Chapitre VIII — Je suis de la partie

Homme nu avec "vide-couilles" marqué sur le dos.

Nous nous présentâmes à nouveau à Mark, propres comme des sous neufs, et j’étais content de pouvoir participer à la partie promise. Il me ramena à ma place :

“— C’est bien, on est un peu en retard mais les invités arrivent à peine. N’oubliez pas, vous n’en faites pas partie, vous êtes ici pour assurer le service.”

Je me dis que nous apporterions entièrement nus boissons et autres délicatesses aux invités, mais Mark crut bon de préciser :

“— Et donc, si un invité veut quelque chose, n’importe quoi, vous vous prêtez. Certains viennent ici juste pour mater mais ils ont besoin de s’épancher ; certains ont besoin qu’on les aide, d’autres viennent juste pour se vider, d’autres encore veulent qu’on les nettoie après, alors vous êtes là pour ça. C’est parfois plus facile pour eux d’utiliser un anonyme que de s’immiscer dans un groupe.”

Ce n’était pas tout-à-fait le rôle que j’avais escompté. Après nous avoir expliqué que nous devions rester visibles et à disposition tout le temps, il entreprit de nous préparer à la tâche. Il nous fixa d’abord à chacun une cage de chasteté métallique, avec un petit cadenas. Ce n’était pas mon équipement préféré, mais celui-ci semblait bien ajusté et empêcherait tout usage détourné de notre anatomie ; le cadenas qui cliquetait en marchant nous rappellerait notre impuissance forcée, s’il en était besoin.

Car finalement notre mission avait clairement été affichée dans le programme, et pour ôter tout doute, il donna à Lolo un marqueur noir et lui commanda d’écrire sur ma peau, d’abord sur le dos, puis sur le torse, les mots que j’inscrivis ensuite réciproquement sur lui : “vide-couilles” devant et derrière, avec côté face une flèche pointant vers mon cou, et côté pile pointant au bas de mon dos.

Nous étions ainsi clairement identifiés, de façon un peu humiliante, mais nous faisions partie du personnel, enfin d’une certaine catégorie de personnel. Pour finir, il nous couvrit la tête d’une cagoule noire en tissu mais qui laissait yeux et bouche (surtout) à découvert, nous rappelant qu’il s’agissait d’une réception masquée.

Ainsi affublés, il nous amena dans la grande salle, qui avait été réaménagée pour l’occasion : de nouveaux canapés avaient été installés ainsi que des boules lumineuses façon disco et des baffles dans la véranda préfigurant l’ambiance sonore. Notre arrivée ne fit aucun effet, tandis que nous entrions et que nous nous répartîmes de gauche et de droite, au milieu des premiers invités qui étaient déjà nombreux.

Tous étaient masqués, selon des choix personnels : des cagoules en cuir ou en latex, des masques puppy, et beaucoup de loups de formes et de couleurs diverses. Mais pour le corps, les tenues les plus variées étaient portées : harnais en cuir, jockstraps, thongs et tangas, culottes en cuir ouvertes derrière voire devant pour certaines, et même des anneaux péniens laissant leur organe à l’air pour les plus audacieux ou les plus pressés.

Enfin, nous n’étions plus les seuls passifs ni au centre de l’attraction, et tout se mélangeait dans cette partie qui promettait d’être torride ! D’aucuns étaient venus en couple ou bien se connaissaient, d’autres semblaient découvrir ou chercher le corps frère du regard, et le coup d’envoi ayant été donné, l’alcool le disputa au poppers pour débrider les timidités. Plusieurs grands récipients en étaient disposés un peu partout à disposition, où se mélangeaient également Swiss Navy et préservatifs.

Les travaux d’approche et flirts n’étaient pas sans rappeler certains bars de cruising où j’étais allé, à la différence que dans cette réception privée, la backroom était à la vue de tous. Cela pouvait dans un premier temps en rebuter certains, mais aussi donner de l’assurance à d’autres. Je me promenais dans cette harde de chair au son électro qui était diffusé, touchant des corps pour me frayer un chemin, récoltant parfois une main aux fesses en retour.

Je trouvais amusant de décrypter les personnalités, de reconnaître les habitués des nouveaux, de séparer les timorés de ceux-qui-osent-tout, de deviner si untel est notable ou tel autre touriste. Les corps se dénudaient avec l’heure qui avançait, et les contacts charnels étaient de plus en plus fréquents et ciblés. Je dus plusieurs fois envelopper de ma main un organe turgescent sur l’instigation encore discrète de son propriétaire, mais cela n’allait pas — encore — plus loin.

Il faisait chaud avec la foule et je trouvai l’ambiance moite et bruyante assez peu agréable, ponctuée d’odeurs animales et variées dont certaines pouvaient paraître excitantes mais d’autres me rebutaient. Je transpirais et je voyais aux reflets sur les corps que je n’étais pas le seul, mais la cagoule rendait la chose à la limite du supportable et j’étais tenté de l’ôter même si je n’osais franchir le pas.

Comme l’heure avançait, les corps se débridaient et les bouches faisaient plus que de prononcer des paroles, s’attardant ça et là sur une jumelle ou bien un téton affleurant. Les mains enlaçaient, les torses se collaient, les jambes se croisaient et les désirs croissaient.

Un premier couple avait commencé sur le canapé en cuir que je connaissais bien. Il avait été rapidement rejoint par un troisième larron, puis un quatrième, et c’était une masse informe à huit bras qui se trémoussait et fusionnait là, devant tous. D’autres couples se trouvèrent émoustillés à la vue de ce poulpe et commencèrent à s’attoucher et chercher un autre meuble où ils pourraient s’affairer plus confortablement.

Je goûtais visuellement ce spectacle, me sachant privé d’y participer, et si j’avais encore un doute, ma cage se rappelait à mon membre quand celui-ci faisait mine de vouloir s’exprimer. Un des participants se trouvait à côté de moi et n’avait pas cette contrainte, aussi était il sans vergogne en train de se travailler dans un mouvement oscillant de poignet. Remarquant ma présence et après lecture de ma fonction, il lâcha son organe et me fit signe de la main de venir.

Sa raideur exacerbée par un cockring, je pensai bien faire en commençant à me pencher face à lui, mais il me reprit :

“— Non, ce côté je le connais déjà, je veux tester l’autre.”

Probablement un participant du glory-hole, même si j’avoue ne pas l’avoir reconnu bien que j’eusse donc déjà vu ce membre de très près ? Quoiqu’il en fût, je me retournai et me penchai encore un peu plus, en me demandant si le mot “tester” était bien approprié et ce que nous ferions si celui-ci n’était pas concluant.

Après une application rapide de lubrifiant, deux mains saisirent mes hanches et m’attirèrent en arrière, sur un corps contondant qui glissa vers le haut entre mes hémisphères. Une main se repositionna, et un second coup visa plus juste avec son aide, et revint ensuite sur ma hanche après que sa virilité fut en moi et assurée de ne plus en sortir. L’entrée avait été facile, vu les exercices que j’avais pratiqués depuis vingt-quatre heures !

Les mouvements de ses hanches se faisaient plus amples tandis que ses mains oscillaient en phase et qu’au bout de cinq minutes, il lâcha enfin avec un grand râle et une chaleur familière qui m’avait empli l’intérieur. Il n’eut guère le temps d’épiloguer, alors qu’un autre invité qui nous avait observé le poussa quasiment dès qu’il se fût retiré et prit sa suite en moi sans autre forme de procès, entrant directement grâce à la lubrification naturelle que je venais de recevoir.

Je sentais toutefois la différence, car cet organe était plus épais, plus court probablement mais son diamètre veineux était ce que je préférais. Il lui fallut à peu près le même temps pour se libérer, mais il resta quelque instants encore jusqu’à ce que ses pulsations cessassent et qu’il dût se retirer par défaut de combativité. Il me tapa sur les fesses en partant et me lança un “merci”, à quoi je répliquai stupidement mais par réflexe “de rien.”

Je me dis que j’avais enfin commencé mon service et bien que n’étant pas rétribué à la tâche — pas du tout d’ailleurs — je cherchai du regard Lolo, sans succès. En continuant à me promener dans la pièce, je me demandai si je devais m’absenter un instant car je sentais que mon bas allait probablement bientôt laisser échapper du fluide que je venais de recevoir, dans l’état élargi où il se trouvait. Je n’eus pas le temps de conclure, car le poulpe venait de se disloquer dans un cri déchirant, et sa tête m’appelait.

“— Viens nettoyer”, m’intima-t-elle en me désignant une de ses victimes qu’elle avait foudroyée de son encre translucide et dont les stigmates couvraient le ventre et le torse.

Je m’exécutai, venant lécher avec application le précieux liquide en m’accroupissant au-dessus de la victime. Cette position fut fatale à mon sphincter dont l’élasticité avait été éprouvée et la gravité fit son office, de sorte que la semence reçue de mes deux partenaires précédents — si je puis les appeler ainsi — se mit à couler visiblement. Ceci n’échappa pas à plusieurs membres du groupe qui s’était formé, attiré précédemment par le cri de la pieuvre.

Une sorte de mouvement de foule se produisit alors que ses membres s’exclamèrent, probablement abrutis par les substances et l’ambiance électrique qui régnait :

“— Eh, le vide-couilles perd son jus, faut le re-remplir.”

Je fus saisi par les bras et amené vers une banquette proche qui était encore miraculeusement libre, on me posa sur le dos sur son assise, et un individu complètement nu si ce n’était son masque m’enfourcha et se posta au niveau de mon visage, les jambes de chaque côté du meuble sans dossier. Il me souleva ensuite les jambes et se cambrant en arrière, me présenta sa raie sous le nez.

“— Vas-y, lèche. Et vous les gars, bouchez la fuite.”

Le premier ne se fit pas prier, et colmata mon arrière, profitant au passage du lubrifiant existant, et il ne lui fallut pas longtemps pour enrichir sa quantité tandis que ma langue travaillait tant bien que mal le sillon de celui qui s’était arrogé ma domination. Un suivant, puis encore un autre se succédèrent, puis je ne comptai plus devant ces assauts répétés, me sentant désormais engourdi par ce côté. De l’autre, il me fallait écarter les hémisphères qui me surplombaient afin que mon nez trouvât sa respiration, ce qui donnait plus de surface encore à ma langue pour travailler, et j’espérais que son propriétaire ferait bientôt bon usage de la lubrification que je lui apportais ainsi.

J’avais l’impression de dépasser le rôle qui m’était dévolu. J’étais censé “aider”, mais pas être au cœur de l’attention. Je n’avais pourtant rien provoqué de particulier, le simple fait d’être là au moment propice avait créé ce qui ressemblait à un débordement. Et c’était à prendre au sens littéral, car ma contenance était dépassée, ou bien ma position mal ajustée, ou bien ma vanne devenue temporairement déficiente, mais il s’écoulait désormais un liquide généreux presque continûment, alors qu’il était sans cesse renouvelé par un autre invité.

En effet je ne me trompais pas, car Mark arriva et dispersa la foule autour de moi. Comme il ne pouvait pas sévir vis-à-vis de ses hôtes, ou en tous cas qu’il ne le voulait pas, c’est sur moi qu’il tourna sa réprobation.

“— Allez la lope, c’est bon, on va te calmer un peu.”

Il me leva et me prit alors par le bras, tout dégoulinant que j’étais encore, et m’emmena dans un coin de la pièce où était montée une cage que je n’avais pas encore avisée. C’était un objet probablement démontable, avec des barreaux mais un grand trou au niveau de la ceinture, et une surface au sol étroite de sorte qu’elle forçait à rester debout. Il m’y enferma, puis s’adressant au public :

“— Il garde sa fonction de vide-bourses mais il faudra venir ici”, en désignant le trou de gloire dont la fonction était pourtant évidente.

Je trouvai cela profondément injuste, mais cela aurait au moins l’avantage de me protéger et surtout de permettre à mon séant de retrouver son élasticité momentanément abandonnée. Je me sentais ouvert à tous les courants d’air, probablement encore pulsant de ce que je venais de subir, et je crois que j’avais défini une manière alternative de retrouver le chemin de la cage à la banquette sans avoir besoin des cailloux du Petit Poucet.

Cela avait aussi jeté un froid à mon égard, et bien que je reçusse deux ou trois “clients” que je travaillai alors à travers le glory-hole de la cage, étanchant au passage ma soif, la plupart des invités se désintéressèrent de moi et retournèrent à leurs ébats, leur voyeurisme ou onanisme, selon.

Il était probablement deux heures du matin et certains invités nous quittaient déjà. J’étais obligé de rester debout et je commençais à fatiguer. Et j’avais faim, de nourriture solide s’entendait.

M’avait-on oublié ?


Week-end à hommes

Couverture du blog "Week-end à hommes"

Récit érotique gay en douze chapitres, paru en janvier et février 2026.

Le texte de ce blog est publié sous la licence “Attribution – Utilisation non commerciale – Partage dans les mêmes conditions 4.0 International” CC BY-NC-SA 4.0

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