Journal d'un libre-penseur chrétien

Histoires et réflexions sur la spiritualité

Hier, j’achevais la lecture d’une biographie sur le Poverello d’Assise, François. Une figure marquante du christianisme si pas la plus importante figure évangélique depuis le Christ lui-même.

Ce livre avait été écrit à l’occasion des 800 ans de la naissance de François d’Assise en 1982 (et réédité à ce que je vois en 2010). Rédigée par le Frère Eloi Leclerc, lui même membre de la famille franciscaine.

L’intérêt de cette biographie, c’est qu’elle ne se contente pas de raconter la vie extraordinaire de François mais elle est resituée dans le contexte politique et économique de l’époque (début du XIIIe siècle).

C’est à cette époque que les villes s’émancipent et deviennent libre et où les marchands s’associent et deviennent indépendants du seigneur et s’organisent en communes. C’est une changement fondamental car c’est la naissance de l’économie de marché. Malheureusement, comme souvent dans l’histoire de l’humanité d’ailleurs, la bonne idée devient vite problématique. Si la fraternité et l’égalité sont les piliers de base de la nouvelle organisation sociétale, très vite l’argent va corrompre cette idée géniale. Très vite, de nouvelles inégalités vont apparaître et des rapports de force entre frères vont réapparaître.

François, qui est issu d’une famille de marchands prospères vit une vie en rapport avec sa classe sociale : croisades, guerres, vie légère, … Il aspire aux honneurs chevaleresques, typique mais une captivité, la maladie et la santé fragile qui en découle par la suite, l’éloignent peu à peu de l’idéal chevaleresque et un retournement va se produire. L’Évangile, la bonne nouvelle, va le frapper en plein cœur et va contribuer à une des aventures les plus extraordinaire de la Chrétienté depuis la venue de Jésus, n’ayons pas peur de le dire!

Ainsi, il va se dépouiller, au sens propre et figuré jusqu’à vivre dans la pauvreté totale et animé seulement par la Bonne nouvelle. Il se met à rêver d’une société vraiment fraternelle et égalitaire dans le dépouillement le plus total. Ne rien posséder est le seul moyen d’assurer cette fraternité et cet égalité entre les humains. En cela, il est très critique envers l’institution ecclésiale et les monastères qui ont des richesses sans nombre, des territoires immenses pour les monastères et qui reproduisent le système féodal. Sans parler du pouvoir temporel que Rome s’est arrogée (grâce à la complicité (involontaire?) de Constantin, l’empereur romain du IVe siècle qui instaura le christianisme comme religion d’état au sein de l’empire en déclin, une occasion que la encore jeune église chrétienne saisit pour instaurer et augmenter son pouvoir temporel et par là même dévoyer totalement l’enseignement de Jésus.

Ainsi, l’idéal chrétien des débuts, à savoir tolérance, amour du prochain et fraternité ne sont plus que de lointains souvenirs…

Très vite, l’ordre des frères mineurs voit affluer des hommes et des femmes qui veulent vivre cette simplicité évangélique. Une des plus connue sera sœur Claire qui sera la version féminine de François.

Avec ces idées révolutionnaires mais qui s’inscrivent dans les changements sociétaux de l’époque, François peut être perçu comme le premier qui a voulu réformer l’église.

Il est aussi un pionnier des rencontres œcuméniques puisqu’il rencontrera en Terre Sainte le Sultan qui régnait à l’époque.

Mais profitant de ce voyage de François au Proche-Orient, le Pape tentera de prendre le contrôle de l’ordre et à son retour, François se devra d’écrire une règle monastique. Cela l’attriste beaucoup car il voit son idéal initial dévoyé…

La règle devra être réécrite à deux reprises et petit à petit l’ordre franciscain va échapper à son fondateur. Son idéal de vie nomade afin de proclamer la Bonne nouvelle et vivre du travail le plus insignifiant ou carrément de la mendicité se transformera en une fraternité sédentaire occupant des monastères.

François, dont la santé est fragile, sera malheureux mais un dernier événement majeur dans sa vie va se produire, lors d’une retraite dans la montagne, un ange lui apparaître et le marquera des stigmates du Christ (réalité ou légende, chacun se fera son opinion). Cela le transformera définitivement, le Christ vit en lui d’une manière lumineuse et il rédigera ses plus beaux cantique dont le cantique des créatures :

“ Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière: il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles: dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l'air et pour les nuages, pour l'azur calme et tous les temps: grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau qui est très utile et très humble précieuse et chaste. 

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu par qui tu éclaires la nuit: il est beau et joyeux,indomptable et fort. 

Loué sois-tu, mon Seigneur,pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi; qui supportent épreuves et maladies: Heureux s'ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper.”

La dernière strophe sera ajoutée peu avant sa mort. Et quelle strophe!

Terminons par une anecdote : c’est à François que l’ont doit la crèche telle que nous la connaissons avec l’âne et le bœuf. En effet, il avait voulu faire une crèche vivante pour les petites gens et tous ses frères en humanité, qu’il avait installée dans une grotte. Il voulait rendre le Christ vivant et palpable à tous.

Grande figure du Christianisme, François est un exemple inspirant encore aujourd’hui et même pour le chrétien réformé que je suis car son idéal de foi dépouillée et ou l’Évangile est au cœur correspond assez bien à un certain idéal protestant.

Ce sera Luther et puis Calvin qui seront les artisans du schisme et de cette réforme visant à replacer Dieu, Christ et la foi au centre de la vie du chrétien quelques trois siècles plus tard. Et sans trop en dévoiler, vous imaginer que les deux grandes figures du protestantisme avaient les mêmes griefs (et plus encore) que François à l’égard de l’institution que d’aucun estimait totalement dévoyée. Nous aurons l’occasion d’y revenir ultérieurement.

Cet article est à la fois un résumé du livre et une réflexion personnelle sur ce personnage hors du commun.

En 2026, on célèbre le 800ème anniversaire de sa mort et c’est par pure coïncidence (à moins que?) que j’ai lu cette biographie.

Références

Le livre de Fr. Eloi Leclerc : Saint-François d’Assise, retour à l’Évangile édition 2010 paru chez Desclée-De Brouwer

Le récit de la vie de François d’Assise par Félix Timmermans (1887-1946), écrivain et peintre belge de la région anversoise sous le titre de La harpe de Saint-François est, personnellement, une des plus belles version que j’ai pu lire.

Et pour aller un peu plus loin dans la biographie, la page Wikipédia


Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.

Merci pour votre lecture.

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Vous n’y aurez peut-être pas prêté attention ou alors, au contraire, cela ne vous aura pas échappé mais en cette année 2026 le nouvel-an chinois, le début du carême et le début du ramadan commencent quasi simultanément.

La “faute” à la Lune

En effet, c’est l’astre de la nuit qui est à l’origine ce cette conjonction rare qui se produit, selon ce que j’ai entendu à la radio ce matin, qu’une fois tous les 160 ans seulement.

Si l’on parle bien de nouvel-an lunaire pour le nouvel-an chinois, c’est moins évident pour le christianisme et l’islam. Et pourtant, la lune et ses cycles de 29,5 jours joue un rôle dans la détermination du début du ramadan et pour ce qui est du carême, c’est indirectement qu’elle intervient.

L’islam se base sur un calendrier lunaire avec des mois de 29 ou 30 jours et l’année comporte donc 355 jours et non 365 comme dans notre calendrier grégorien (basé sur le cycle du soleil). Le ramadan, un mois de jeûne entre le lever et le coucher du soleil, qui est rompu après le coucher du soleil. Le début du ramadan coïncide environ tous les 33 ans selon un article de VRTNws.

Pour le carême, la date de début est intimement liée à la date de Pâques. Cette date de Pâques est fixée selon une règle qui a été établie au concile de Nicée en 325 de notre ère. C’est la première pleine-lune du printemps (donc le ou après le 21 mars) qui détermine la date de Pâques. A cette date il faut retirer 46 jours pour connaître la date du mercredi des cendres et donc du début du carême. Cette date de Pâques détermine aussi les dates de l’Ascension et de la Pentecôte qui interviennent 40 et 50 jours après Pâques (il y a là beaucoup de symbolique, nous aurons l’occasion d’y revenir).

A noter, pour être tout à fait complet, que la Pâque juive (Pessa’h) coïncide avec la fête chrétienne mais la comparaison s’arrête là. La Pâque juive est la fête de la sortie d’Egypte et la fin de l’esclavage. Après que Dieu a envoyé la dixième plaie sur l’Egypte, le peuple hébreux a pu enfin sortir d’Egypte sous la conduite de Moïse le 15 du mois de Nisan (voir : Exode 13, 17-22) . La fête dure sept jours et est une des trois fêtes de pèlerinage du Judaïsme et en 2026 elle a lieu du 2 au 9 avril. Ici aussi, le calendrier est différent du nôtre puisque basé à la fois sur la lune et sur le soleil. Les mois sont lunaires comme dans l’islam mais l’année comporte douze ou treize mois lunaires selon les années. Tous les trois ans environ, un mois supplémentaire est ajouté pour combler le décalage, selon le cycle métonique.

Et pour finir, un petit mot sur la Pâque chrétienne orthodoxe qui est fêtée une semaine plus tard, là, c’est le calendrier julien qui en est la “cause”. Lorsque dans nos régions, nous sommes passés du calendrier julien au calendrier grégorien (imposé par le Pape Grégoire XIII), nous sommes passés du 4 octobre au 15 octobre 1582 pour rattraper dix jours de décalage. Les chrétiens orthodoxes sont restés au calendrier julien ce qui explique le décalage des fêtes religieuses par rapport à nos régions.

En conclusion

On aura remarqué dans ce bref article que la lune joue un rôle important dans l’organisation des sociétés et leurs religions et que si notre modèle “occidental” de compter le temps s’est imposé, il n’est pas le seul.

Il n’est pas non plus étonnant que la lune soit aussi présente dans la mesure du temps. Dès les premiers âges humains, la lune servait de repère grâce à ses phases facilement observables. Il ne fallut pas longtemps aux premiers humains pour se rendre compte du cycle et noter les observations et remarquer que des événements naturels se produisaient à “date” fixe d’année en année et il est donc naturel que le premier calendrier fut lunaire.

On peut aussi se demander pourquoi on fête la nouvelle année le 1er janvier car il serait plus logique de la débuter en mars au moment du printemps. Par ailleurs, si l’on regarde de plus près, le mois de septembre signifie septième mois, octobre, huitième, et ainsi de suite…


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Dans cet article, nous allons aborder l'approche différente entre le carême catholique et le carême protestant.

Le carême qui provient du latin quadragesima, représente la période de quarante jours précédent Pâques.

Quarante est un chiffre hautement symbolique dans la bible : il rappelle les quarante jours du déluge, les quarante d'errance des hébreux dans le désert et les quarante jours de tentation de Jésus au désert.

Quarante jours, vraiment? Eh bien non, pas tout à fait, c’est plutôt 46 jours puisque le carême commence le mercredi des cendres et s’achève le samedi Saint. On peut s’étonner mais il m’avait été dit un jour que le dimanche n’était pas un jour de carême.

Différences entre carême catholique et carême protestant

Chez les catholiques, le carême débute avec le mercredi des cendres, une cérémonie durant laquelle les rameaux bénis de l’année précédente ont été brûlés et réduits en cendres, cendres qui seront appliquées sur le front du fidèle sous forme de croix avec les paroles: “tu es poussière et tu retourneras poussière” nous rappelant notre finitude. C’est le début d’un temps de pénitence où le jeûne occupe une place importante (même si cela évolue lentement). Il y a des jours de jeûne strict, c’est le cas du mercredi des cendres et du vendredi Saint (mais peu observés en dehors des communautés religieuses et encore…)

Chez les protestants, l’approche est différente et varie selon les communautés, c’est une des caractéristiques du protestantisme qui peut être incompréhensible pour les catholiques mais qui est logique dans la mesure où l’église réformée et luthérienne ne reconnaît pas l’autorité du Pape et n’a pas de hiérarchie où une personne déciderait ce qu’il faut faire et comment il faut le faire. De plus, les églises luthériennes et réformées rejettent toute idée de pénitence. De nouveau, cela peut paraître étrange mais est compréhensible dès que l’on a compris les fondamentaux de la réforme.

Ainsi, pour le protestant, l’humain n’est pas sauvé par les oeuvres ou la piété mais par la foi et la confiance en Dieu et par la grâce (gratuite de Dieu).

Le jeûne n’est pas obligatoire et pas uniquement alimentaire chez les protestants (une tendance qui s’observe aussi chez les catholiques où une plus grande liberté est laissée sur la notion de jeûne signalant une légère ouverture). Le carême est fait de temps de prière, et de dépouillement, de désencombrement de nos vies de ce qui nous éloigne de Dieu.

On peut aussi faire un parallèle avec les modes de régimes détox qui sont à la mode au sortir de l’hiver. Avec le temps, l’organisme s’encrasse et a besoin d’être purifié et quelle période est mieux appropriée que le printemps pour faire ce grand nettoyage? Le printemps, c’est le renouveau et il n’est certainement pas innocent que le carême s’invite à ce moment de l’année.

Ainsi, que l’on soit croyant ou pas, s’offrir un moment pour revenir à l’essentiel n’est certainement pas une mauvaise chose dans notre mode de sollicitations continuelles et ça ne peut être que bénéfique pour le corps et pour l’esprit.


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Dans la première partie, j’avais terminé sur cette rencontre “mystique” qui allait être le début d’une quête spirituelle, une quête d’absolu semée d’embûches, de doutes mais aussi de moments de grande joie.

Avent 2011

C’est samedi fin d’après-midi et veille du second dimanche de l’Avent. La dernière fois que j’ai assisté à la messe remonte à facilement vingt-cinq ans mais ce soir là, j’ai une envie irrépressible d’y assister.

J’y suis retourné la semaine suivante, et encore la suivante. Je ne communie pas à l’eucharistie car il faut être confirmé pour cela.

Ne pas communier dans le rite catholique romain, c’est un peu comme faire les choses à moitié, du moins, c’est comme cela que je voyais les choses à ce moment-là.

Je me renseigne auprès du prêtre après l’office : premier écueil; il me déclare: ”oh, vous méditez un peu l’évangile, on fait une petite cérémonie et c’est réglé”. Cela ne me convient pas. Je suis du genre à faire les choses proprement et à fond lorsque je m’engage dans quelque chose. Il paraît que c’est un des symptômes de l’autisme que de se plonger corps et âme dans une activité et d’accumuler autant de connaissances que possible. En 2011, on ne parle pas de l’autisme comme de nos jours.

Je me rends donc chez le doyen qui me propose une sorte de catéchisme avec deux paroissiens qui s’occupent d’adultes.

Ainsi, j’entame un parcours qui doit me préparer à ma première communion à Pâques et la confirmation à l’Ascension. Mon esprit curieux et critique ne seront pas de tout repos pour mes catéchistes. Il me parle de l’Évangile de Marc et moi je leur parle d’Ernest Renan. “Plus tard” me disent-ils, ils ne comprennent pas, à l’instar d’autres cette soif de comprendre.

Ernest Renan, vie de Jésus-Christ est un essai du philologue et historien breton publié en 1863 et qui fit scandale en France car il rejetait toute divinité de celui-ci. Avec le recul, je peux comprendre que cela a du interpeller mes catéchistes.

2012

Au mois de mars, je décide de faire une retraite en abbaye, la première d’une longue série et logiquement, c’est à Clervaux que je décide de la faire. Il règne à cet endroit une atmosphère assez unique. Si l’on vient de la gare, on a le choix, soit de monter à pied en passant par un chemin très escarpé mais très direct, soit passer par la ville et un chemin moins ardu ou alors prendre le bus jusqu’au village d’Eselborn. Quelque soit le chemin, petit à petit, on s’extrait du monde à fur et à mesure que l’on grimpe. On prend littéralement de la hauteur.

Je suis accueilli par le Père-Hôtelier qui me montre ma chambre et m’explique le fonctionnement et me demande si je souhaite un entretien avec un moine. Pourquoi pas? Je suis quand-même là pour réfléchir à ce que j’allais faire de ce qui m’arrivait. J’aurai, au fil du temps, plusieurs entretiens avec le Père responsable des novices. Devenir moine, moi? Je l’ai envisagé à un moment mais probablement pas pour les bonnes raisons. Il faut dire que cette vie basée sur des routines qui se répètent inlassablement est quelque chose de rassurant et j’aime bien ça, la routine, ça ne m’ennuie pas. En plus, il y a le chant grégorien. Bien beau tout cela mais pas suffisant… et puis, je n’ai pas envie de me couper du monde, il y a tant à faire au dehors…

De fil en aiguille, j’ai été confirmé à la fête de l’Ascension et faisait désormais partie de la famille catholique malgré des désaccords sur certains aspects. Néanmoins, ce furent deux cérémonie très épuisantes psychiquement et fortes en émotions. La chose qui m’a le plus embêté, ça a été la confession et je ne regrette pas d’avoir éludé la question car le secret de la confession est très aléatoire chez certains prêtres… J’ai des défauts comme tout le monde mais de là à aller m’accuser de faits ou de pensées me rebutait… et déjà le doute s’immisçait en moi sur la légitimité du prêtre comme intermédiaire entre Dieu et moi. A-t-il vraiment le pouvoir de pardonner les péchés?

Alors pourquoi le catholicisme? Sans doute parce que c’est la religion dominante dans le coin et surtout parce que je ne connaissais que très mal le protestantisme…

Ceci dit, continuons le chemin.

J’ai fait de nombreux séjours en abbaye et j’allais le plus souvent possible à la messe non pas pour faire montre d’une quelconque religiosité mais parce que c’était un moment privilégié dans la journée avant ou après le tumulte du boulot. Un moment de calme ou je ne pensais à rien d’autre que d’écouter ce que disait la Parole.

Devenir moine n’était pas une option, devenir prêtre alors? J’y ai aussi songé mais si il y a une chose que je déteste dans la vie, c’est que l’on fasse des choix pour moi! Le doyen, paix à son âme, s’était permis de contacter le responsable du séminaire de Namur (dont dépendent les paroisses de la province de Luxembourg vu que nous n’avons pas d’évêque) lui disant que je voulais m’engager dans la prêtrise. Ho là! Pas si vite! J’avais un boulot bien payé, statutaire (fonctionnaire) et que j’aimais même s’il est parfois difficile et avec des horaires pas possibles. Il m’aurait fallu renoncer à tout pour aller passer plusieurs années au séminaire à Namur sans garantie de succès… Un conseil avisé reçu de mes catéchistes m’avaient mis en garde contre ce chanoine responsable du séminaire qui aimait à faire échouer les candidats sur la dernière marche… J’aime bien un peu d’aventure dans la vie mais je ne suis pas assez téméraire pour risquer à plus de quarante de tout foutre en l’air et de me retrouver in fine Gros-Jean comme devant.

Je remis donc les pendules à l’heure et changeai de paroisse… J’avais le choix à Arlon. Je continuai d’aller passer des week-ends à l’abbaye de Clervaux et un jour, une petite brochure sur l’oblature bénédictine attira mon attention. Cela pouvait-il être la forme d’un engagement plus profond?

Je questionnai donc le Père responsable des novices et trouva l’idée bonne. J’étais un peu hésitant, tout cela était très nouveau pour moi… et j’avais le sentiment que les choses allaient un peu vite. Néanmoins, je me laissai convaincre d’entrer en noviciat d’oblature bénédictine. C’est par une petite cérémonie ou le trouillomètre est au maximum et où les sentiments sont à fleur de peau qui marque l’entrée officielle en noviciat. Ce n’est pas rien d’offrir sa vie à Dieu!

Ce noviciat dure un an et au bout de ce délai, où l’on a mûri son choix, médité la règle de Saint-Benoît (qu’on ne peut suivre entièrement mais qui doit guider notre vie le plus possible), on devient officiellement oblat bénédictin, c’est-à-dire le rayonnement dans le monde extérieur du monastère auquel on est attaché. Ce n’est pas rien, et de nouveau, cérémonie riche en émotions. (Je pensais être trop émotif mais j’ai pu constater que cela arrivait à tous ceux qui devenaient oblats).

En 2013, l’Église catholique s’est choisie un nouveau Pape et il prend le nom de François. C’était pour moi une grande joie, sincèrement car François d’Assise est sans doute, après Jésus, le personnage qui m’a le plus marqué.

Tout se passait pour le mieux dans le meilleurs des mondes jusqu’en 2015 où j’ai fait la connaissance d’un gars qui semblait tout gentil mais qui s’est avéré être juste un profiteur… mais le sentiment amoureux est un sentiment qui ne se commande pas et ça a été la fois de trop. Quelque chose s’est cassé à l’intérieur… Un cœur brisé, ça ne se répare pas!

Les premiers scandales d’abus sexuels dans l’église catholique commençaient à être révélé au grand jour et cela me mettait de plus en plus mal à l’aise… J’avais le sentiment d’être complice de ces salauds qui avaient abusé en toute impunité et qui sait, en fréquentais-je sans le savoir? De plus, les positions archaïque de l’institution sur l’avortement, la place de la femme, … m’irritaient de plus en plus… Où était donc la tolérance, la bienveillance, l’accueil et l’amour d’autrui… J’avais de plus en plus l’impression d’avoir en face de moi des menteurs qui bonimentaient le dimanche dans leurs sermons mais que la réalité était tout autre!

J’ai commencé à prendre mes distances avec l’institution… et l’élément déclencheur de ma “défection” à la foi catholique a été un amoncellement de petites choses, du prêtre qui tourne la tête pour ne pas voir un mendiant qui demandait quelque chose à manger au moine qui estimait qu’on ne pouvait quand même pas accueillir tous ces immigrés (sic!) et toute la misère du monde. Cela en était trop, je pris donc sérieusement mes distance. Nous étions en 2017.

Un heureux hasard

2017 marquait le 500ème anniversaire de la publication des nonante-cinq thèses de Martin Luther et de la réforme. Je me suis donc intéressé à la personne de Martin Luther dont j’avais déjà pu avoir un aperçu en visitant sa maison à Eisenach, en ex-Allemagne de l’Est. J’avais aussi appris que J.S. Bach et son œuvre était intiment liée à la réforme. J’avais aussi remarqué le dépouillement des églises réformées, pas de statues de saints, pas d’images de la Vierge Marie (omniprésente chez les catholiques au point qu’on se demande s’il est déesse). Il y avait là quelque chose qui me plaisait.

Je fis rayer l’inscription de mon baptême et reçu contre la somme de 10 euros une copie de ce registre où est inscrit à l’encre verte que j’ai fait “défection à la foi catholique”. Je ne suis pas débaptisé pour autant, m’a dit un jour un pasteur, car l’homme ne peut défaire ce que Dieu a fait, à bon entendeur!

Quand je suis arrivé à Saint-Mard, j’avais remarqué qu’il y avait un temple protestant mais le problème avec les protestants, c’est que c’est une galaxie d’église de tendances très diverses avec une palette allant du conservatisme au progressisme.

Je décidais de “tenter” ma chance mais mal m’en a pris… Lorsque je suis entré, j’étais, on peut s’en douter, un peu perdu… Un monsieur m’a donné les livres pour l’office et m’a donné les explications de base en ajoutant: “on fait le baiser fraternel à la fin du culte mais rassurez-vous, nous ne sommes des tarlouzes (sic!)”. J’étais à deux doigts de partir tout de suite… Je ne l’ai pas fait mais je n’ai pas remis les pieds dans cette assemblée…

Même si le “divorce” était consommé avec l’église de Rome, le besoin de spirituel dans ma vie restait important… et me disant que comme partout, il y a de bons et de mauvais prêtres, je remis les pieds à la paroisse du village. L’abbé, un homme âgé et ayant eu une vie avant la prêtrise, était quelqu’un de la catégorie des “bons prêtres” avec qui on pouvait discuter ouvertement et qui était étonné de mon savoir sur les questions de théologie. Néanmoins, je me sentais un peu malhonnête d’assister à la messe… et encore plus lorsque l’on m’invita à intégrer la chorale…

La série documentaire “God vergeten” de la VRT où des personnes ayant été abusées par des prêtres catholiques témoignaient a été l’élément de trop… d’autant que l’ancien évêque de Bruges qui avait abusé son propre neveu, avait trouvé refuge dans l’abbaye de Solesmes en France, dans la Sarthe! Il se fait que les abbayes sont organisées en congrégation et celle de Clervaux fait partie de la congrégation de… Solesmes! Certains moines et le Père-Abbé de Clervaux proviennent de cette abbaye qui abritait un criminel sexuel. Et quand je repense à l’outrecuidance qu’un des Pères a eue en me déclarant qu’ils n’étaient au courant de rien… ça a été le coup de grâce… J’aurais voulu pouvoir brûler de mes doigts la charte qui m’engageait à vie avec l’abbaye… tellement j’étais en colère…

Chute et redressement

J’étais en colère et dégoûté… et même la méditation des Psaumes, mon livre de chevet, me paraissait fade et trompeuse…

Avec le temps, les choses s’apaisent et je me souviens d’un petit livre de la collection “Points sagesses” traitait des apophtegmes des Pères du désert, les ancêtres des moines qui vivait en ermites la plupart du temps dans le désert de l’Egypte. Je me suis souvenu de François d’Assise. Avais-je besoin, au fond, de dogmes, de rites? Ne pouvais-je simplement pas méditer par moi-même la Parole et les Psaumes? N’était-ce pas là ce qu’encourageait Martin Luther il y a plus de 500 ans?

Ainsi, j’ai repris mes habitudes de lire quelques Psaumes au lever précédé du verset d’ouverture :”Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange” et de lire le Livre dans son entièreté, un peu tous les jours. Je termine la journée par un Psaume et ai gardé deux choses des offices de la liturgie monastique des heures : je termine toujours par le verset “En tes mains, je remets mon esprit” et le “cantique de Siméon” : Maintenant, ô maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont vu le salut que tu préparait à la face des peuples, lumière qui se révèle au nations (et donne gloire à ton peuple Israël) avec l’antienne “Sauve-nous Seigneur quand nous dormons, Sauve-nous, Seigneur, quand nous veillons ; garde-nous quand nous dormons : nous veillerons avec le Christ, et nous reposerons en paix.”.

J’ai refait, l’an dernier (en 2025) une retraite à l’abbaye de Clervaux mais la magie n’opère plus, quelque chose est cassé, je voulais en avoir la certitude et il m’est resté un sentiment d’accueil poli mais peu sincère. Je n’y retournerai plus.

En conclusion

Ma quête ne s’arrête pas pour autant et ma curiosité et mon esprit d’ouverture m’a amené sur les chemins de la sagesse bouddhique qui présente un certains nombre d’aspects assez semblable au christianisme.

Au niveau personnel, si quand j’avais seize ans on était L, G ou B, aujourd’hui, on a une palette de sensibilités et dans cette palette il y a le A, qui me semble correspondre à ce que je suis. Dans ce A, il y a aussi des nuances… que je vous laisse imaginer.

La vie de couple où l’on est scotché à l’autre 24/7, ce n’est pas pour moi et là aussi, j’ai trouvé un équilibre.

Au niveau spirituel, je pense que le “Protestantisme libéral et de progrès” convient bien à ma sensibilité. Précision : libéral s’entend ici Liberté et n’a rien à voir avec l’économie ou la politique. De plus, pour moi, le christianisme est intrinsèquement de “gauche” et dévoyé par l’extrême-droite!

Une raison supplémentaire qui m’incline vers le protestantisme est que l’Église Protestante Unifiée de Belgique ne voit plus depuis 2015 déjà, l’homosexualité comme un obstacle à devenir Pasteur.

Et pour ceux qui cela intéresse, la communauté Béthanie offre un lieu d’accueil pour les personnes “homosensibles” au sein du christianisme : . En Belgique, il existe aussi la “Communauté du Christ Libérateur” :

Ce sera le seul billet très personnel mais j’estimais qu’il était important de vous narrer mon parcours, non pas pour attirer la lumière sur moi mais pour vous permettre de mieux appréhender les sujets futurs et divers sur la spiritualité que j’aborderai au fil des billets.

Merci pour votre lecture!


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Merci pour votre lecture.

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Cela faisait un moment que je mûrissais l’idée d’un blog pour traiter plus en profondeur des sujets qui me tiennent à cœur ou qui font partie intégrante de mon existence en ce bas monde.

Sur Mastodon, il m’est déjà arrivé d’évoquer à demi-mot des aspects de ma vie spirituelle mais je trouve le format du blog plus approprié.


Une enfance dans une famille dysfonctionnelle

Je ne suis pas né dans une famille religieuse mais j’ai été baptisé à l’église catholique par tradition et sans doute pour plus pour faire plaisir à ma grand-mère paternelle (qui était polonaise mais j’ai des doutes quant à sa piété). Dans la famille, on racontait que le prêtre avait refusé d’inscrire mon baptême dans le registre car mon père refusait de dire qu’il s’obligeait à m’éduquer chrétiennement. Manifestement, il s’agit d’une légende car mon baptême était bien inscrit dans le registre de la paroisse où mes parents habitaient, c’est important pour la suite.

Bref, mauvais départ malgré tout dans ma vie de chrétien et cela ne va pas aller en s’arrangeant! Mes parents ne fréquentent pas l’église mais au moment d’entrer à l’école primaire, je suis inscrit au cours de religion catholique plutôt qu’en morale laïque. Nous sommes au milieu des années 1970, la brave petite dame qui donne le cours de religion est de la “vieille” école et évidemment, pour le gosse qui vit dans une famille dysfonctionnelle, il est difficile d’entendre le discours qui voudrait que plus on est malheureux ici-bas, plus heureux sera-t-on là-haut! Et comment entendre que Dieu nous aime alors qu’il y a tant de malheur sur terre? Un Dieu qui a permis que mon grand-père maternel souffre des années durant de la sclérose en plaques jusqu’à qu’il en décède quelques mois après ma naissance, m’empêchant de le connaître. Et ainsi, un jour, arriva ce qui devait arriver, j’étais révolté face à tant d’injustice et ai dit, sans ambages comme un enfant de neuf ans peut le faire, ma façon de penser à cette pauvre dame… et sa seule réaction fut que j’allais être condamné aux flammes éternelles de l’enfer pour avoir oser me révolter contre Dieu.

En quatrième primaire, changement, je vais au cours de morale laïque… Mieux? Euh, pas vraiment… Toujours animé d’un esprit critique et d’une soif inextinguible de tout comprendre, mes questions et mes réflexions sur les sujets abordés déconcertent l’institutrice en charge du cours… au point que ma mère est convoquée… et que LA question soit posée : “votre enfant, vous êtes sûre qu’il a dix ans, il réagit comme un adulte?” Répondre à la question, c’est avouer qu’il y avait des problèmes familiaux et donc, il n’y eut pas de réponse…

La révolte coule toujours en moi… et ma façon de la canaliser est de me plonger dans les livres… et de vouloir savoir tout ce qu’il est possible de savoir… Les encyclopédies en tous genres sont mes lectures favorites…

En sixième primaire, retour au cours de religion, car mes parents n’aimaient pas le prof de morale laïque (il faut dire, à leur décharge, que le gars n’était pas fréquentable… et rempli de vices…). Je suis complètement largué car la plupart vont faire leur “grande communion” (confirmation) et moi, je n’ai pas fait ma “petite” communion et suis donc exclu de facto. A cette époque, mes parents m’inscrivent aux louveteaux (catholiques) et aller à la messe fait partie des obligations des scouts et louveteaux aux grandes occasions. Ce doit être comme ça que j’ai commencé à fréquenter la messe dominicale, devenant même enfant de chœur… Je communiais alors que je ne pouvais officiellement pas… mais bon, le prêtre disait, si c’est avec le cœur, alors ce n’est pas un grand problème. J’ai passé de bons moments et notamment au moment de Noël où l’on avait fait une crèche vivante. Cela ne plaisait pas à mon père, qui voyait d’un mauvais œil que je fréquente du monde à l’extérieur. Il avait probablement peur que j’aille raconter ce qu’il se passait à la maison, cela ne fait aucun doute dans mon esprit. Ainsi, je fus interdis d’église… On pourrait dire que mon père craignait que je ne sois abusé par le prêtre mais j’ai du mal à croire une telle chose car à l’époque, on ne parlait pas des abus dans l’église catholique. Je tiens cependant à préciser que jamais il n’y eut quoi que ce soit de répréhensible dans le chef du curé de la paroisse.

J’ai donc arrêté d’aller à l’église (et aux louveteaux aussi…) à l’exception de quelques grandes occasions lors de mariages ou d’enterrements ou alors en secondaire où il y avait des messes obligatoires dans le cadre scolaire car oui, j’ai fait mes secondaires dans l’enseignement catholique que l’on appelle “libre” en Belgique. Paradoxe quand tu nous tient.

Une adolescence en demi-teinte

Vers seize ans, je découvre que je suis “différent”. Je ne suis pas attiré par les filles mais plutôt par les garçons et singulièrement par les plus âgés que moi. A cette époque, on ne parle pas de communauté LGBTQIA+, on est soit homo, bisexuel ou lesbienne… et selon le formatage de l’époque, je pense être homo et ai mes premières expériences sexuelles mais ça n’est pas vraiment ma tasse de thé… Je pense que je cherche plutôt une figure paternelle pour combler le vide affectif laissé par le mien… plutôt que pour assouvir un besoin physiologique. Je vis dans l’angoisse de ce qui se passera le jour où mes parents l’apprendront… Heureusement pour moi, j’ai eu la chance immense de rencontrer sur ma route des personnes bienveillantes qui m’ont mises en confiance. L’une d’elle, était tenancière d’un kiosque à journaux mais avait été aussi caissière dans un cinéma porno de Liège. Ma grand-mère maternelle a été la seconde personne à “savoir” et aura été plus importante dans ma vie que ma propre mère (qui ne m’adresse plus la parole).

Un souvenir marquant de ces études secondaires et qui est resté dans un petit coin de ma mémoire tout au long des années : le professeur d’histoire de l’art, nous avait raconté qu’il avait “vu” Dieu. On imagine l’incrédulité d’adolescents chahuteurs devant une telle histoire… Le pauvre, il a du regretter d’avoir relaté cette “rencontre”… Moi, ça me fascinait! J’ai eu une discussion avec lui après le cours car j’avais envie d’en savoir plus mais comme toute expérience mystique, il est difficile souvent de mettre des mots… et j’ai été quelque peu déçu! Moi aussi, j’aurais aimé voir Dieu! (de manière inconsciente sans doute)

Je poursuis mon petit bonhomme de chemin, chemin très sinueux… Déçu de ne pas pouvoir continuer des études dans le domaine artistique (mon père une fois encore est responsable de cette situation), je me rabats sur le marketing en visant les chemins de fer belges (la passion de toute une vie) mais je déteste ce qu’implique le marketing, non, moi, ce que je veux, c’est un métier avec du sens, au service de la collectivité…

L’entrée dans la vie d’adulte

Je refuse le service militaire et devient objecteur de conscience (statut que je pensais relégué au passé mais qui revient au devant de la scène en 2026!) et fais un service civil… dans le département de psychologie sociale à l’Université de Liège. Une période plutôt bénie dans ma vie avec un début d’émancipation. Une majorité atteinte et “volée” : quelques semaines avant mes vingt-et-un ans, la majorité était passée de 21 à 18 ans! J’en ai profité pour fréquenter, quasi sur le champ, un sauna gay sur les hauteurs de Liège où j’ai rencontré des hommes (parfois connus) et aussi celui qui serait mon premier compagnon pour plusieurs années… jusqu’à ce qu’il m’annonce faire partie du FN Belge… Oui, on peut être gay et facho! Lorsqu’il m’a dit qu’il était prêt à avoir femme et enfants pour la patrie, la messe était dite, si l’on me permet l’expression…

J’ai ensuite eu une longue relation de plus neuf ans et même avec contrat de cohabitation légale (= PACS en France) et ai du encaisser en fin de compte l’argument choc pour la rupture : “je n’ai jamais vraiment été heureux avec toi”… Avoir besoin de neuf longues années pour s’en rendre compte, j’ai quand-même du mal… mais n’étant pas de nature querelleuse ou à m’acharner, j’ai pris mes affaires et suis parti loin de ma famille et loin de cette vie (enfin, loin, à l’échelle de la Belgique, c’est dans le sud de la province de Luxembourg). ;–)

Voilà de quoi refroidir… pour un bon moment l’envie d’engagement et semer le doute… est-ce moi, est-ce l’autre le responsable? Suis-je fait pour une vie de couple? Est-ce de l’amour et de l’amitié… Est-ce ma vocation? Aujourd’hui, je le sais mais à l’époque je ne le savais pas… et ai retenté l’aventure…

L’internet, en était à ses début et les rencontres plus “faciles”… Les saunas, c’est bien si l’on cherche du sexe mais pas si on cherche autre chose… Une nouvelle relation de plusieurs années débute sous le régime du couple “libre” selon la volonté de mon partenaire… ça ne m’a pas convenu et au bout de plusieurs années, j’y ai mis un terme. Nous sommes néanmoins restés bons amis et sommes toujours en contact.

2011

C’est l’année charnière dans ma vie. Elle débute mal avec un grave accident à cause du verglas qui m’immobilise plusieurs mois… et dont le résultat est une légère invalidité. Cette année-là, j’ai du aussi intervenir pour des maltraitances intra-familiales dont le résultat sera une rupture totale avec mes parents. L’impression que le monde s’effondre, les certitudes qui s’effacent…on croit que c’est pour les autres jusqu’au jour où cela nous arrive. Je ne suis pas déprimé, non, mais désemparé…

Une rencontre inattendue

Au mois de novembre 2011, l’accident du début d’année est un souvenir douloureux mais j’ai récupéré pas mal de ma mobilité et ai pu reprendre les randonnées (et certaines m’ont obligé à me dépasser) et me voici sur une balade autour de Clervaux au Grand-Duché de Luxembourg. Il fait mauvais, un brouillard épais m’accompagne la plupart du temps. La balade passe par l’abbaye Saint-Maurice juchée sur les hauteurs de la petite ville. C’est le temps de midi, je visite la crypte et là, passe un CD de chant grégorien que l’on peut se procurer à la boutique du monastère. Cette boutique n’ouvre qu’à 13 h 30 et comme j’ai un peu de temps et vu la météo maussade et humide, je me dis qu’attendre dans l’église abbatiale sera mieux que dehors.

Je prends place sur un banc et ferme les yeux. Me suis-je assoupi un moment? Ai-je rêvé éveillé? Je ne saurais le dire… encore aujourd’hui, je ne sais pas mais ce dont je me souviens, c’est de m’être senti enveloppé par une chaleur bienfaisante et une petite voie me murmurant que je n’étais pas seul et que j’étais aimé. Voilà, c’est tout!

J’ai rouvert les yeux et j’étais entre deux sentiments… de crainte et de bien-être en même temps… Et je devais repenser à mon professeur d’histoire de l’art de troisième secondaire. J’étais, et suis toujours bien en mal de mettre des mots sur cette “expérience”. Quoi qu’il en soit, j’ai attendu l’ouverture du magasin et ai acheté le fameux CD.

Deuxième surprise : le Frère Dominique, qui était portier et qui assurait l’intérim à la boutique me demande d’où je venais, je lui explique que j’habitais Arlon mais que j’étais originaire de Herstal, en région liégeoise. Là, il me dit que lui aussi était originaire de la commune! Il avait hérité d’une certaine passion pour les voitures, sa mère ayant conduit des bolides dans les années 1920-1930. Il y a toujours eu une connexion particulière avec ce frère peu “ordinaire” qui aimait tailler la bavette, ce qui me valut plusieurs fois des remarques du Père-Abbé… car le moine n’est pas sensé s’adonner au bavardage aussi sérieux soit-il…

Je rentrai ce jour-là chez moi plein d’interrogations et pour la première fois depuis de nombreux mois, je voyais la lumière au bout d’un long tunnel… et j’étais sans le savoir encore, au début d’un chemin spirituel tout aussi sinueux que celui de ma vie. C’est ce que je vous raconterai dans une seconde partie.


P.S. : dans nombre de bulletins d’école primaire, le commentaire qui revenait souvent était “trop bavard”! Cela vous étonne? ;–)


Les écrits de ce blog reflètent les opinions et les réflexions de l’auteur se basant sur son propre parcours et ses propres connaissances acquises au fil du temps . Ils ne constituent en aucun cas une vérité absolue, au mieux ils se veulent matière à réflexion personnelle.

Merci pour votre lecture.

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