organe raide et prêt à exploser, ce qu’il fit après quelques secondes. Un premier jet puissant sortit de mes entrailles et fit un arc de cercle formidable, allant probablement s’échouer à deux mètres devant moi. Puis d’autres pulsations suivirent, provoquant des échappées similaires mais chacune moins lointaine que la précédente, jusqu’à ce que le réservoir s’épuisât après une dizaine environ.

J’avais poussé un râle de contentement, et François eut l’air satisfait aussi. Le prisonnier était — en partie — libéré.

“— Je suis heureux pour toi. Je vais y aller maintenant. Peut-être qu’on se reverra un jour, qui sait ?”, mais je sentis qu’il n’y croyait pas. Je me dis qu’il allait probablement coucher à l’hôtel ou ailleurs et prétendre en rentrant demain chez lui qu’il était en déplacement professionnel (un samedi ?), ou bien chez un ami complice.

Quoi qu’il en fût, je me retrouvai seul à nouveau. Satisfait, mais il ne restait plus aucun invité et la salle était vide. Je me demandai si j’avais été vu ainsi, dépassant largement le rôle qui m’avait été assigné, quoique… j’étais ici pour contenter les participants et si c’était là ce qu’il voulait, ne devais-je pas m’exécuter ? Je contemplai la ligne quasiment droite que j’avais tracée devant moi et qui accrochait la lumière de l’angle où je me trouvais, mais je me dis que compte tenu des autres fluides et morceaux de nourriture qui maculaient le carrelage, celle-ci passerait inaperçue.

Après quelque temps, je vis Félix qui s’approchait de moi. Loin de me houspiller comme je le craignis d’abord, il me libéra de ma cage et me dit :

“— C’est bon, c’est fini. Mark voulait que tu restes dans la cage mais je trouve que ce n’est pas fair. Va te coucher pour dormir un peu, et je te conseille de partir à la première heure.”

Comme je ne me faisais pas prier et que je me dirigeais rapidement vers la chambre qui nous avait été accordée, à Lolo et à moi, la plante des pieds collante, il rajouta :

“— Ah au fait, tu as été au top. Je t’aurais bien repris pour une prochaine fois, mais je crains que ça ne soit pas possible.”

Sans comprendre exactement pourquoi, je goûtai toutefois au compliment qui prenait d’autant plus de valeur dans la bouche de ce grand taciturne. Arrivé dans la chambre, je constatai que Lolo ne s’y trouvait point. Je commençai à préparer mes affaires pour partir demain, car en effet le dernier conseil que je venais de recevoir me convenait tout-à-fait. Je n’avais qu’un petit sac à dos, je vérifiai donc que tout y était : portefeuille, clefs de mon domicile, smartphone et montre, et je résolus d’y ranger mes vêtements au petit matin avant de décamper. Je me dis même que je rentrerai probablement directement chez moi car j’en avais assez vécu pour un week-end.

Je me sentais sale. Souillé, plus exactement. Physiquement, extérieur comme intérieur, mais aussi psychologiquement, car on a beau aimer la domination, certains épisodes m’avaient parus malsains. Et pourquoi Mark avait-il voulu que je restasse encagé ?

Je résolus de prendre un bain, bien qu’il fût cinq heures du matin. Pas trop chaud pour ne pas agresser mon séant, mais d’une tiédeur agréable qui relaxa ainsi tous mes muscles où qu’ils se rappelassent à mon corps et rendit un peu de souplesse et d’élasticité aux endroits qui le désiraient. J’y restai assez longtemps, afin de décompresser et de vider ma tête.

L’esprit désormais serein, je me couchai sur le lit et m’endormis presque immédiatement.


Week-end à hommes

Couverture du blog "Week-end à hommes"

Récit érotique gay en douze chapitres, paru en janvier et février 2026.

Le texte de ce blog est publié sous la licence “Attribution – Utilisation non commerciale – Partage dans les mêmes conditions 4.0 International” CC BY-NC-SA 4.0

#sexe #homosexuel #gay #homo #érotisme #homosexualité #bdsm #nsfw #gaynsfw