Chapitre XII — Exposé

Après un certain temps encore, je commençai à me préoccuper du retour. Il ne devait pas être si tôt et je travaillais le lendemain, aussi tirai-je mon smartphone de mon sac à dos. Il affichait un vaillant trente-pour-cent, ce qui devrait être suffisant, mais surtout un tardif dix-sept heures, ce qui n’était pas étonnant vu l’activité intense pratiquée depuis mon lever post méridien.
Tapotant sur l’écran tactile, j’avisai rapidement que ma gare de départ la plus proche se situait au Grau-du-Roi, et que je devais donc retourner là-bas, ayant une heure et demie environ pour le faire ; c’était suffisant, mais sans grande marge. Puis deux correspondances via Nîmes et Lyon pour enfin être rendu à mon domicile, probablement aux alentours de vingt-trois heures. Surtout, les correspondances étaient courtes, onze minutes à Nîmes puis vingt-trois minutes pour attraper le TGV, mais cela devrait suffire.
Armé de ce savoir, je résolus de réserver mes billets, ce qui fut rapidement fait, et je m’accordai même la première classe. Puis je me mis en route, il me fallait marcher les sept kilomètres qui me séparaient du bâtiment ferroviaire, donc sans traîner.
Je commençai à trotter dans le plus simple appareil où m’avait laissé mon groupe et qui seyait parfaitement au côté nudiste de la plage, et j’ignorai les quelques regards parfois invitants de certains beaux hommes, cherchant sans doute à m’attirer dans les dunes pour me présenter leurs secrets. J’étais à la vérité repu de sexe, ce qui ne m’arrivait pas souvent mais je dois dire que ce week-end fut particulièrement riche de ce côté. Aussi et peut-être surtout, je n’avais plus guère le temps de folâtrer, car si je ratais mon train il me serait difficile d’arriver chez moi ce soir.
J’avais dépassé le secteur naturiste et j’étais en territoire textile, mais je m’accordai encore un peu la caresse du vent marin sur l’ensemble de mon corps. Bientôt, je bifurquerai sur l’asphalte et devrai me revêtir, car si j’avais fait le chemin à l’aller nu et tenu en laisse, cette fois-ci je n’avais plus de maître qui aurait pu détourner l’attention ou expliquer qu’il ne s’agissait que d’un jeu. Désormais, cela ressemblerait plus à de l’exhibition.
Je jugeai que le moment était venu, et puisant dans mon sac à dos, ma main incrédule n’y trouva pas ce qu’elle cherchait. Elle recommença sans plus de succès, et mes yeux l’aidèrent alors à comprendre la situation. Si dans la poche avant tout ce qui était essentiel y était bel et bien, mon smartphone comme je l’ai dit, ma montre, mon portefeuille et mes clefs, en revanche la poche principale respirait le vide.
Mais oui ! Je n’y avais pas mis mes vêtements hier soir pensant le faire ce matin, et les événements s’étaient enchaînés de sorte que Mark avait dû saisir mon sac tel quel, semblant rangé et les omettant donc — ou bien plus perfide encore, le réalisant très bien mais me faisant un dernier coup façon Albion. Ainsi, mon short, mon tee-shirt et mes sandales manquaient à l’appel, seuls se trouvaient les objets qui n’avaient jamais quitté mon sac : un plug et un thong tous deux métalliques.
Je me posai pour réfléchir : j’étais donc pieds-nus, sans rien à me mettre en haut et tout au plus mon thong pour le bas. J’écartai l’idée du plug car il ne correspondait pas vraiment à une solution à mon problème, et à dire vrai, après tout ce que j’avais vécu ces trois jours, je doutai même qu’il tînt en place. Nous étions dimanche soir, et même si par miracle je trouvais encore des magasins ouverts, je n’avais guère de temps devant moi. Quant à retourner chez Mark et Félix, il n’en était pas question, et je préférais racheter plus tard de nouveaux atours plutôt que d’avoir encore affaire à eux.
Je résolus donc de tenter l’aventure. Je revêtis ainsi mon thong, qui était conçu en anneaux métalliques entrelacés à la manière d’une cotte de maille, ayant l’apparence par devant d’un sachet contenant mes parties, et à l’arrière une simple chaîne métallique épousant mon sillon comme le ferait un string, le tout étant maintenu à la taille par une autre fine chaînette. Inutile de dire que l’on pouvait deviner ce qu’il renfermait par le manque d’opacité de la structure, et qu’il laissait ma toison saillir généreusement devant. Je terminai en enfilant mon sac à dos de sorte que ses bretelles couvrissent mes tétons, masquant ainsi une des parties de mon anatomie qui auraient pu accentuer ma quasi-nudité.
Je repartis alors, d’un pas résolu afin d’une part que les regards des passants n’eussent pas le temps de me regarder en détails, d’autre part car le temps pressait. Le chemin de sable, l’asphalte du trottoir, tout cela paraissait encore naturel si près de la plage, et j’éveillai simplement quelques coups d’œil en coin. Quand je passai derrière le port, les regards étaient plus insistants, et à la vérité j’avais un côté exhibitionniste et j’aimais que l’on me regardât, probablement même que le petit danger que je ressentis ajoutait à mon excitation. Je voulais surtout éviter les autorités, qui selon moi étaient seules susceptibles de me causer du désagrément et de m’arrêter dans ma course, ce qui eût été fâcheux car j’aurais alors la certitude de rater mon train.
Cela n’arriva point et enfin arrivé à ma gare de départ, je me fis tout petit dans un coin du quai avant de monter à bord du TER. Celui-ci était presque bondé, aussi restai-je debout et autant à l’écart que possible. Dos à la cloison, je déplaçai mon sac sur le ventre en essayant de masquer mon bas également, ce que je parvins assez bien à faire. Arrivé en gare de Nîmes, donc loin de toute activité balnéaire, ma tenue allait bien plus détonner et le risque augmenter.
Il fallait prendre un nouveau train pour rejoindre la gare TGV, et je marchai aussi vite que possible en scrutant tout particulièrement la présence de contrôleurs ou autres forces de l’ordre, que je pus éviter d’autant plus facilement qu’ils étaient peu nombreux. Certains badauds me regardaient passer en coup de vent, je pense qu’ils remarquaient essentiellement ma nudité pédestre, et avant qu’ils pussent remonter les yeux au-dessus de mes cuisses, j’étais déjà passé.
Enfin arrivé en gare TGV, il me fallut ruser et jouer des mains et des piliers pour patienter, masqué autant que je le pus, les vingt minutes d’attente sur le quai, le train arrivant d’une autre gare avant de repartir aussitôt. Ce fut en montant que je me découvris le plus, cherchant la place solo que j’avais réussi à réserver, sous le regard réprobateur des passagers qui me voyaient passer à leur niveau et remarquant très bien mon accoutrement, ou plutôt son défaut.
Le problème de la première classe, c’est que certains clients estiment qu’il s’agit d’un secteur privilégié, réservé au bon milieu, et accueillent mal tout intrus du peuple qui paraît venir d’un monde qui n’est pas le leur. Mais j’avais choisi ce compartiment car il offrait des places seules, et bien que je ne susse pas encore en réservant que cela m’éviterait un voisin scrutateur voire délateur, j’avais déjà bien en tête le fait d’éviter un vis-à-vis désagréable ou, pire encore, qui ferait la conversation.
Personne ne fit de remarque toutefois, et je m’installai à ma place en me disant que le tour était joué. En effet, j’abattis ma tablette ce qui masqua mes jambes aux regards, je mis mon sac dessus ce qui me permit de cacher mon torse, je dirigeai mes pieds vers la cloison et je résolus de ne plus bouger jusqu’à notre arrivée. Je savais bien que mon voisin sur l’autre rive du couloir et toute personne passant à côté verrait à quel point j’étais peu couvert, mais j’étais rassuré et je me préparai mentalement à contester toute tentative de me faire descendre en exigeant de voir l’alinéa du règlement qui l’aurait motivé.
Je revécus ce week-end de trois jours mentalement, et comment mes relations avaient évolué au fil de son déroulé : une visite à l’exposition d’art tout d’abord, innocente, mais pas vraiment ? J’avais un peu racolé en m’habillant si court — bien que cela ne fût rien au regard de mon dénudé actuel — et si j’avais suivi cet inconnu qui s’appelait Mark, c’était bien dans l’espoir d’une relation sexuelle avec lui. Et je ne fus pas déçu, car son copain l’avait admirablement secondé et tous deux m’avaient comblé, littéralement. Mais je me demandai maintenant si cela n’avait pas constitué de leur part un test pour ce qui allait suivre ?
Puis la partie fine, où j’avais subi sévices et humiliations qui avec le recul, m’excitaient à y repenser. Se laisser manger, dominer, boire à la fontaine de gloire, et c’était probablement là que les choses s’étaient gâtées, car mon compagnon d’infortune s’était peut-être trouvé piqué de ne plus avoir l’exclusivité de l’attention. Et pourtant il semblait qu’il vînt d’ordinaire avec un autre, mais peut-être ce dernier était-il relégué dans un rôle secondaire ?
La partouze m’avait marqué par le spectacle de débauche qu’elle avait déroulé, dans la plus pure continuité des séquences précédentes, donnant un aperçu de la nature humaine et de ce qu’elle produit de mauvais quand elle ne sait s’occuper ou n’a pas d’autre objet contre lequel exercer sa cruauté. Une forme de jeux du cirque, me dis-je, sous une forme moderne et débridée, et réservée à une certaine partie de la société.
Mark s’était montré méchant et plus encore le lendemain en me corrigeant, alors que je n’avais rien fait que d’essayer de jouer mon rôle du mieux possible. Je pensai qu’il avait construit une relation malsaine avec son dominé et qu’il avait mal vécu le fait que je m’interposasse, bien malgré moi, entre eux. Car si Lolo avait disparu, vraisemblablement avant la fin de la nuit, c’est qu’il avait probablement voulu marquer son mécontentement, comme je l’ai dit plus haut. De ce point de vue, Félix semblait plus équilibré, ne dépendant pas d’une relation de dominance émotive et pratiquant, semblait-il, le sexe comme simple plaisir.
Pendant que je revivais mentalement mon meilleur moment du week-end avec le groupe d’amis de quelques heures dont j’avais à présent oublié les prénoms, je fus interrompu dans ma réflexion par le contrôleur. Celui-ci me regarda d’un drôle d’air et je me préparai à argumenter et à expliquer en quoi ma tenue ne pouvait constituer motif à amende, ou pire encore, à débarquement, mais il se contenta de scanner mon QR-code et passa son chemin, le regard insistant entre ma hanche et ma cuisse, et se demandant probablement comment un tel hurluberlu pouvait avoir un billet valable en première mais ne voulant pas causer de problèmes un dimanche soir.
Je retournai dans mes pensées en imaginant les collègues dialoguant au café le lendemain matin :
“— Alors, ce week-end de trois jours ?
— Oh, je n’ai pas fait grand chose, un tour à la mer.
— Pas d’autre activité particulière ? Un peu de sport ?
— Moi, tu sais, le sport…”
Je ne disais pas grand chose, j’étais assez intérieur et bien malin qui pouvait suspecter que sous mon air discret, sobre et apparemment sérieux, je pratiquais un sport particulier chaque fois que l’occasion s’en présentait.
Je grelottais littéralement avec la climatisation du train qui m’avait saisi dès ma montée à bord, heureusement que le trajet ne durait guère plus d’une heure. Terminant le cheminement de mes pensées, je me pris à compter mentalement et dénombrai environ vingt-cinq fellations et plus de trente sodomies, s’agissant de personnes distinctes car certaines y étaient revenues plusieurs fois. Sur trois jours, cela me parut une bonne moyenne, en fait probablement un record pour moi, et j’en fus très content.
Nous arrivions à La Part-Dieu et il me fallut descendre. J’attendis un peu le dernier moment, et après un escalier je me retrouvai dans le souterrain sombre que je détestais, content toutefois de ne plus être exposé à la climatisation. J’allai vivement à ma dernière étape, et curieusement, bien que je ne fusse toujours vêtu que de mon thong et de mon sac à dos, je captais moins de regards dans la cohue des gens pressés qui déambulaient rapidement dans la luminosité faiblarde. C’étaient encore mes pieds nus qui retenaient l’essentiel de l’attention de ceux qui se retournaient, et j’en souris intérieurement, me disant que d’autres pays étaient bien plus ouverts sur ce point.
Je fus heureux d’arriver enfin chez moi ; ainsi que d’avoir réussi à parcourir plus de trois cents kilomètres en transport public, vêtu seulement d’un string métallique !
Le lendemain se déroula à peu près comme je l’avais prévu, mais la conversation du café prit un tour un peu différent :
“— Ah tiens hier soir j’étais à Lyon et j’ai vu un mec quasi à poil en gare. Il est passé vite mais tout le monde se retournait sur lui. D’ailleurs il te ressemblait un peu, André.
— Cherche pas, c’était moi. D’ailleurs je me balade souvent à poil le soir en ville, tu sais bien.”
De gros rires incrédules ponctuèrent ma répartie, tellement elle était éloignée de l’image mentale qu’avaient de moi mes collègues. Moi, une bête de sexe exhibitionniste ?
Je ne suis pas celle que vous croyez !
Week-end à hommes

Récit érotique gay en douze chapitres, paru en janvier et février 2026.
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