Chapitre IV — Le jardin
from Week-end à hommes

Nous restâmes assis, entièrement nus, sans parler, repus de la longue séance qui venait de se dérouler, moi fourbu, encore transpirant et un peu endolori. J’avais siroté ma coupe alors que mes deux compères s’étaient servi un Coca, et que Félix s’était remis à son smartphone. Décidément, il ne parlait pas beaucoup, et restait même assez réservé quand il s’agissait d’offrir de sa personne — en revanche il était un donneur généreux !
Il fallait que je songeasse à repartir et à me chercher un hôtel, probablement dans les environs maintenant car l’heure avait tourné. De plus, nous étions dans le coin des plages, et si j’avais envisagé initialement des aventures dans les dunes ce week-end, je me demandais si je n’avais pas vécu ici une expérience telle que je n’en trouverai pas de plus plaisante à court terme. Ceci étant, un naturisme innocent était aussi un moment agréable.
Je brisai le silence et commençai à formuler :
“— Bon les gars, super, vraiment super, le démontage de ma vie. Punaise. Il va falloir que je vous laisse maintenant…
— Tu dors où ?”, me demanda Mark.
“— Je vais trouver un hôtel dans le coin, Grande-Motte ou Grau-du-Roi, ça ne manque pas.
— Attends…”
Félix lui avait fait signe de s’approcher, et un conciliabule s’établit entre eux, ponctué de visionnages sur le smartphone. Ils parlaient bas pour ne pas que j’entendisse, je distinguai cependant quelques bribes : “… tu vois… il aime ça… dans un film, regarde… réseaux sociaux… CurvyDaddy… complet passif… Laurent tout seul… ils sont au moins vingt… on a besoin…”, du côté de Félix. “… oui… non mais je suis d’accord… ça on vient de le confirmer… ah ouais… mais il sera pas content… tant que ça ?… je sais pas…”, dans les répliques de Mark.
Les deux me regardèrent de nouveau, et il me sembla dans son regard que Félix prit l’ascendant sur Mark qui ploya. Celui-ci s’adressa alors à moi :
“— Écoute, t’as qu’à rester ici cette nuit. En plus demain on donne une petite fête entre amis, tu pourrais te joindre à nous, tu n’as rien de prévu je crois ?”
En effet et je le lui avais déjà dit à l’exposition, il s’en souvenait. Pourquoi me proposait-il cela alors qu’il semblait réticent dans ses échanges avec Félix ? Ce qui m’étonnait d’autant plus que ce dernier me semblait moins un allié. Je protestai par politesse.
“— T’inquiète, ça nous fait plaisir, on a de la place. Et puis tu participeras au service demain pour aider, ok ?”
— Pourquoi pas, mais je ne sais pas, je ne voudrais pas déranger…
— Au contraire, ça nous aide. On organise des petites animations, ça devrait te plaire si tu t’y prêtes”, et il me fit un clin d’œil en disant cela.
— Je ne veux pas m’incruster avec vos amis…
— Ils vont t’adorer, surtout si tu te laisses prendre aux jeux ! Tu m’as l’air d’aimer ce genre d’amusement…”
Un début d’hésitation se dessina sur mon visage, et Félix intervint pour trancher :
“— Écoute, on te dit que ça nous arrange, moi je dis que ça va te plaire, tu n’as rien d’autre de prévu, donc tu dis oui, on t’héberge et tu nous obéis en tout demain. Ok ?”
C’était la première fois qu’il s’adressait directement à moi par le verbe, et celui-ci était haut et clair. Puisque cela ne résonnait pas comme une question mais plutôt une injonction, je me contentai de hocher la tête en forme d’assentiment, en m’efforçant de sourire.
“— Parfait”, conclut-il, et il se leva, laissant son organe dodeliner au repos, pour se diriger vers l’escalier qui se trouvait au fond de la grande pièce qui nous hébergeait. Je ne l’avais pas encore bien détaillée car le canapé avait été jusque là mon principal univers, et je réalisai qu’elle était vaste avec son comptoir et sa cuisine à l’américaine, donnant sur une véranda de l’autre côté ouverte sur un jardin paraissant vert et lumineux. Le ciel était clair bien qu’il fît soir car nous étions encore proche du solstice d’été. Mark reprit la parole :
“— Le beau temps est là et demain il va faire un super soleil. On fera les animations et le tout dans le jardin, du coup. Je t’explique un peu”, et il reversa du Coca dans son verre.
“— En fait ce ne sont pas vraiment des amis, c’est plutôt qu’on organise régulièrement des parties avec des invités. C’est un peu intime, dans le sens où c’est sur invitation uniquement. C’est réservé à un public homo, donc c’est l’occasion de faire des rencontres, très intimes justement”, sourit-il.
“— Sexuelles, quoi”, complétai-je.
“— Oui, reprit-il, mais dans un esprit un peu différent de ce soir. Apparemment si on en croit ton film et tes réseaux sociaux, tu aimes la domination, non ?”
Comment connaissait-il mes réseaux sociaux ? Mais oui, bien sûr, j’en parlais dans le récit de tournage de mon film…
“— Oui, j’adore ça”, en répondant de manière un peu circonspecte car je n’étais pas exactement certain de ce qu’il mettait derrière ce terme très général.
“— Je te crois, et ce qu’on vient de vivre ensemble en donne un premier aperçu”, conclut-il.
Pour moi il s’agissait de bien plus qu’un aperçu, presque un aboutissement ! Je me demandais comment il me voyait aller plus loin. Devant mon regard inquisiteur, il reprit :
“— Ne t’inquiète pas, tu ne seras pas tout seul dans ce rôle. Demain matin Laurent sera là, d’habitude il vient le vendredi soir mais là il a été retenu. Il t’expliquera tout en détails. En général il amène un copain, mais comme là il était seul, ta présence est une chance.
— Et… combien sont les “amis” ?
— On ne sait jamais exactement. Il y a les habitués, ceux qu’on invite de bouche-à-oreille, mais les membres peuvent aussi inviter des connaissances. Comme on est en plein été, on en attend au moins une vingtaine, mais il y en aura peut-être beaucoup plus. Mais tous ne sont pas présents tout le temps non plus.”
J’avais bien entendu tout-à-l’heure. Dans quoi m’étais-je embarqué ? Il était encore temps de fuir sous n’importe quel prétexte. Mais ici dans le plus simple appareil, je me sentais vulnérable et pas vraiment en condition pour résister. De plus, une partie de mon être était piquée de curiosité, et moi qui avais souhaité un week-end épicé, j’allais peut-être être servi au-delà de toute espérance.
“— Viens, je te montre ta chambre”, et il se leva pour m’y accompagner.
Elle était assez grande, située au rez-de-chaussée donnant sur le jardin, et disposait de sa salle de bains privative. Il m’indiqua mes affaires et conclut :
“— Je te laisse, demain tu seras surtout avec Laurent qui te rejoindra, nous on ne se verra pas beaucoup, je prépare plein de choses avec Félix. Bonne nuit… tu en auras besoin”, avec un sourire.
Bien qu’il ne fût pas tard, l’état de mon corps tout entier me poussa à m’allonger presque immédiatement. Je me lavai simplement les dents, appréciant toujours de me coucher avec les humeurs de mes partenaires encore sur la peau et mon séant tout détendu. La douche, ce serait pour demain !
Rien n’est plus agréable que de se réveiller avec le soleil sur le corps nu.
J’avais dormi sans couvertures car j’avais eu chaud, et d’une seule traite, détendu par mon traitement de la veille. Je regardai l’heure, il était neuf heures et déjà il semblait y avoir de l’agitation dehors.
Je me levai et regardai par la fenêtre donnant sur le jardin. Dehors s’affairaient Mark et Félix, entièrement nus eux aussi, et je me dis que je pourrai rester dans le plus simple appareil. Aucune pudeur à avoir à leur encontre, ils connaissaient désormais mon corps mieux que la plupart de mes relations, et puis j’adorais vivre au naturel.
Je me servis dans la cuisine quelques céréales et un jus d’orange, et allai m’installer à la table de jardin, assis sur une chaise un peu humide de son nettoyage récent. L’herbe arrosée la veille tard le soir était encore légèrement mouillée, et c’était agréable que de la sentir caresser ma voûte plantaire tandis que je visitais après avoir mangé.
Le jardin était grand, un carré d’environ trente mètres de côté, et entièrement ceint d’une haie assez épaisse, de sorte que personne ne pouvait voir de l’extérieur, et réciproquement. Il me parut douteux qu’il y eût d’ici une vue sur la mer, mais la villa à étage sur ce terrain devait valoir très cher. Je fus intrigué par le manège de mes hôtes, qui me saluèrent à peine, occupés à leur affaire et à installer des tables, des grandes au centre du jardin et d’autres plus petites sur les côtés, avec des chaises autour de ces dernières. Je me dis qu’ils préparaient un buffet pour leurs invités, et je n’étais pas encore sûr de mon rôle dans cette réception.
Toujours près du centre mais vers un coin, je trouvai incongru que fût placé un grand étendoir à linge, en tous cas à ce qu’il me semblât, trois cordes d’acier tendues entre deux pylônes métalliques qui mesuraient plus de deux mètres de haut. Je pensais l’ensemble surdimensionné, à moins de vouloir y faire sécher des armures de chevalier ! D’autant que de grands anneaux étaient déjà enfilés sur les câbles.
Lui faisant face sur un autre coin était élevée une palissade en bois — ou peut-être en PVC — mais avec un angle droit fermant chaque côté, et surtout une série de trous en des positions diverses. Ceux-ci étaient assez importants car leur dimension dépassait la taille d’une balle de tennis, à ce qu’il me parût, et ne pouvaient être le résultat d’une dégradation.
Fermant les deux autres coins pour former avec les entités précédentes un carré presque parfait se trouvaient deux meubles identiques, à l’exception de leur couleur. Ceux-ci étaient en bois robuste, avec comme une table longue molletonnée à hauteur de hanche prolongée tout en bas par deux bras en bois fixes et recouverts de molleton également, avec des chaînes et bracelets en cuir pendant aux quatre extrémités, laissant peu de doute sur la vocation de l’engin.
J’anticipais avec délectation ce qui semblait être une des animations prévues et dans laquelle j’espérai jouer un rôle central, quand je fus interrompu par une voix qui me héla.
“— Hé, mec !”
Je me retournai devant un personnage que je ne connaissais pas mais que j’imaginais être ce fameux Laurent, ce qu’il confirma en réponse à ma question.
“— Mais ici on m’appelle Lolo. Toi, c’est André tu dis, tu es nouveau ? On t’appellera Dédé.”
Cela semblait me vieillir encore, face à Lolo donc, qui devait avoir quarante ans, comme moi assez petit mais plutôt nerveux. Je n’étais même pas étonné de le voir nu, sans gêne face à moi.
“— Bon, faut qu’on se prépare, il est déjà plus de dix heures et on a beaucoup à faire. Mark m’a demandé de m’occuper de toi et de te guider, mais je suis pas une Nounou. T’es pas rasé ? D’abord tu te douches énergiquement, faut que ce soit impeccable. Ensuite je te conseille de mettre un plug jusqu’à ce qu’on commence, parce qu’aujourd’hui on a un beau programme et y a du monde.”
Sur ce dernier conseil je répondis que ce ne serait pas utile, que mes hôtes s’étaient bien occupés de moi hier soir et que j’en étais encore tout élargi. Mais cela sembla le contrarier.
“— D’habitude ils prennent pas des random, mais là comme je suis seul pour une fois, ils ont dû penser… pas grave mais je te préviens, faut endurer.
— Mais c’est quoi, le programme, on doit faire quoi ?”, lui demandai-je alors qu’il commençait à m’inquiéter.
“— Ils t’ont pas montré ? Le voilà, et nous on est les lopettes, bien sûr. Donc tu fais pas grand chose, plutôt tu te laisses faire, enfin pas sans contribuer si tu vois ce que je veux dire.”
Je voyais parfaitement, et il me montra l’écran de son smartphone où était affiché le programme sur un site internet très vintage — mais c’était le fond plutôt que la forme qu’il fallait chercher. Je reproduis une photo d’écran PC ici, telle que je l’ai retrouvée a posteriori.

Je partis à la douche, assez impressionné par l’agenda, me demandant ce qui m’attendait réellement et si je serai finalement à la hauteur.
Après m’être séché, il me reprit :
“— Ah, et tu dois signer ce papier, vas-y je le donne ensuite aux maîtres puis on se prépare vraiment.”
Nos hôtes changeaient donc de qualificatif dans un jeu-marathon qui promettait de réellement pimenter mon week-end, plus encore que je n’aurais oser l’espérer.
Je reproduis de mémoire ce formulaire, dont je n’ai pas conservé de copie, mais que je lus attentivement avant de le parapher.
“Je soussigné,
André xxxxxx, sain de corps et d’esprit et doté de la pleine capacité juridique, déclare accepter en toute connaissance de cause, sans contrainte et avec mon plein et entier consentement, ma participation à la partie des 28-29 juin 2025 se déroulant àxxxxxx.Je comprends que cette participation pourra avoir des effets physiologiques et psychologiques sur moi, et je les accepte en renonçant à toute action à l’encontre des organisateurs.
En particulier, je pourrai être soumis à des actes sexuels, provoquant la douleur ou bien humiliants, de la part d’hommes inconnus de moi, membres ou invités à ladite partie.
Ces actes pourront inclure, sans toutefois s’y limiter : nudité totale, attouchements sur toute partie du corps y compris mes organes génitaux, éjaculation, fellation, sodomie, mise sous contrainte et bondage, fessée et discipline avec divers instruments, ingestion de fluides…
Je comprends qu’il n’y a aucune exigence particulière de protection (sans préservatif) autre que le certificat médical exigé des participants ainsi que le suivi des règles d’hygiène, et je déclare en accepter toutes les conséquences potentielles.
J’accepte sans réserve tout jeu avec tout participant, ayant bien compris que ceux-ci seront multiples et pourront agir en simultané ou bien se succéder pendant une période de temps conséquente.
Je m’engage à respecter les règles d’hygiène, ainsi qu’à ne prendre aucune photo ni vidéo, comme il est exigé de tous les participants.
Fait au Grau-du-Roi, le 28 juin 2025.”
Il était onze heures, nous étions prêts. Du moins le croyais-je.











Pour mon premier article de blog, quoi de plus logique que de vous parler de Mastodon, puisque je suis l'administrateur d'un tel serveur ?
























