François d'Assise, un avant-goût de la Réforme
Hier, j’achevais la lecture d’une biographie sur le Poverello d’Assise, François. Une figure marquante du christianisme si pas la plus importante figure évangélique depuis le Christ lui-même.
Ce livre avait été écrit à l’occasion des 800 ans de la naissance de François d’Assise en 1982 (et réédité à ce que je vois en 2010). Rédigée par le Frère Eloi Leclerc, lui même membre de la famille franciscaine.
L’intérêt de cette biographie, c’est qu’elle ne se contente pas de raconter la vie extraordinaire de François mais elle est resituée dans le contexte politique et économique de l’époque (début du XIIIe siècle).
C’est à cette époque que les villes s’émancipent et deviennent libre et où les marchands s’associent et deviennent indépendants du seigneur et s’organisent en communes. C’est une changement fondamental car c’est la naissance de l’économie de marché. Malheureusement, comme souvent dans l’histoire de l’humanité d’ailleurs, la bonne idée devient vite problématique. Si la fraternité et l’égalité sont les piliers de base de la nouvelle organisation sociétale, très vite l’argent va corrompre cette idée géniale. Très vite, de nouvelles inégalités vont apparaître et des rapports de force entre frères vont réapparaître.
François, qui est issu d’une famille de marchands prospères vit une vie en rapport avec sa classe sociale : croisades, guerres, vie légère, … Il aspire aux honneurs chevaleresques, typique mais une captivité, la maladie et la santé fragile qui en découle par la suite, l’éloignent peu à peu de l’idéal chevaleresque et un retournement va se produire. L’Évangile, la bonne nouvelle, va le frapper en plein cœur et va contribuer à une des aventures les plus extraordinaire de la Chrétienté depuis la venue de Jésus, n’ayons pas peur de le dire!
Ainsi, il va se dépouiller, au sens propre et figuré jusqu’à vivre dans la pauvreté totale et animé seulement par la Bonne nouvelle. Il se met à rêver d’une société vraiment fraternelle et égalitaire dans le dépouillement le plus total. Ne rien posséder est le seul moyen d’assurer cette fraternité et cet égalité entre les humains. En cela, il est très critique envers l’institution ecclésiale et les monastères qui ont des richesses sans nombre, des territoires immenses pour les monastères et qui reproduisent le système féodal. Sans parler du pouvoir temporel que Rome s’est arrogée (grâce à la complicité (involontaire?) de Constantin, l’empereur romain du IVe siècle qui instaura le christianisme comme religion d’état au sein de l’empire en déclin, une occasion que la encore jeune église chrétienne saisit pour instaurer et augmenter son pouvoir temporel et par là même dévoyer totalement l’enseignement de Jésus.
Ainsi, l’idéal chrétien des débuts, à savoir tolérance, amour du prochain et fraternité ne sont plus que de lointains souvenirs…
Très vite, l’ordre des frères mineurs voit affluer des hommes et des femmes qui veulent vivre cette simplicité évangélique. Une des plus connue sera sœur Claire qui sera la version féminine de François.
Avec ces idées révolutionnaires mais qui s’inscrivent dans les changements sociétaux de l’époque, François peut être perçu comme le premier qui a voulu réformer l’église.
Il est aussi un pionnier des rencontres œcuméniques puisqu’il rencontrera en Terre Sainte le Sultan qui régnait à l’époque.
Mais profitant de ce voyage de François au Proche-Orient, le Pape tentera de prendre le contrôle de l’ordre et à son retour, François se devra d’écrire une règle monastique. Cela l’attriste beaucoup car il voit son idéal initial dévoyé…
La règle devra être réécrite à deux reprises et petit à petit l’ordre franciscain va échapper à son fondateur. Son idéal de vie nomade afin de proclamer la Bonne nouvelle et vivre du travail le plus insignifiant ou carrément de la mendicité se transformera en une fraternité sédentaire occupant des monastères.
François, dont la santé est fragile, sera malheureux mais un dernier événement majeur dans sa vie va se produire, lors d’une retraite dans la montagne, un ange lui apparaître et le marquera des stigmates du Christ (réalité ou légende, chacun se fera son opinion). Cela le transformera définitivement, le Christ vit en lui d’une manière lumineuse et il rédigera ses plus beaux cantique dont le cantique des créatures :
“ Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière: il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles: dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l'air et pour les nuages, pour l'azur calme et tous les temps: grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau qui est très utile et très humble précieuse et chaste.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu par qui tu éclaires la nuit: il est beau et joyeux,indomptable et fort.
Loué sois-tu, mon Seigneur,pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi; qui supportent épreuves et maladies: Heureux s'ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper.”
La dernière strophe sera ajoutée peu avant sa mort. Et quelle strophe!
Terminons par une anecdote : c’est à François que l’ont doit la crèche telle que nous la connaissons avec l’âne et le bœuf. En effet, il avait voulu faire une crèche vivante pour les petites gens et tous ses frères en humanité, qu’il avait installée dans une grotte. Il voulait rendre le Christ vivant et palpable à tous.
Grande figure du Christianisme, François est un exemple inspirant encore aujourd’hui et même pour le chrétien réformé que je suis car son idéal de foi dépouillée et ou l’Évangile est au cœur correspond assez bien à un certain idéal protestant.
Ce sera Luther et puis Calvin qui seront les artisans du schisme et de cette réforme visant à replacer Dieu, Christ et la foi au centre de la vie du chrétien quelques trois siècles plus tard. Et sans trop en dévoiler, vous imaginer que les deux grandes figures du protestantisme avaient les mêmes griefs (et plus encore) que François à l’égard de l’institution que d’aucun estimait totalement dévoyée. Nous aurons l’occasion d’y revenir ultérieurement.
Cet article est à la fois un résumé du livre et une réflexion personnelle sur ce personnage hors du commun.
En 2026, on célèbre le 800ème anniversaire de sa mort et c’est par pure coïncidence (à moins que?) que j’ai lu cette biographie.
Références
Le livre de Fr. Eloi Leclerc : Saint-François d’Assise, retour à l’Évangile édition 2010 paru chez Desclée-De Brouwer
Le récit de la vie de François d’Assise par Félix Timmermans (1887-1946), écrivain et peintre belge de la région anversoise sous le titre de La harpe de Saint-François est, personnellement, une des plus belles version que j’ai pu lire.
Et pour aller un peu plus loin dans la biographie, la page Wikipédia
Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.
Merci pour votre lecture.
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